‹ Gaetana drame en cinq actes en prose avec preface inedite et postfaceChapitre 13 sur 99 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Pardonnez-moi : je souffre beaucoup. J'ai reçu il y a quelqiia temps une nouvelle qui m'a saisi, .le devais cependant m'y attendre; ne l'IuTcliez pas à deviner, vous ne trouveriez pas. Depuis ce moment, j'ai joué comme un fou: d'abord pour m'étourdir, ensuite pour me ruiner. J'ai réussi passablement.

, Vous souffrez, et vous n'en avez rien dil! Vous avez fait des folies au lieu de demander des consolations!

LE COUTE

Mon mal est sans remède.

G A ETA MA , iWroiu à drtil*.

Il n'y a que les gens heureux pour inventer des douleurs inconsolables. On a reçu tous les dons à la fois, naissance, fortune, esprit, figure ; on est envié des uns, admiré des autres ; aimé de toutes les femmes, estimé do tous les bom mes ; mais on s'est couché sur une feuillo do rose pliéo on deux, et l'on éprouve uno douleur si cuisante, qu'il ne reste plus qu'à mourir!

LE COMTE

Non, madame, !a mode des chagrins values et des mélancolies sans cause est passée. La douleur dont je souffre n'a rien d'imaginaire.

CAETANA.

Eh bien, contez-la-moi !

LE COUTE

Non, je no serais pas un galant homme.

GAETANA

Pourquoi î

Parce que ma confidence, supposé qu'elle ne vous parût pas oITeiisanle, no pourrait que vous émouvoir d'une pitié stérile et troubler votre repos sans reméilier à mon sort.

Alors, don Gabriel, vous en avez trop dit. Asseyez-vous là; c'est moi qui vais vous faire vos confidences.

GAETANA

LE COMTE

Asseyez-vousl Vous êtes malheureux depuis que mon mari nous a annoncé son retour.

LE COUTE

Si cela était...

GAETANA

C'est la vérité : jo m'en douuis depuis quelque temps. Mais j'ai devine bien autro chose. Jo vous plais : n'essayez pas de dire le contraire. Depuis trois mois quo nous nous voyons du matin jusqu'au soir, vous vous Êtes attaché il moi de jour en jour.

Qui pourrait ne pas vous aimer?

l a!... J'en étais bien sûre. Mais nous ne sommes pas au bout. A mesure que vous m'avez micu\ connue, vous vous Aies mis à recéder de ne pas m'a voir connue plus tôt. Vous vous êtes dit que, si votre bonne étoile vous eut conduit avant le baron de] Grido dans l'église de mon couvent, ce n'est pas lui qui m'aurait épousée, mais vous.

LE COUTE

Gaetana I

Il est certain, don Gabriel, que je no me serais pas Tait prier si longtemps; car vous êtes plus noble, plus jeune et mieux Tait pour être aimé que mon pauvre mari.

Gaetana I

> Votre voix est charmante, mon ami ; votre regard est plein de k douceur et de fierté. >■ Quand je nuise avec vous, le temps marche plus vite, et je crois fermement que j'aurais été une femme heureuse si l'on m'avait mariée à vous. Mais un autre est venu :

ACTE PRES! 1ER. 31 j'ai disposé de moi; c'est chose faite. J'appartiens au baron del Urido, et ni Dieu ni les hommes ne me permettent d'en épouser un autre. Il arrive aujourd'hui ; j'irai me jeter dans ses bras, et je suivrai mon devoir, qui est de l'aimer. '

I Gaetana, vous Cte* un monstre de coquetterie ou un trésor

Je suis, monsieur, un trésor d'amitié. Je vous aime do tout mon cœur; mon mari vous aimera aussi, j'en suis sùro.

LE COMTE

ri! HiMière.l

\ lion mari est un excellent homme; il vous recevra toujours *-eo plaisir. Do votre coté, vous l'aimerez bientôt, et vous nous loVerez tous les deux dans un petit coin do votre cœur.

èactana, si vous étiez une femme comme les autres, j'aurais bisi des choses à répondre; mais je vous estime trop pour ne pas .approuver tout ce que vous avez dit. Aimez lu baron del Grido, c'est un honnête homme. Feu mon père, qui l'avait pratiqué, ne m'en a jamais dit que du bien. Vous serez heureuse avec lui; je le désire, je l'espère. Mais dispensez-moi do le connaître et do lui serrer la main : mon courage n'irait pas jusquelà ; je suis un peu lâche, entre nous. J'aime rai BUS me faire tuer en soldat dans l'armée italienne que d'assister les bras croisés au bonheur de votro mari.

Et pourquoi ne seriez-vous .pas heureux, vous aussi? 11 y a dans Naples bien des jeunes filles qui méritent d'être épousées, et vous avez le droit de choisir.

LU COUTE

On ne choisit pas doux fois, vous l'avez dit vous-même. Je ne puis aimer que vous ;-quiconque se met entre vous et moi, homme ou femme, jo le hais.

GAETAN A

Cela étant, mon ami, vous avez raison de partir, la guerra italienne est une noble guerre. Vous coin irait roi pour nolro pu— trie, et vous ne vous ferez pas tuer. Au revoir, don Gabriel; quand vous reviendrez à Naplcs, vos idées auront cluinsé, et vous nous conterez vos batailles, chez nous,

Avant que cette rose soit flétrie, j'aurai quitte .N'aples pour toujours. Ouljlk'z-moi, GiiiilEiua : je le souhaite sincèrement pour vous, pour moi, pour lui. Adieu!

GA ETAT* A

Au revoir, grand enfant.

LF. COUTE.

Quand on renvoie les enfants, on les embrasso.

GAETANA

Oh ! vous èles trop grand I

le cosith, tombant n ecnoui. Je me ferai tout petit.

GAETANA, a>ec talio..

Soyez heureux! Ne vous faites pas tuer; u revenez bientôt; ' épousez une bonne petite femme... Quand vous aurez dos ono fants... uno fille... vous viendrez me chercher pour être sa marii raine, et nous l'appellerons Guctana... si vous voulez. » [r.iio la

baise au tram el a'enluil par la drt.lt*. — ïcra la lin Ha celle seine, Bfet»» ni

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