CHAPITRE IX
Projet d'ériger un monument. — Circulaire envoyée pour prélever des souscriptions. — Reconnaissances de la ville de Détroit. — Comment elle se traduit.
m ussiTOT après la mort du vénérable curé M^ de Détroit, AI. Badin se mit en frais de recueillir des souscriptions par tout le Territoire du Michigan, dans le but, disait-il, d'ériger à la mémoire de AI. Richard un obélisque, et en outre, de faire reproduire son portrait sur la toile. Le reconnaissant vicaire rédigea à cette fin une circulaire qui fut envoyée aux principaux catholiques, missionnaires et laïcs, des différents centres de l'Etat. Ce document, qui a été conservé, mérite d'être connu :
[ io6 ] « Monsieur,
« Votre vénérable ' Père et ami n'est plus, il a rendu sa très sainte âme à son Créateur. C'est aussi le sort qui nous attend bientôt, cher monsieur ; oui, bientôt : les touffes argentées que nous portons en sont le plus sûr garant. Efforçons-nous, par une vie sainte, remplie de bonnes œuvres, de mériter une mort aussi sainte que celle de notre vénéré et respectable ami, M. G. Richard, qui, au moment de recevoir l'auguste sacrement de nos autels, s'écria avec le vieillard Siméon: <^ Xtuic diiuittis ser- « vwn fuuin. Domine, scciinciimi z'crbum tuuin « in pace », — c'est-à-dire : « Maintenant, Sei- « gneur, permettez à votre serviteur de mourir « en paix, suivant votre parole. »
« Prions le Seigneur pour le repos de son âme, comme nous l'enseigne notre divine foi. Nous honorerons aussi son corps pour toujours, en érigeant à sa mémoire un obélisque en marbre, qui sera couronné d'une croix. Sur les quatre faces on gravera son épitaphe en grec, en latin, en français et anglais. Son portrait en pied sera fait en peinture et il sera exposé à la vue de ses fidèles amis dans la maison du clergé.
« En conséquence, nous désirons que tous les catholiques et les autres qui désireraient avoir l'honneur de contribuer à cet obélisque, c'est-à-dire, les vieux et les jeunes, les hommes et les femmes, Is garçons et les filles, souscrivent par tout le Michigan. J'espère, mon cher Monsieur, que vous consentirez de bon cœur à prendre la responsabilité de faire cette collecte, de la recueillir, et de la faire parvenir à Détroit, aussitôt que possible. Vous pouvez écrire sur une feuille de papier ce qui suit :
« Contribution volontaire pour l'érection « d'un obélisque à la mémoire de feu M. « Gabriel Richard, grand vicaire, curé de « Sainte-Anne, au Détroit, mort le 13 sep- « tembre 1832. et aussi pour son portrait en « pied. »
« Je me repose sur votre dévouement à notre ami vénéré, et vous pouvez compter sur la reconnaissance de celui qui est votre père spirituel en Jésus-Christ Notre-Seigneur.
« Votre obéissant serviteur,
« F.-V. Badin,
"Prêtre missionnaire. '*^
"A la Maison du clergé du Détroit, le 22 septembre 1832 ".
Il existe une liste de souscriptions aux
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archives de la Société historique du Wisconsin, qui démontre que l'on ne perçut à la Baie Verte que la somme de $2.50. Les souscriptions ne furent pas à la hauteur des projets que l'on avait conçus. Cependant l'on put recueillir avec le temps une somme de $400 qui fut consacrée à l'achat d'un vitrail où l'on fit insérer le portrait de l'abbé Richard; ce vitrail est le premier à gauche en entrant dans l'église de Sainte- Anne.
La ville de Détroit a voulu prouver sa reconnaissance envers son second fondateur. Elle a placé sa statue en pierre au deuxième étage, dans une niche, à l'angle sud de l'hôtelde-ville, en face de l'hôtel Russell.
Comme on le voit, protestants et catholiques se sont unis dans une action commune pour conserver la mémoire de cet humble apôtre du Christ, qui aurait pu devenir un grand évêque, si les circonstances l'avaient permis. Il n'en est pas moins vrai que l'abbé Richard, dans son rôle modeste de curé, a défriché un vaste terrain; il l'a arrosé de ses sueurs; il a jeté la semence, qui, aujourd'hui, produit des fruits abondants de salut.
Honneur et arloire à cet homme de bien !