RENAUD DE BEAUNE
En 1568, Renaud de Beaune, chanoine de l'Eglise de Paris, abbé de Juilly et maître des requêtes du roi Charles IX, fut nommé par ce prince à Tévêché de Mende. Puis , en 1581 , il fut transféré , selon Ladvocat, à l'archevêché de Bourges. Hugues du Tems ne mentionne point la date de cette translation, mais il paraît qu'elle eut lieu en 1585. Le rituel de Mende place la prise de possession du successeur de Renaud h l'an 1586. Le siège serait-il resté vacant pendant tout ce temps? C'est ce qui sera éclairci dans le paragraphe suivant. L'histoire nous apprend que Renaud de Beaune réconcilia le roi Henri IV avec l'Église catholique. Nommé archevêque de Sens en 1596, il ne put obtenir ses bulles qu'en 1602. Dès l'an 1591 , Renaud était grand aur mônier de France et commandeur des ordres du roi. Ce prélat mourut à Paris en 1606, âgé de 79 ans, et fut inhumé dans le chœur de l'église de Notre-Dame. Il a laissé quelques discours et oraisons funèbres assez médiocres, quoique, de son temps, il fut l'orateur à la mode.
ADAM DE HURTELOU.
Il était originaire de la province du Maine. Il fut chanoine de Mende et permuta l'abbaye de Lieu-Restauré, au diocèse de Soissons, avec Renaud de Reaune qui s'était réservé sur l'évêché de Mende une pension de 2500 livres. Nous venons de reproduire textuellelûent ce que nous apprend Hugues du Tems. Ceci peut nous expliquer pourquoi l'inslallation d'Adam de Hurtelou n'eut lieu que long-temps après la nomination de Renaud de Beaune à l'archevêché de Bourges. Pour peu qu'on connaisse la jurisprudence ecclésiastique en matières bénéficiales, selon l'ancien droit, cela ne pourra surprendre. Renaud a pu conserver le titre d'évêque de Mende, jusqu'à l'intronisalion d'Adam de Hurtelou. Celle-ci eut lieu le 25 juillet 1586. Ce que nous venons dédire est si vrai que nous voyons Renaud de Reaune , archevêque nommé de Rourges, présider les états du Gévaudan en 1585 et 1585. Nous ne citons que ces deux années d'après les Documents historiques sur le Gévaudan, par M. Gustave de Rurdin, qui n'a pu recueillir que ces deux dates dans les débris des archives de la Lozère.
Les trois épiscopats de Nicolas d'Angu , de Renaud de Reaune et d'Adam de Hurtelou furent marqués par de terribles commotions causées par l'hérésie de
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Calvin, que les sectaires de la prétendue réforme prêchèrent dans ce malheureux pays. Déjà, sous Charles de Pisseleu, les prédicants hétérodoxes avaient perverti quarante-cinq paroisses, et notamment la ville entière de Maruéjols. Celle de Mende se maintint dans la bonne doctrine , grâces à la présence de l'évêque et du chapitre. Les missionnaires fanatiques de Calvin signalèrent leur passage dans le Gévaudan par le meurtre, le pillage et l'incendie, en iS61 et 1562. Ils firent cesser par la force brutale le service divin. Ils s'emparèrent des ornements les plus riches et surtout des vases sacrés et des reliquaires que possédait la cathédrale. De ces derniers seuls ils tirèrent plus de 280 marcs d'argent. Les maisons des membres du clergé, des principaux catholiques, le palais de l'évêque, les couvents furent dévastés, et les personnes, comme on le pense bien, ne furent pointa l'abri des plus énormes violences. Mais, hélas! ce n'étaient encore que des préludes. En i579, le trop fameux Merle , chef des Calvinistes déprédateurs , s'empara de Mende dans la nuit de Noël , et exerça, soit dans la cathédrale, soit dans la ville, des meurtres nombreux et d'atroces brigandages qu'auraient à peine commis les barbares guerriers de Crocus, dans le troisième siècle. Ce sont là des faits qu'il est impossible de récuser. C'est ainsi que l'hérésie protestante s'établit dans une grande partie du Gévaudan, mais ce n'est pas ainsi que procédèrent les premiers apôtres de cette contrée quand ils vinrent y prêcher
la doctrine évangélique. Ils furent immolés , mais personne ne devint leur victime. Tel fut et sera toujours le véritable caractère de l'éternelle vérité. (Voir le chapitre XVII où nous entrons dans de plus amples détails. )
Adam de Hurtelou fut appelé à relever d'immenses ruines et notamment à reconstruire sa cathédrale que Merle avait démolie , à l'exception des clochers qui ne comptaient pas encore un siècle d'existence. Dans le chapitre XII de la première partie , nous parlons plus amplement de cette réédification de l'église principale du diocèse. Cet évêque eut à opposer pendant un épiscopat de vingt-trois ans une barrière au débordement de l'hérésie et à déployer un zèle apostolique pour faire rentrer dans le bercail du bon pasteur les brebis égarées. Il passa en 1609 à une vie meilleure , après avoir présenté un parfait modèle de piété et de charité. Nous trouvons cet éloge bien mér rilé dans un vieux manuscrit du chapitre.