AU DOCTEUR YALLANT
A Fontevrault, ce 20 octobre [1681].
Vous avez répondu si promptement et avec tant de bonté à la plainte que je vous faisois de ma mauvaise santé que je ne puis douter que vous n'y preniez part. Je vous en suis très-obligée. Monsieur, et je vous conjure de me conseiller
* Bibl. irnp. Mss, 17,0o0; Portefeuilles Vallanl, t. VII, loi. 474.
quelque remède. J'ai des décharges de cerveau quasi continuelles qui me causent de grands maux de cœur ; j'ai aussi toujours l'estomac en très-mauvais ordre, et ce qui n.e tourmente plus que tout cela sont des maux de rate qui nio donnent souvent des mélancolies lurieiises, surtout la nuit ; j'en suis persécutée étrangement. Madame Testu me dit à (oute heure que son sirop y seroit admirable, mais je n'ai osé en pi cndre sans savoir auparavant voire avis. Elle se trouve, I)ieu merci, assez bien de l'airde Fontevraull ; mais elle n'est point docile, et si vous ne renouvelez point vos ordonnances, l'on ne pourra l'empêc'.er de manger maigre les vendredis. Ayez la bonté de la réj rimander là-dessus ; elle vous obéira assurément mieux (ju'à moi, et même, pour sa conscience, elle se fiera plus à vos décisions qu'à celles de nos directeurs. Je suis assez de son avis sur ce sujet.
On me presse si fort de finir que je ne puis pour cette heure vous entretenir davantage. Souvenez-vous , Monsieur, de continuer à me faire paît de vos lectures le plus souvent que vous pourrez sans vous incommoder.
'•7. — AU DOCTEIR VALLAMi,
A Fontevi^ault, ce 3 décembre 1681.
Le curé de Belhomer - est sorti de cette maison depuis le mois de juin. 11 est vrai qu'il s'y condaisoit fort bien ; mais il y avoit près de quinze ans qu'il y demeuroit, et cette longue demeure éloit une singularité dans notre Ordre qui produisoit une espèce de scandale. Il a fallu donc lui faire subir la même loi qu'aux autres, et cela n'a pas été une petite
* Bib!. imp. Mss. 17,0.^0. PorlcfeuiUcfiyaUant. t. Vil, fol. 210. - Diocèse de Chartres. Il y avait un couveiil de Bénédictines dépeudaiu de Fontevraull.
152 LETTRES DE GABRIELLE DE llOCIIEC IIOUART
peine. Vous voyez, Monsieur, que ce seroit tout gâter que de détruire sitôt une chose que l'on a cru devoir faire par conscience et par raison. Cependant, comme ce religieux est en effet sans reproches, et que ses grandes infirmités le rendent incommode a toute autre maison que celle de Belhomer, je ne refuse pas de l'y remettre, quand il aura eu le loisir de connoître et de faire voir aux autres qu'il est dans la dépendance. Je ne prendrai pas pour cela un long terme, et peut-être que dans six mois il pourra être rétabli. Je crois que madame de Guise ne désapprouvera pas la précaution avec laquelle je crois lui devoir oL-'ir en cette rencontre. Je vous prie, Monsieur, de lui en expliquer les motifs en lui présentant la lettre que j'ai l'honneur de lui écrire.
Je vous ai consulté depuis peu sur un mal d'yeux qui me met assez en peine. J'espère que vous aurez la l)onté d'y avoir attention.
Je suis très-aise que M. du Bois soit content de moi. Je vous prie, Monsieui-, de lui faire mes compliments, et de me croire toujours fort sincèrement de vos amies.
J'ai reçu depuis deux jours un présent de madame de Montmartre, qui e-1 la chose du monde la plus charmante.