LE CARDINAL DE LA ROCHEFOUCAULD
Une branche de l'illustre famille de la Rochefoucauld s'était établie, durant le dix-septième siècle, à Sainl-Chely d'Apcher. C'est en cette ville que naquit, en l'an 1715, Dominique de la Rochefoucauld, dont nous parlons en ce moment. L'évêque de Mende, Florent de Choiseul-Beaupré , étant en visite pastorale à Saint-Chely, eut connaissance de l'origine distinguée, mais peu fortunée, du jeune Dominique. Le bon prélat le prit avec lui et lui fit faire ses premières éludes au collège de Mende. Ce généreux protecteur le recommanda ensuite à Frédéric Jérôme de la Rochefoucauld, archevêque de Bourges, qui le plaça au séminaire de Saint-Sulpice , à Paris. Quand Domini-
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que eut reçu la prêtrise, ce prélat le prit pour son grand vicaire. En 1747, le roi le nomma à rarchevêché d'Albi. Le consécrateur fut le bienveillant évêque de Mande, qui voyait en celui-ci son métropolitain. En 1757, l'archevêque d'Albi devint titulaire de la célèbre et opulente abbaye de Cluny.
On admira dans ce prélat toutes les qualités qui font un bon évêque, bonté, douceur, manières simples et aimables et surtout une admirable charité. Durant la famine de 1752 qui désola le midi de la France , l'archevêque d'Albi déploya un zèle h toute épreuve. Il mit entre les mains du clergé et des notables de la ville tous ses revenus d'une année, ce qui constituait une somme de plus de deux cent mille francs, H se plaisait à distribuer lui-même des secours aux indigents et les consolait dans leurs peines. La renommée de ses vertus préconisées par ses diocésains contribua à leur enlever ce digne prélat. En 1759, il devint archevêque de Rouen. La Normandie eut à se féliciter comme l'Albigeois de posséder un si excellent pasteur. A Rouen, il dota les hôpitaux, adoucit le sort des prisonniers, fut constamment la providence et le refuge de toutes les infortunes.
La pourpre romaine devait être la récompense de tant de précieuses qualités. Louis XVI, dont le cœur si paternel sentait pour l'infortune les mêmes émotions, demanda au pape Pie Vi la dignité de cardinal pour son émule en bonnes œuvres, et cette nomination eut lieu le premier juin 1778. Le cardinal de la
Rochefoucauld présida les assemblées du clergé en 1781 et 1782.
En 1789, le cardinal de la Rochefoucauld fut député aux états-généraux et fut nommé président de la chambre du clergé. Il protesta contre la réunion des trois ordres et ne se rendit qu'aux injonctions du roi. Il prit une grande part à toutes les discussions qui concernaient le clergé et présida aux réunions d'où sortit l'exposition des principes. Cette déclaralion ne pouvait obtenir les sympathies des novateurs.
Un jour on surprit une de ses lettres où il s'élevait avec force contre les dangereux systèmes que la révolution s'efforçait de faire prévaloir. Il fut dénoncé au sein de l'Assemblée. Le cardinal se leva et dit avec un calme plein de dignité : «Oui, Messieurs, » j'ai écrit la lettre qu'on vous dénonce et j'ai dû » l'écrire. Elle renferme mes véritables sentiments.» Cet aveu courageux en imposa et l'assemblée garda le silence.
Le cardinal de la Rochefoucauld fut vainement sommé de prêter un inique serment, et comme on s'occupait de lui élire un successeur , il écrivit aux électeurs constitutionnels de Rouen et fil même un mandement pour leur prouver l'illégilimilé de celte opération. Dominique de la Rochefoucauld eut le courage de lutter pour la sainte cause de l'Eglise jusqu^au dernier moment. 11 ne partit pour l'étranger qu'après la fatale journée du 10 août 1792. 11 habita successivement les Pavs-Bas , Maestrich , Bruxelles et Muns-
ter. Sa conduite dans l'émigraiion fut admirable de résignation et de sagesse. Enfin, le 27 septembre i 800, il mourut à Munster et son corps fut déposé dans les caveaux de la cathédrale. Une oraison funèbre y fut prononcée en son honneur par l'abbé Jarry. Ce digne et vénérable prince de l'Eglise était âgé de quatrevingt-sept ans. I.e Gévaudan chrétien doit être fier d'avoir vu naître un aussi saint et illustre pontife.
ÉVÊQUES D'ORIGINE GÉVAUDANOISE.
On pense bien que nous n'allons pas faire reparaître ici les prélats déjà nommés dans notre catalogue et auxquels notre contrée a donné le jour. Presque tous ont occupé le siège de Mende. Pour ce qui regarde les prélats originaires du Gévaudan et qui ont gouverné d'autres Eglises, nous avons h relever ici plusieurs erreurs commises par le père L'Ouvreleul , en ce qui concerne , sous ce rapport, les temps éloignés de nous. Cet historien indique comme originaires de la ville de Mende: 4° Gaston, évêque de Rodez; 2° Allemand, évèque de Condom; 5° Polverel, évêque d'Alet; 4° de l'Estang , évêque de Carcassonne. Il ne parle point de Pierre de Canilhac, évêque de Maguelonne; mais il ne manque point de faire naître h Mende le cardinal de Chanac. De ces évêques mentionnés par le père L'Ouvreleul, il en est seulement deux qui sont nés en Gévaudan, et encore il ne nomme
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même pas Pierre de Canilhac. Ce sont : 1° Bernard ALLEMAND ou AUemani, évêqiie de Condom, qui fonda dans la cathédrale de Mende la chapelle dite de Condom, et fit présent à cette église, dont il avait été chanoine, d'une statuette d'argent qui figurait saint Jean Chrysoslôme , d'une très-riche croix et d'un pluvial ou chape magnifique : tous ces précieux joyaux furent pillés par les protestants; ^^ Pierre de CANILHAC, qui fut d'abord évêque de Saint-Pons en 1361, et fut nommé ensuite évêque de Maguelonne (plus tard Montpellier), mais qui mourut en juin de la même année sans avoir pris possession. Cet évêque était frère du cardinal Raymond de Canilhac dont nous avons parlé en son lieu.
