‹ Gabrielle comedie en cinq actes et en versChapitre 34 sur 76 · G A BR I KL L K · texte numérisé non relu

G A BR I KL L K

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ADRI ENNE.

Vous êtes loin de compte :

Le ridicule seul cause ici mon effroi,

Et lorsque je le crains, c’est pour vous, non pour moi.

T AM PO NET

Je serais ridicule!... O comble d’impudence!

Elle ose à mon affront conseiller la prudence!

Non, je n’ai jamais vu de cynisme pareil ,

Et reste abasourdi devant ce beau conseil !

ADRIENNE

Ce qui surtout me plaît du soupçon qui m’obsède C’est cette sûreté d’erreur qui vous possède.

Cette sagacité qui réussit toujours A faire fausse route à tous les carrefours;

C’est enfin cet esprit inventif qui fourmille De monstruosités sur des jwintes d’aiguille.

TAMPONET.

Les bras m’en tombent.

ADRIENNE

Bah ! Vous les ramasserez.

TAMPONET.

Savez-vous à la fin que vous m’exasjwrez?

Qu’on ne plaisante jtas avec la jalousie, - Et que l’occasion de rire est mal choisie?

Conjurez ma colère au lieu de l’attirer.

Vous dis-je!

ADRIENNE

Ah ! si je ris, c’est de peur de pleurer !

Car à l’indignité de vos folles alarmes On ne peut opposer que le rire ou les larmes!

ACTL III.

Croyez-moi; laissez-moi traiter légèrement

Tout ce que vos souijçons me donnent de tourment,

Et soyez sûr encor, malgré mon persiflage.

Que je ressens assez la pointe de l’outrage.

TAMPONET.

On ne me trompe pas deux fois.

ADRIENNE

Le voilà donc

Ce reproche éternel qu’on appelle un pardon,

Cette insulte toujours nouvelle et toujours prête Qui dans tous nos débats me fait courber la tête!

Eh bien! expliquons-nous une fois là-dessus;

J’en ai le droit après tant d’outrages reçus.

Croyez-vous n’avoir pas votre part dans la faute Que vous me reprochez d’une façon si haute.

Vous qui, m’ayant reçue enfant dans votre lit.

N’eûtes soin d’occuper mon cœur ni mon esprit;

Qui me' traitiez déjà moins en ami qu’en maître.

Qui n’étiez pas jaloux quand vous auriez dû l’être.

Et qui m’abandonniez sans guide et sans appui Dans les tentations du monde et de l’ennui?

J’ai fait pour vous aimer tout ce que j’ai pu faire;

Mais vous ne m'aidiez pas, monsieur, bien au contraire. Vous partiez le matin pour vos graves travaux.

Vous rentriez le soir plein de soucis nouveaux ;

Et le besoin d’amour dont j’étais dévorée.

D'un peu d’illusion saluant votre entrée.

Rencontrait un accueil toujours brusque ou distrait Dont vous ne me disiez pas même le secret.

Je n’ai connu de vous, entre vos bras jetée.

(iABRIELLE.

Que l'irritation loin de moi contractée;

Le resjiect du devoir m’a soutenue un temps,

Mais est-ce une pùture à des cœurs de vingt ans?

J’ai succombé. — Mais vous, mon soutien légitime, Vous qui n’avez rien fait pour me fermer l’abîme,

A ma chute, monsieur, vous deviez compatir.

Sinon par indulgence, au moins par repentir!

Fort bien. Si je comprends où tend votrp' argutie.

Il faut de mes affronts que je vous remercie.

Et par contrition je dois peut-être aussi Vous tendre l’autre joue en vous disant merci. Morbleu! madame, suis-je un homme qu’on bafoue? Jamais les Tamponet n’ont tendu l’autre joue.

Et votre amant verra si je suis un mari Dont la contrition soit un commode abri.

ADHIENNE.

Pour la dernière fois, monsieur, je vous répète Qu’entre monsieur Stéphane et moi rien ne s’apprête; Et s’il ne suffit pas à calmer vos soupçons.

Tant pis! Je n’entends plus contraindre mes façons.

Et prétends à ma part des libertés modestes Qu’ont partout nos regards, nos propos et nos gestes. Avisez.

TAMPONET.

C’est-à-dire...

ADRIENNE

On vient; tenez-vous coi.

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