VIII
Baltimore un séminaire destiné au recrutement du clergé américain. Comme il était dans l'ordre des choses possibles que la Compagnie fût tôt ou tard obligé de se disperser, il était prudent pour la garantie de son avenir, de préparer quelque part un asile sûr, dût-il n'être que temporaire, afin d'entretenir chez ses membres l'esprit de leur vocation, et puis de permettre à tous de revenir plus tard, s'il y avait lieu, reprendre en France l'exercice de leurs fonctions. M. Emery n'eut donc pas de difficultés à faire accepter par ses confrères une résolution qui, d'après toute prévision humaine, étant donnée aussi la haute inten^ention du nouvel évêque de Baltimore, devait aboutir aux plus heureux résultats, c'est-à-dire servir l'Eglise dans un pays lointain, en même temps sauver du naufrage une société que le tourbillon révolutionnaire pouvait détruire.
Mis au courant de ce qui venait de se passer au sein de l'assemblée générale de la Compagnie de Saint-Sulpice, AP"" Carroll n'hésita pas un seul instant à accepter le secours providentiel
qui s'offrait à lui. Un assez fort courant d'émigration française se portait vers les Etats- Unis. La France chassait ses enfants, souvent les meilleurs ; ceux-ci fuyaient dans toutes les directions de l'Europe. L'Amérique devait en recueillir un nombre assez sérieux. Il importait donc d'avoir des prêtres de leur nationalité pour subvenir à leurs besoins spirituels. Disséminés un peu partout dans tous les coins de l'unique diocèse alors existant, il leur faudrait, dans un avenir prochain, compter sur un clergé plus nombreux.
Il fut convenu entre M^ Carroll et la Compagnie que celle-ci enverrait aussitôt à Baltimore quatre de ses prêtres, qu'elle nourrirait et entretiendrait pendant les deux premières années, et que l'Evêcjiue, de son côté, leur ferait donner une grande ferme dont l'exploitation, après deux ans, suffirait à tous les besoins du séminaire.
M. Emery choisit parmi ses confrères quatre sujets qu'il jugea les plus propres à fonder le séminaire de Baltimore. Son choix tomba sur
l'abbé Nagot, qui fut nommé supérieur ; il lui adjoignit l'abbé Tessier, professeur de théologie morale au séminaire de Viviers, l'abbé Garnier, professeur de dogine au séminaire de Lyon, et l'abbé Levadoux, directeur du séminaire de Limoges. Comme M. Emery désirait avant tout conserver sans altération l'esprit de sa Compagnie, il traça par écrit des avis qui devaient être comme le complément aux constitutions de l'Ordre.
« Les prêtres de Saint-Sulpice, envoyés pour fonder un séminaire à Baltimore, penseront, disait M. Emery. que ce séminaire est le premier établissement de ce genre et sera pendant longtemps l'unique dans tous les Etats-Unis d'Amérique; qu'il s'agira, dans ce séminaire, de former tous les ouvriers apostoliques que la Providence destine à affermir les catholiques dans la foi, à ramener les hérétiques au sein de l'Eglise, à porter la lumière de l'Evangile aux sauvages, en un mot à faire régner Jésus-Christ et son Eglise dans une partie du monde bien plus étendue que l'Europe entière.