A LOUIS XIV
Du 19 novembre 1701.
Sire, je suis soumise avec tant de scrupule, non-seule, ment aux ordres de Votre Majesté, mais encore à ses moindres intentions, que, me trouvant conviée par les engagements de ma charge et par l'exemple des autres généraux d'Ordre, à défendre le point de nos privilèges qui nous rend seuls maîtres des sorties de nos religieuses, je ne veux faire aucune démarche là-dessus sans la permission de Votre Majesté. On m'assure qu'elle veut bien encore entendre les raisons des privilégiés, et qu'elle a chargé M. le chancelier de les recevoir et de lui en rendre compte. Je lui communiquerai les miennes, si vous me faites l'honneur de Tagréer, et j'ose me promettre cette liberté quand je vois qu'elle est accordée à d'autres personnes qui n'ont pas tant de preuves t^ue moi de la protection et de la bonté particulière de Votre Majesté. Si j'envisageois mon repos, je ne ferois pas une demande qui m'engage dans un assez grand travail, peut-être infructueux , mais il me seroit encore plus impossible de souffrir la honte et le reproche que j'aurois sans doute à essuyer de la part de mon Ordre et des autres supérieurs qui sont dans les mêmes droits que moi, si je demeurois dans l'inaction par rapport aux privilégiés, pendant qu'ils font tous leurs efforts pour les maintenir, et ce reproche seroit une tache, non-seulement à ma vie, mais encore à ma mémoire.
Je ne me défendis point, il y a cinq ans, contre M. l'archevêque de Reims, et je lui laissai obtenir un arrêt par dé-
» Bibl. inip., dépaitement des imprimés. Ms. (Copie.) H, —
lETTItES DE GAUBIELI.E l»E liOCHECHOl ART
tau coatre moi, parce que javois é(é informée que c'éto.t déplaire en quelque manière à Voire Majesté que de contester 1 enl.ere exécution de votre édit. Cependant quelques généraux d'Ordre ont plaidé depuis sur le même point qui céda, alors, et ont obtenu des arrêts contre quelques-uns Je MM. les eveques; ce qui m'a fait accuser de foiblesse et d'indifférence pour des droits que je dois avoir à cœur et que j'ai en effet, non pas (si j'ose le dire) par une inclination naturelle, mais parce que la conscience et l'honneur m'obliRenl à
Z^STX'''"'''' "'''"' '"'«'"P«'=l>- de trouverlrésmorlif ant qu .Is commencent à être entamés dans le temps prec.sement que je m'en trouve responsable, après s'êt e soutenus en leur entier pendant près de si^ siècl". V jouter quecelte espèce d'humiliation n'est pas ce qui n. al' %e le plus. Je ne prétends nulie.nent me donner pour zèee ma,s je crms sentir que je préfère l'in.érêt général de la religion a mon intérêt personnel. S'il y a de k vanité à penser cela de soi et de la témérité à I W dire je ûe.
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J a. la sm.pl,c,te de le dire, et que ce sentiment me fait re-
naZrriTe^lT^ déplaisir tous les inconvénients qui n™ de 1 affo.bhssement des privilèges. Peut-être auroit-.l ete plus dans l'ordre qu'ils n'eussent jamais été accordes; ma.s dans l'état où ils son,, les aîteintes u L «ouffrent sont souvent cause que la charité est blessée, san.
Je s s ce? "' T''''"'" ^" '"^'''-^ ""' accroisseinent. Je sais ce que ces changements ont produit dans notre Or-
mai'n'lJL'n""!"" ''' '"""'"'^ '" «^"^^«' "^^ ''°P '«"gue ma n pour n être pas persuadée que ce qui se passe parmi
nous arrive aussi dans les autres Ordres
J aurai donc l'honneur de vous représenter. Sire, „ue sans compter les contestations perpétuelles entre MM. les
ABBKSSE l)K l' OINTEVHAULT. ET HE SES AMIS. 'lio
êyèques et les supérieurs réguliers, dans lesquelles l'aigreur peut se mêler quelquefois, des religieux et religieuses se trouvent aussi divisés entre eux à ce sujet et moins obéissants à leurs supérieurs, et ces supérieurs, moins autorisés à les remettre dans le devoir, les premiers cherchant l'appui de MM. les évoques, au premier mécontentement qu'ils conçoivent dans le cloître, et les autres étant assez foibles pour craindre davantage cette espèce de désertion que l'affolblissement de la régularité.
J'ai des exemples de tout cela que je n'ai garde d'exposer plus en détail à Votre Majesté, ayant une confusion extrême d'avoir déjà tant abusé de sa patience. J'ajouterai seulement, sur l'article des sorties des religieuses, que la permission de MM. les évêques n'en peut guère retrancher les abus. Ces messieurs, ne connoissant point par eux-mêmes les religieuses qui ont besoin de sortir, ils s'en rapportent, comme de raison, au jugement de leur supérieur naturel. Il arrive donc seulement que la religieuse sort avec deux permissions, au lieu qu'auparavant elle n'en avoit qu'une ; mais la sortie n'en est pas pour cela plus mesurée, ni moins longue.
Je me jette aux pieds de Votre Majesté pour lui demander très-humblement pardon de m'être laissée emporter à une liberté que je meurs de peur qui n'aille jusques à la hardiesse. J'avois commencé cette lettre avec une intention plus retenue qui se bornoit à la permission que j'ai demandée d'abord et que j'espère que vous me ferez l'honneur de m'accorder.
J'ai été entraînée, sans presque m'en apercevoir, à une confiance peut-être un peu trop libre, mais qui ne peut déplaire à Votre Majesté, si elle veut bien faire réflexion que j'y ai été conduite par la conviction où je suis de son extrême bonté qui imite celle de Dieu, en la présence duquel
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