CHAPITRE lY
Saint Hère; Agricola; saint FrézaI; Agenulphe.
SAINT ILÈRE.
Une difficulté chronologique se présente au moment où nous devons inscrire le nom du successeur de Parlhenius. Robert et Catel désignent saint Hère, Ileriis j Ilarus ou Isenis , quelquefois même H ilarus et Hilaris; D. Vaissète, la Gallia Chrisliana et le rituel de Mende indiquent Agricola. Les savants Bollandisles confondent ce saint Hère avec saint Hilaire que nous avons «lassé le septième. Nous commençons par vider ce dernier débat, parce qu'il est le plus important, en posant ainsi deux questions.
1° Saint Hilaire , Hilarius^ notre septième évêque connu, est-il le même que saint Hère que nous venons de placer au deuxième rang chronologique?
2° Lequel des deux d'Hère et d'Agricola a précédé l'autre?
Nous répondons h la première question que les Bollandistes , séduits par la ressemblance des deux
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noms Hilarius et Hilarus (car on vient de voir que saint Hère est désigné aussi par ce dernier nom) en ont conclu que ces deux pontifes n'étaient qu'un seul et même personnage. Ils s'appuient principalement sur deux légendes, dont l'une attribue une vision miraculeuse à un évêque de Mende nommé Hilarius, et l'autre à un évêque nommé lïilarus. Dans l'une de ces deux légendes, un évêque Hilarius va trouver à Arisencus un roi nommé Théodebert et , dans la nuit qui précède l'audience , l'évèque Hilarius voit un globe de feu qui lui semble un présage de succès auprès de ce roi Théodebert. Dans la seconde légende, le même globe reparaît. Le lieu est nommé ici Arcsentus. Le roi s'appelle aussi Théodebert et l'évèque y est nommé Hilarus. Il y a entre ces deux récits une très^grande analogie, nous en convenons ; mais est-ce une raison pour supprimer saint Hère du septième siècle et le confondre avec saint Hilaire du sixième siècle? Cela ne nous semble pas rationnel. L'évèque saint Hilaire ou Hilarius n'a jamais été connu que sous ce nom. 11 a assisté au concile d'Auvergne en 55o. L'évèque Hilarus, plus connu sous les noms de Ilerus jlserus etc. consacra sainte Enimie abbesse du monastère de Burlatis. Or celte sainte est regardée généralement comme la fille de Clotaire H. Il est impossible de faire vivre cette princesse au milieu du sixième siècle, et l'on ne peut pas la faire consacrer par saint Hilaire qui souscrivit à un concile de 555. Il faut donc forcépient distinguer saint Hère de ce dernier.
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Comment concilierons-nous maintenant les deux légendes où l'on voit figurer un roi Théodebert? Cela se pourra en consultant notre Histoire de France. Du temps de saint Hilaire et à l'époque où se tenait le concile d'Auvergne nous trouvons un roi Théodebert, c'est Théodebert I. Nous avons ensuite un Théodebert II, qui mourut en 612. Il n'est pourtant pas croyable que saint Hilaire du sixième siècle et saint Hère du septième aient également visité un roi Théodebert , qu'ils aient eu une même vision du globe, et se soient rendus tous les deux à un même lieu nommé Arisencus ou Arcsentusj c'est-à-dire au village d'Arzenc. Ce fait ne peut absolument s'attribuer qu'à un seul des deux évêques. La consécration de sainte Enimie, fille de Clotaire H, par saint Hère, est un trait de sa vie : ces deux noms dTIère et d'Enimie sont liés l'un à l'autre. Cela nous suffit pour distinguer les deux évêques, et les DoUandistes ne peuvent y opposer rien de sérieux. Nous n'avons point à décider lequel des deux s'est rendu auprès du roi Théodebert dans le village d'Arzenc. Cela nous engagerait dans une discussion historique pleine d'embarras et peut-être en pure perle, caria double légende citée par les Bollandistes n'est pas un fait irrécusable. Puis encore, est-ce Arzenc de Randon ou bien Arzenc d'Apcher, qui tous deux appartiennent à l'ancien Gévaudan? Nous rejetons donc celte confusion de deux évêques en un seul et nous admettons un saint Hère distingué de saint Hilaire.
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A la seconde question nous avons à répondre que saint Hère nous semble inconleslablement le prédécesseur d'Agricola. Hugues du Tems , il est vrai, place Agricola avant saint Hère, et blâme même Catel d'avoir fait le contraire. L'erreur de cet écrivain provient de ce qu'il place la consécration de sainte Enimie en 6^8, or Agricola a assisté au Concile de Reims en 62o. Si la consécration de cette princesse, fille de Clotaire II, avait eu lieu en 628, Hugues du Tems blâmerait Catel avec raison; mais il ne parviendrait pas h le démontrer. Aucun monument traditionnel ne pourrait être par lui invoqué. C'est en 628 que nous plaçons, non la consécration, mais bien la mort de sainte Enimie.
