‹ Gabrielle de Rochechouart de Mortemart [microform]; étude historiqueChapitre 67 sur 138 · A ROGER DE GAIGNIÈRES · texte numérisé non relu

A ROGER DE GAIGNIÈRES

A Fontevrault, ce 23 février 1701

Je n'avois point reçu de lettres de vous depuis mcn retour, Monsieur, quand je vous fis souhaiter la bonne année par ma sœur de La Verdrie. J'en avois été en peine, connoissant comme je fais votre attention pour vos amis. Je suis bien aise que vous n'en ayez point manqué pour moi, mais je regrette fort ces lettres que je n'ai point reçues. Il faut qu elles aient été brouillées ici, car il me semble qu'il ne s'en perd point à la poste.

s On voit que l'abbesse de Fontevrault fait ici allusion à madame de Montespan, alors auprès d'elle. S'agit-il de la môme affaire que dans la lettre précédente? Cela paraît probable.

* Bibl. imp. Mss. 24,991, fol. 237.

En voici encore une que je vous supplie de donner à M. le cardinal. Je ne puis trop me louer de ses bontés pour moi, non plus que de celles de M. le maréchal de Noailles, qui a songé, dans son voyage, à m'écrire et à m'envover des leçons de Ténèbres, que je lui avois demandées à Paris. Des cœurs faits comme ceux-là sont bien rares, et on ne sauroit trop chercher à se lier à eux de plus en plus.

J'ai trouvé occasion de parler là-dessus plus d'une fois. On y est entré avec les sentiments que je souhaitois, en m'assurant que cela plairoit fort. Comme la chose paroît un peu éloignée à cause de l'ûge, je ne crois pas qu'on se presse trop de la traiter, surtout quand on se trouve éloigné des gens à qui la principale décision appartient*. Enfin, ma proposition a été reçue agréablement et a attiré des louanges et des témoignages d'estime et d'amitié pour les gens en question, tels qu'en effet on doit les avoir. Je ne perdrai point d'occasion de remettre encore la chose sur le tapis, et vous me faites bien la justice de croire que si elle dépendoit de moi, elle seroit conclue tout à l'heure.

Je vous supplie, Monsieur, de faire tenir ma réponse à M. le maréchal de Noailles et de reprocher à madame de Noailles, la première fois que vous la verrez, qu'elle ne m'a pas donné un signe de vie sur une lettre que je lui écrivis le mois passé, et que je lui adressai à la cour. Vous joindrez, s'il vous plaît, à ces reproches, des compliments que ma colère ne m'empêche pas de lui faire de bon cœur.

Vous faites bien d'habiter une maison qui est à vous, et qui est très^belle. Si j'étois à Paris, je ne manquerois pas de vous rendre une visite dans cette nouvelle demeure.

* Voir la note 5 de ia lettre suivante.

ABBESSE DE FOMEVBAULT, ET DE ^ES AMfS

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«8. - A liOCEIt DE (iAIGSlÉniiS'.

A Fontevrault, ce 29 mais 1;U1.

le -I ai pu écrire pendant les jours saints, à cause des

et que D eu m a fait la grâce de remplir entièrement cette année et sans aucune incommodité. J'ai dit. Monsieur au

et la lrou^e fort bon que vous vous en soyez tenu là nuis lu .1 ne vous avoit écrit que pour moi. 11 a d'aillé r; rë u avec beaucoup de recon.ioissance et de sensibilité les corn Pl'rnenls que je lui ai fai.s de votre part, car il vlus estime nu de.n.er point et n'oubliera jamais, ^on plus que oi

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a peme qu'il peut, et quoique blâmé bau.erntTar s confrères et sincèrement par plusieurs, il ne laisse pas délre

! ^^\ '"iP- Mss. 24,991, fol. 259

raLn^t ■:J^^^^;^^ ^ -te à Ro.e en 1680, ,e,u

ovêque de Condo.n, n é J atn^^^^^^^ Nommé le 8 septembre 1095 Tours. Mort en 1710. ^^ ' ^' ^^'^^^ ^"*^^"t à larchevêché de

•* Ministre des affaires étranirère.-

212 LETTKES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART approuvé el soutenu par quelques libertins qui ne cherchent qu'à troubler. Je ne sais ce qui en arrivera et j'avoue que les croix qui me viennent de ces côtés-ià me tentent* souvent d'un découragement auquel je crois bien cependant qu'il ne faut pas s'abandonner.

