ACTE II
TAMPONET.
Devant le monde elle s’en fait accroire ; Mais lorsque l’on connaît son petit répertoire ,
On est tout étonné des bals et des chifTons ,
Qui de son pauvre esprit occupent les bas-fonds. Autant aux étrangers elle paraît charmante , Autant en tête-à-téte on la trouve assommante.
STÉPHANE
Vraiment!
TAMPONET.
Je vous le dis , monsieur, avec douleur.
A part.
D faut se faire pauvre à côté d’un voleur.
STÉPHANE
Vous m’étonnez.
TAMPONET f annonçant son jeu.
Trois as et la tierce majeure
En carreau.
STÉPHANE
C’est parfait. Non... j’ai quinte mineure
En trèfle.
TAMPONET.
Jouant.
J’ai dit huit. Neuf, dix par le valet.
Ma femme n’a jamais pu jouer le piquet.
STÉPHANE
Plaignons-la.
TAMPONET.
Jouant.
Non, c’est moi qu’il faut |>laindre. Onze, douze.
Car c’est une ressource en une vieille épouse.
Vieille?
TAMPONET.
Elle a quarante ans passés.
STÉPHANE
Quoi! quarante ans?
TAMPONET.
Passés.
STÉPHANE
Elle n’en a gardé que les printemps.
TAMPONET.
C’est ce vieux madrigal, depuis nombre d’années , Qui sonne la retraite aux jeunesses fanées.
STÉPHANE
On a l’âge après tout qu’on porte sur son front.
Jouant.
Seize, dix-sept, dix-huit, di.x-neuf et vingt tout rond. Madame Tamponet est jolie et bien faite.
TAMPONET.
Devant le monde, soit; mais dans le téte-à-tête!
STÉPHANE
Bah!
Jouant.
Hélas! Treize.
STÉPHANE
Vingt.
TAMPONET.
Quatorze.