Nous n'ignorons pas que Le Cointe, dans ses Annales Francorum, dit que saint Isère, Iserus (car c'est le nom qu'il lui donne), succéda à Agricola et que ce saint pontife vivait sous Dagobert. Or ce prince ne monta sur le trône qu'en 628. Mais le savant Le Cointe ne distingue pas les deux époques de cette royauté. Dagobert fut roi d'Austrasie en 622, et, après la mort de son père Clotaire II, il devint roi de Neustrie, de Bourgogne et d'Aquitaine en 628. Saint Hère ou Isère peut donc figurer comme évêque de Mende en 622, pendant que Dagobert était roi d'Austrasie. Cela ne peut empêcher qu'Agricola n'ait souscrit au concile de Reims, en 62o. Si Le Cointe avait représenté formellement Agricola comme évê- |:|ue de Mende sous Dagobert, roi d'Aquitaine en 628,
il surgirait de cela une difficulté grave : on a vu que cela n'est pas.
Nous croyons donc fermement que saint Hère a précédé Agricola et nous acceptons le sentiment de Robert et de Catel qui concorde avec le vieux catalogue manuscrit des archives du chapitre de Mende où nous lisons ce qui suit, dans cet ordre : Sajictus Ilerus vel Iserus episcopus rexit Ecclesiam anno circiter 620. Agricola inlerfuit synodo Rliemensi j anno 650, snb Sonnatio episcopo. Ici la date du concile de Reims est fixée à l'an 650. En elfet, plusieurs écrivains placent ce concile en cette année et ceci favorise sinsulièreraent, comme on voit, notre opinion. Dans ce cas, saint Hère aurait pu consacrer sainte Enimie en 628, comme le prétend Hugues Du Tems, et mourir en celte même année, ou en 629, laissant pour successeur Agricola en 650. Tout se trouve ainsi admirablement concilié, c'est pourquoi nous n'hésitons pas à placer saint Hère après Parthenius et avant Agricola. Dans nos Recherches sur Sainle-Enimie , imprimées en 18i6, nous avons assez longuement traité ces questions; mais, à cette époque, nous ne possédions pas encore les documents que nous avons pu nous procurer plus récemment et qui ont décidément fixé notre opinion à cet égard.
AGRrCOLA.
On a vu que cet évêque est uniquement connu par sa présence au concile de Reims où il se trouvait avec son métropolitain saint Sulpice, de Bourges.
Ici nous avons à faire remarquer une analogie trèsfrappante entre un Agricola, évêque de Châlons-sur- Saône ou plutôt Challon, episcopus Cabillonensis , et notre Agricola, évêque de Gévaudan, episcopus Gabalensis. Le premier est désigné dans quelques manuscrits anciens sous le titre de episcopus Gabellonensis, car très-souvent on a employé la lettre G pour la lettre C. Il est même difficile de distinguer ces deux lettres dans le vieux caractère gothique. Ces deux évêques, il est vrai, ne sont pas contemporains, car un siècle les sépare, et ensuite Agricola de Challon est qualifié saint, tandis que celui de Gabalum n'a pas ce titre. Mais si un critique s'avisait de prétendre , par exemple, que saint Agricola de Challon doit être supprimé, parce qu'on l'aurait confondu avec Agricola du Gévaudan , à cause de la ressemblance du titre de ces deux sièges, n'imilerait-il pas, à jieu de chose près, ceux qui prétendent supprimer saint Sévérien de Gabalum, en France, parce qu'il y a eu un Sévérien, évêque de Gabala, en Syrie? Le terme Gaballensis (car on le trouve écrit ainsi) ressemble assez à celui de Gaballonensis et surtout à celui de Gaballi-
censis qui est pareillement employé pour l'évêché de Challon , suffragant de Lyon. (Ce siège est aujourd'hui supprimé.)
Le septième siècle ne nous offre pour le siège de Mande que saint Hère, dont on fait la fête le l^*" décembre dans ce diocèse , et Agricola , connu simplement par sa présence au concile de Reims.
SAINT FRÉZAL.