Je vous supplie de faire mes très-humbles remerciements et mille assurances de mes respects à M. le cardinal et d'être persuadé que je ressens comme je le dois tout ce que vous avez la bonté de faire pour moi.

Je ne sais pas pourquoi vous voulez désespérer de l'affaire que vous savez. On en a reçu avec joie et avec goût la proposition, comme je vous le mandois dernièrement. Toutes les fois que j'en ai parlé depuis, on m'en a parlé de même, et quoique cela ne soit ni conclu, ni dans les voies de se conclure avant un certain âge, il me semble que ce n'est pas à dire que la chose soit manquée, puisque, si l'on est obligé d'attendre de ce côté-ci, il y a de l'autre de quoi fournir, pour le temps présent, à d'autres sujets plus avancés, et pour le temps à venir, à celui dont nous parlons el dont l'âge se trouve apparemment convenable à quelque dernière cadette. Si c'étoit à moi à décider, je quitterois ces vues éloignées pour assurer tout à l'heure ce que je souhaite et pour préférer une personne que je connois et qui me plaît fort, à d'autres que je n'ai point vues el qui ne la vaudront peut-être pas. Mais, comme je ne suis pas maîtresse, j'aime encore mieux espérer que cette vue éloignée pourra réussir-, puisqu'elle regarde la même maison, que d'en envisager d'autres qui n'y auroient point rapport ^

s II résulte évidemment de ce passage et de la lettre précédente, qu il s'agissait du mariage du marquis de Gondrin, petit-fils de madame de Montespan, avec une des filles du maréchal de >oailles.Ce mariage eut lieu le 25 janvier 1707. l'angoisse et Vinsomnie dont il est question dans la lettre n° 65 prouvent que Gaignières s'y intéressait d'une manière

Je reçus, peu de jours après vous avoir écrit, Monsieur, une réponse très-obligeante de madame la duchesse de Noailles. Il m'est venu encore de nouvelles leçons de Ténèbres de la part de M. le Maréchal. Je suis touchée au dernier point de celte attention, et je vous envoie une lettre pour lui que je vous supplie de lui vouloir envoyer. J'y enjoindrai une, si le temps le permet, pour M. de Larroque, dont j'espère que vous aurez aussi la bonté de prendre soin.

Ma sœur est depuis quelques jours à Oiron ; je lui fis vos compliments avant son départ, et je puis vous assurer. Monsieur, qu'elle les reçut comme elle fait toujours, avec beaucoup de joie et de reconnoissance.

18 avril 1701.

J'ai donné voire lettre au roi qui m'a dit qu'il vouloit y répondre. Il est vrai, Madame, que M. le dauphin a donné une grande alarme, et que l'on passa une triste nuit; le roi en fut encore plus touché qu'on ne Tauroit pu croire, et il a une grande raison, car il n'y eut jamais un fils si digne d'être aimé de son père. Grâce à Dieu, ce mal a eu de très heureuses suites. M. le dauphin a grand soin de sa santé, et, ce qui vaut encore mieux, il pense très-sérieusement à son salut; ainsi il n'y a qu'à remercier Dieu. Votre amie, madame la duchesse de Bourgogne, donna dans cette occasion bien des marques de son bon naturel et de sa tendresse

toute particulière. Le passage de V Etude historique (page 72], relatif à ladite lettre, doit être rectifié dans ce sens.

* Correspondance générale de madame de Maintenon, t. IV, p. 425. — Manuscrits des Dames de Saint-Cyr.

pour Monseigneur, qui en est fort louché. Il a eu le plaisir de voir combien il est aimé.

Je vous avoue lout simplement, Madame, que j'avois oublie que je vous eusse promis le portrait de notre princesse ; mais puisque je vous l'ai fait attendre, ayez encore la bonté de me mander de quelle grandeur et de quelle figure vous le voulez, et je vous promets de réparer ma faute""

Jene manquerai pas, Madame, de parler à M. deChamillart et je le ferai en présence du roi, afin qu'il joigne sa sollicita ' tion a la mienne, qui pourra être de quelque considération auprès de son ministre.

Vous ne me nommez pas le nom de madame de Monlespan, et je ne saurois faire de même ; elle m'est trop souvent présente ; je lui souhaite tout ce que je me souhaite à moi-même. Apprenez-lui, Madame, la mort de madame de Brlnon^ et croyez l'une et l'autre que par les sentiment. qi^o. j ai pour vous, je mérite vos bontés pour moi.

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