‹ G[ustave] Michaut: La Bérénice de RacineChapitre 13 sur 26 · THALIE, TITE · texte numérisé non relu

THALIE, TITE

thaHie Le sujet qui vous amène ici ne m'est fait inconnu, et déjà la Renommée en a nouvelle au Dieu qui commande en ( mais> comme cette Nymphe ne parle pt naire que fort confusément de toutes ch<

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à propos que vous m'expliquiez un peu plus nettement la matière de plainte que vous avez, et enfin ce qui vous oblige de venir au Parnasse implorer la justice d'Apollon.

TITE

Belle Déesse (car votre air et votre mine ne sont pas d'une beauté mortelle, et je ne puis qu'espérer bien de mon voyage, puisque je suis tombé dans de si bonnes mains, dès mon entrée dans cet illustre pays) je suis l'infortuné Tite, Empereur de Rome. Mais, que dis-je ? je suis ; parlons plus juste, et disons seulement que je prétends l'être : puisque l'on me conteste que je le sois ; qu'un imposteur, qui se fait appeler Titus, a eu la hardiesse d'usurper sur moi ce titre glorieux; et que je suis exposé à passer pour un fourbe et pour un scélérat, si je ne puis faire voir que c'est lui qui en est un et non pas moi. C'est là le sujet qui m'amène en ces lieux ; j'y viens demander vengeance à Apollon de l'injure que me fait cet usurpateur : d'autant plus grande que, comme vous saurez par la suite, c'est un très mal honnête homme, qu'il y a bien grande différence de lui à moi, et que je serais fort fâché de lui ressembler. Je suis donc venu au Parnasse, pour y faire décider si je suis un imposteur ou si je suis les délices du genre humain : car il faut nécessairementque je sois l'un des deux, et il n'y a point de milieu entre ces deux extrémités. Jugez, charmante Déesse, s'il y eut jamais de différend plus important que celui-là.

Il est vrai qu'il ne saurait l'être davan vous, puisqu'il s'agît de savoir si vous t même ou si vous ne l'êtes pas ; aussi me bien d'abord, quand j'ouïs dire que deu reurs Romains devaient venir en ce pays, grands personnages ne faisaient pas ce vo; une cause légère. Mais de grâce redites-i nom. Je ne sais comment il m'a échap) vous l'avez dit. J'ai lu quelquefois l'hÎ!

maine, et la suite des Empereurs est u assez connue ; mais je n'y ai jamais vu le je pense avoir oui : il faut assurément que entendu.

Je vous ai dit, 6 Déesse, que j'étais l'I Tite.

Tire ! Voilà un bien petit nom pour ui Seigneur; vous ne pouvez pas en avoi mince ; pour peu qu'on en 6tât il n'y rien : Tite ! On ne se défierait jamais que du monde s'appelât de la sorte; ei si vo n'ont pas plus de poids ni plus de gr votre nom, je tiens votre affaire désespér

Et comment voudriez-vous donc que pelasse ï Aimeriez-vous mieux que j'eus nom Latin en Français, comme mon e

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que je m'appelasse Titus ? Il y a long-temps que les noms en us ne sont plus honorables, et que le monde est désabusé sur cette affectation.

THALIE

Comme il ne m'appartient pas de vous juger, je me garderai bien de prononcer entre Tite et Titus. C'est un incident de votre affaire, qui pourra bien être jugé avec le principal, si vous en priez Apollon. Cependant ce que je puis vous dire là-dessus, c*est que ce sera sur vos mœurs et sur vos sentiments qu^l vous jugera, et non pas sur vos noms ; ainsi, quelque ridicule que puisse être le vôtre, vous n'en devez rien aporéhender. D^ailleurs je considère que cette différence de nom, entre vous et votre adversaire, était nécessaire pour vous distinguer l'un de l'autre dans cette occasion.

Votre entretien a quelque chose de si doux et de si singulier tout ensemble, aimable Nymphe, que je ne saurais plus résister à la curiosité de savoir qui vous êtes. Je vous conjure donc de vouloir satisfaire la mienne sur ce point, comme j'ai satisfait la vôtre, et de me dire en quelles mains il a plu au sort de me conduire.

THALIE

Il n*est rien de plus juste que ce que vous me demandez, et j'ai même quelque intérêt à vous l'accorder ; car, comme je vous ai parlé avec assez de liberté, cela pourrait vous avoir déplu : parce que

append»;e c

vous ne savez pas qui je suis ; et je serai; chée d'avoir déplu à un personnage de vi lité. Mais vous verrez bien que je n'en ai le dessein en me jouant comme j'ai fait nom, lorsque vous saurez le mien ; que manière naturelle et générale, et que je t tes choses de cet air-là. Car enfin l'on i Thalie, et je suis la Muse de la Comédie,

TITE

Je me veux grand mal de ne l'avoir pa Je n'aurais jamais cru être si grossier, et bien juger qu'il faut que vous aimiez bie puisque vous ne vous en pouviez pas < en parlant d'une affaire aussi sérieuseque m'amène ici, et à un homme de ma quali

Il est vrai que je ne serais pas la Muse c médie, si je n'aimais pas à rire. Mais jamais sans sujet que je le fais ; et les gens qualité ne sont pas toujours les moins des hommes : un Prince ou un Emperet que est tout autrement plaisant, qu'un t jaloux ou qu'un valet fourbe, et je ne Si quoi l'on m'adéfendu de jouer les grands, a réservé toutes leurs affaires pour l'usag sœur Melpomène, la Muse de la Tragédii aurais beaucoup mieux trouvé mon cor parmi le peuple. Il paraît bien en cel; affaires de ces Messieurs-là sont réglées p rite, et non pas par la raison : ce n'est pa

3lO APPENDICE C

injustice qu*on fait en leur faveur... En voilà assez pour une matière si délicate, et nous sommes interrompus à propos, par cette aimable personne qui s'avance vers nous : il faut qu'elle soit étrangère, car je ne la connais point.

TITE

Vous voyez, charmante Muse, la belle Princesse que j'aime ; cette étrangère est la Reine Bérénice, dont vous avez sans doute ouï parler.

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