La seconde moitié du septième siècle, en prolongeant, par hypothèse, l'épiscopat d'Agricola jusqu'à l'an 650, et le huitième siècle tout entier ne nous offrent aucun évéque de Mende. Le siège est-il resté vacant pendant cent cinquante ans? Cela n'est pas présumable. Cette lacune doit nous étonner d'autant plus que la métropole de Bourges compte, pendant ce siècle et demi , onze prélats. Il est permis de soupçonner qu'il y a eu, dans cette partie méridionale de l'ancienne Aquitaine, quelque perturbation politique dont la partie septentrionale de la même province n'a pas été le théâtre. En effet la succession épiscopale se maintient, non seulement à Bourges, mais encore à Limoges et à Clermont, tandis que dans les septième et huitième siècles Rodez n'a que deux évêques. Notre plan nous interdit de raconter
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ici les diverses péripéties civiles qui ont pu exercer une fatale influence sur 1 elat religieux de ce pays.
Ainsi donc le huitième siècle tout entier est exclu de notre catalogue épiscopal.
Le neuvième siècle est moins stérile. Nous trouvons saint Frézal, Frodoaldus, connu ailleurs sous les noms de Frodoald, Frédald, et à Paris, sous celui de saint Frézaut. Cet évêque occupa le siège de Mende sous le règne de Louis-le-Débonnaire. Sa légende nous apprend que ce saint prélat, accusé d'une excessive générosité envers le monastère de Saint- Martin, de la Canourgue, fut livré par son propre neveu aux assassins qui le mirent à mort au pied d'une montagne qui domine, h l'est, la Canourgue. Le corps de ce saint reçut la sépulture en ce lieu même et l'on y construisit une chapelle qui plus tard devint une église paroissiale. Elle a cessé de l'être en i802. La chapelle actuelle n'est point l'édicule primitif, mais son style roman accuse bien au moins le douzième siècle. Depuis quelques années elle a été restaurée d'une manière convenable, et a été rendue au culte comme chapelle de pieux pèlerinage relevant de la paroisse de la Canourgue.
On ignore l'époque précise de la mort de saint Frézal. Comme il vécut sous le rèi;ne de Louis-le-Débonnaire et que ce prince succéda à Charlemagne, mort en 814, et mourut lui-même en 840, c'est dans cette période de vingt-six années que nous devons placer l'épiscopat de saint Frézal.
II« PARTIE, CATALOGUE DES ÉVÉQUES. d8l
Selon la tradition du pays, cet évêque était de la noble famille de Canilhac qui tirait son nom d'une châlellenie voisine de la Canourgue et dont le village est aujourd'hui une paroisse. Nous avons suffisamment prouvé que la sépulture de ce saint auprès de la Canourgue ne peut rien faire préjuger en faveur de celle petite ville, considérée mal à propos comme siège épiscopal.
Devant la porte même de la chapelle de saint Frézal on voit sourdre une abondante et limpide source encadrée dans un large bassin de pierre que l'on croit de construction, sinon gauloise, du moins romaine. Il est certain que cette construction est d'une antiquité reculée. Ceux qui l'attribuent aux Gaulois prétendent que cette délicieuse fontaine était un objet de superstition druidique. Elle forme avec le paysage abrupte et agreste qui l'environne un contraste digne d'exercer un habile crayon.
AGENULPHE.
Après saint Frézal, Claude Robert nomme Guido et ne parle pas d'Agenulphe. Cet auteur a voulu évidemment mentionner ce dernier, en ne le nommant que par son prénom. C'est donc Guido Agetmlplius. L'histoire ecclésiastique constate l'existence de cet
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évêque 1° comme souscrivant au concile de Challon ou Châlons-sur-Saône, en 875; 2° comme un des pères du concile de Pontyon, en 876; 5° comme figurant au nombre des évêques auxquels le pape Jean VIII écrivit. Ce pontife le nomme Agenulfum Gebaldanensem. Nous voyons se dessiner ici les pre^ miers linéaments du nom moderne de Gévaudan. Ce nom fut dans la langue romane celui de Gébaldan.
Entre saint Frézal et Guido Agenulphe, s'écoule un trop grand intervalle de temps pour supposer qu'il n'y eût pas au moins un évêque entre les deux. Puis encore, le neuvième siècle tout entier ne saurait être rempli par les deux évêques connus. Dans ce neuvième siècle, nous trouvons à Bourges huit métropolitains; à Rodez, quatre évêques; au Puy, cinq. Encore donc une lacune à regretter! La Gallia Christiana pense que l'on a attribué au siège de Genève plusieurs évêques de Gévaudan, à cause de la ressemblance des noms latins, et cite pour cela l'opinion de Le Cointe. Selon ce dernier, plusieurs de ces évêques de Gévaudan ont pu être appelés Gebennenses, à cause du mont Gebenna ou Cebenna , les Cevennes. Nous ne partageons pas cet avis. Le sentiment de Le Cointe est une hypothèse inadmissible. Le Gévaudan n'a pu jamais être nommé Gebenna, ni Cebenna ou Cevenna^ On n'en saurait citer un seul exemple.