__ AU DOCTEUR VALL.\NT
A Fontevrault, ce 1*' octobre 1672.
Vous avez eu raison de juger que les ordonnances que vous avez eu la bonté de faire pour madame Testu seroient bien reçues et très-fidèlement exécutées. C'est une personne que j'ai tant d'envie de conserver qu'on ne peut me faire un plus grand plaisir que de m'en fournir les moyens, et de plus, Monsieur, vous savez bien que je suis assez aise quand je reçois de vos lettres. Elles ont aussi tout ce qu'il faut pour plaire, et je les trouve également utiles et agréables'. Au reste, je vois bien que madame Testu vous a mandé des choses sur mon sujet que je suis bien éloignée de mériter. J'ai été honteuse quand j'ai lu les passages que vous m'avez choisis. Cette fois, croyez-moi, Monsieur, je ne suis pas assez parfaite pour n'avoir plus que la vanité à combattre. Je sais très-bien que je ne remplis pas tous les devoirs de ma charge, que la force, la vigilance et la ferveur qui sont des qualités si nécessaires à une supérieure, me manquent
" Voir lettre 4, note 3.
» Bibl. imp. Mss. 17,050. Portefeuilles Vallant, t. VII, fol. 470. - Les portefeuilles renferment les minutes de quelques-unes de ces lettres. On ne peut pas dire qu'elles soient agréables.
LETTRES DE GABUIELLE DE HOCIIECHOUART
tout à fait. Ainsi je vous assure que je ne suis encore nullement satisfaite de ma conduite. Souvenez-vous donc, Monsieur, de ne plus me donner à l'avenir des instructions si délicates, et commencez, s'il vous plaît, par m'exliorler à bien faire ; c'est de quoi j'ai besoin présentement.
J'ai commencé depuis peu à lire la nouvelle traduction des Proverbes. C'est un livre, admirable, et il me semble que j*y trouve bien des choses qui me sont propres. Si je vous voyois, je prendrois grand plaisir ^ en parler avec vous, mais il me semble que je (serois tipp longue, si je vous écrivois tout ce que je pei^se là-dessus. Cependant il faut que je vous dise pour l'honpeur dt?'4a vérité et pour le mien que je donne tout le temps qui me reste après les affaires principales à des lectures solides dont j 'espère profiter et qui me donnent même beaucoup de plaisir. Je sais que vous me souhaitez assez de bien pour apprendre cela avec joie.
Je suis édifiée au dernier point de la conduite de madame de Maubuisson^ et de ce qu'elle a dit au sujet de madame de Chelles*. C'est un bel exemple pour toutes les religieuses, et surtout pour nous autres abbesses qui n'avons pas toute rhumilitè à laquelle nous sommes obligées, môme au jugement des personnes du monde.
Obligez-moi, Monsieur, d'assurer madame la marquise de Sablé que je suis toute à elle, et croyez tout ce que sa fille ^ vous a souvent dit de ma part.
3 Louise-Marie-HoUandine, iille de Frédéric I", duc de Bavière et roi de Bohème. Née le 18 avril 1G22, elle se lit catholique en 1058 et vint en France. Deux ans après, elle prit le voile à Maubuisson et fut nonnnée abbesse de cette communauté en 1664. Morte le 11 février HOO. — Maubuisson était une abbaye de l'ordre de Cîteaux, près de Pontoise.
* Marie-Guionne de Cossé-Brissac. Quelques années plus tard, elle céda sa place à la sœur de mademoiselle de Fontan^^es; puis, après la mort de celle-ci, elle rentra en possession de l'abbaye de Chelles. Morte le 15 juillet 1707.
* Ce mot est écrit en abréviation et ressemble exactement au signe
ABBESSE DE FONTEVRAULT, ET DE bEt> AMIS. 95
Je voulois vous demander une invention pour purger ma tète qui est extrêmement chargée ; mais il est si tard que je n'ose m*embarquer à vous donner les explications dont je crois que vous avez besoin pour me marquer un remède proportionné à mon mal.
A Versailles, ce 29 octobre 1672.
Madame l'abbesse de Fontevrault, je suis touché sensiblement de ce que vous m'écrivez de vos rehgieuses de Colinances ' ; mais vous devez vous-même juger ce qu'on doit répondre à leur placet avec un obstacle comme celui d'un arrêt contradictoire rendu dans toutes les formes. Je chercherai pourtant les moyens de concilier la justice et ce qu'elles désirent; et s'il est possible de les trouver, j'aurai bien de la joie de suivre les mouvements de compassion et d'estime que vous me donnez pour elles. Ce pendant, je vous remercie du compliment que vous me faites sur le bonheur de ma dernière campagne, et bien qu'il soit assez difficile de ne pas se flatter un peu quand on se sent louer avec autant de délicatesse et de bonne foi, je reconnois que la gloire de cette expédition est due entièrement à Dieu ; et vous ne pouvez mieux témoigner la part que vous y prenez
dont l'abbesse de Fontevrault se sert en écrivant à plus d'une religieuse qu'elle appelle : a Ma chère fille. »
Madame de Sablé avait eu quatre enfants, dont une fille, Marie de Laval, religieuse à Saint-Amand de Rouen. L'abbesse de Fontevrault l'aurait-elle connue pendant qu'elle était religieuse à l'Abbaye-aux- Bois?
* Bibl. Sainte-Geneviève. Mss. L'17«, fol. 445. - Le nom est ilouteux; on croit lire Colinanccs. Il y avait un couvent de bénédictines ainsi nonnné dans le diocèse de Meaux.
00 LETTRES DE GABRIELLE DE HÔCHECllULAUT qu'en in aidant avec tout votre Ordre à lui en rendre
grâce.
Je le prie de vous avoir, madame l'abbesse de Fontevrault, en sa sainte garde.