L'évêque de Rodez que L'Ouvreleul appelle Gaston n'est autre que Gaston de Cornet, mort en i 30 1 . Rien ne prouve que ce prélat fut originaire du Gévaudan.
Quant aux deux autres , il est certain que Potverel, évêque d'Alet, était neveu de Christophe de VEsiang, évêque de Lodève en 1621, et que l'oncle et le neveu étaient originaires de Brives-la-Gaillarde en Limousin. Ainsi donc ces deux prélats, Potverel et de VEstançj n'appartiennent point par leur naissance au Gévaudan.
Parmi les évèques de France en 1789 , nous comptons les suivants, nés dans le diocèse de Mende :
Le cardinal de la Rochefoucauld, successivement aichevêquc d'AIbi et de Rouen , dont nous avons parlé.
Philippe-François à'Albignac de Casiebum^ né au château de Trioda , évêque d'Angoulême , sacré en d784.
Dominique de Lastic ^ né à Fournels , évêque de Couserans, sacré en 1780.
Jean-Baptiste Amédée de Grégoire de Saint-Sauveur j évêque de Bazas, sacré en 1746.
Depuis le concordat de 1801, le diocèse de Mende a produit les évêques suivants :
Abbon-François Bonnet, né à Mende, sacré évêque de Viviers en 182o, mort en 1845.
Etienne Blanquet de Rotiville, né h Maruéjols, sacré évêque de Numidie in partibiis en 1828, exerçant les fonctions pontificales à Reims comme suffragant du cardinal de Latil , archevêque de ce siège , mort en
Jean -Jacques Fayet , né h Mende, sacré évêque d'Orléans en 1842, mort en 1849.
Nous ne pouvons clore cette nomenclature d'évêques originaires du Gévaudan , à diverses époques, sans dire un mot sur un prélat célèbre qu'on a voulu faire naître dans la même contrée. C'est Guérin ou Guarin, Guarinus j, évêque de Senlis, qui en 1214 était un des lieutenants du roi Philippe II, à la bataille de Bouvines. On a dit qu'il était issu de l'ancienne famille du Tournel, et frère d'Odilon Guérin de Ghâteauneuf-de-Randon du Tournel , qui prit ce dernier nom quand il épousa Marguerite du Tournel, héritière de la baronnie de ce nom.
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Le catalogue des évêques de Senlis place le berceau de Guérin en Auvergne, au château de Monlaigu, qui appartenait h ses parents. Cet illustre prélat mourut sur le siège de Senlis en 1227 , année de sa nomination à la dignité de chancelier de France. Guérin de Senlis était frère de celui qui épousa la fille du baron du Tournel , en Gévaudan. 11 n'est donc pas possible de revendiquer l'honneur qui appartient exclusivement au château de Montaigu, en Auvergne. On a manifestement confondu le prélat avec son frère, devenu par alliance baron du Tournel.
Qu'on nous permette une observation qui sera peut-être utile aux auteurs qui recherchent les origines des personnages illustres. On s'expose à des erreurs lorsqu'on ne tient pas compte de la ressemblance qui existe entre les noms de localités situées en des pays différents. Ainsi , au sujet de Guillaume de Chanac que l'on a représenté comme originaire du diocèse de Mende , à cause de son nom nobiliaire, nous croyons qu'il sera curieux de rapprocher ici quelques-uns de ces noms qui se retrouvent simultanément dans le diocèse de Tulle (Corrèze) et dans celui de Mende (Lozère). Si nous voulions mentionner les ressemblances qui proviennent des noms des saints tels que : saint Bauzile , saint Germain , saint Hilaire , saint Julien , saint Privât , notre tableau synoptique serait bien plus considérable.
DIOCÈSE DE TULLE. i DIOCÈSE DE MENDE.
Chanac (canton de Tulle). j Chanac (chef-lieu de canton ).
Chirac (canton de Neuvic). | Chirac (cure titulaire).
Espagnac (canton de u Roche-caniiiac). Ispagnac (curc titulaire ).
Fage (la) ( canton de Lapleau }.
Garde (la) (canton de Tulle).
Laval (canton de Lapleau).
Noailhac (canton de Meyssac).
Roziers (les) (canton d'Egletone).
Fage (la) (canton de Fournels).
Garde (la) (canton de Villeforl).
Laval (canton de Grandrieu).
Noalhac (canton de Fournels).
Rozier (le) (canton de Meyrueis).
Servières (chef-lieu de canton). | Servières (canton de Rieutort).
11 est iniuile de répéter que le village de Chanac, au canton et diocèse de Tulle, fut le titre féodal du cardinal de ce nom.