ACTE III. M
Croyez-moi ; laissez-moi traiter légèrement
Tout ce qu* vos soupçons me donnent de tourment,
Et soyez sûr encor, malgré mon persiflage,
Que je ressens assez la pointe de Toutrage.
TAMPONET.
On ne me trompe pas deux fois.
ADBIBNNB.
Le voilà donc Ce reproche éternel qu'on appelle un pardon, Cette insulte toujours nouvelle et toujours prêta Qui dans tous nos débats me fait courber la tétel Eh bien! expliquons-nous une fois là-dessus; J'en ai le droit après tant d'outrages reçus.
Croyez-vous n'avoir pas votre part dans la faute Que vous me reprochez d'une façon si haute, Vous qui, m'ayant reçue enfant dans votre lit. N'eûtes soin d'occuper mon cœur ni mon esprit; Qui me traitiez déjà moins en ami qu'en maître. Qui n'étiez pas jaloux quand vous auriez dû l'être, Et qui m'abandonniez sans guide et sans appui Dans les tentations du monde et de l'ennui?
)'ai fait pour vous aimer tout ce que j'ai pu faire; Mais vous ne m'aidiez pas, monsieur, bien au contraire. Vous ];^liez le matin pour vos graves travaux, Vous rentriez le soir plein de soucis nouveaux ; Et le besoin d'amour dont j'étais dévorée.
D'un peu d'illusion saluant votre entrée^ Rencontrait un accueil toujours brusque ou distrait Dont vous ne me disiez pas même le secret.
Je n'ai connu de vous, entre vos bras jetée.
U 6ÂBRIELLB.
Que rirritation loin de moi contractée Le respect du devoir m*a soutenue un temps, Mais est-ce une pâture à des cœurs de vmgt ans? J'ai succombé. — Mais vous, mon soutien légitime, Vous qui n'avez rien fait pour me fermer Tabîme, A ma chute, monsieur, vous deviez compatir.
Sinon par indulgence, au inoins par repentir 1
TAMPONET.
Fort bien. Si je comprends où tend votre argutie, Il faut de mes affronts que je vous remercie. Et par contrition je dois peut-être aussi Vous tendre l'autre joue en vous disant merci. Morbleu ! madame, suis-je un homme qu'on bafoue? Jamais les Tamponet n'ont tendu l'autre joue. Et votre amant verra si je suis un mari Dont la contrition soit un commode abri.
ADRIENNE
Pour la dernière fois, monsieur, je vous répète
Qu'entre monsieur Stéphane et moi rien ne s'apprête;
Et s'il ne sufBt pas à calmer vos soupçons,
Tant pis! Je n'entends plus contraindre mes façons,
Et prétends à ma part des libertés modestes
Qu'ont partout nos regards, nos propos et nos gestes.
Avisez.
C*est-à-dire...
ADRIENNE
On vient; tenez-vous coi*
àCTE III. &a