SCÈNE VII
LES MÊMES, LE BARON, paraissant au fond, pâle et défait. Il entre en scène en faisant un geste de menace; mais, aux premiers mots de Gaetana, il faiblit et s'appuie à la balustrade.
GAETANA, au comte. Elle recule jusqu'au banc où elle tombe.
Mon ami!... ayez pitié de moi! (Le comte s'agenouîiie. ) Permettezmoi de vivre et de mourir sans reproche. Ma mère, qui ne m'a donné que de beaux exemples, serait trop malheureuse là-haut, si elle me voyait hors de la bonne route 1 Moi-même , Gabriel, j'ai pris l'habitude de regarder dans mon miroir la figure d'une femme de" bien. (Eiie se î&ve. ) Le devoir, qui est une loi pour tout le monde, est pour moi quelque chose de plus. C'est l'atmosphère que j'ai respirée dès l'enfance, le milieu où j'ai vécu. Si vous me transportiez hors de là, je croirais que l'air me manque, et bientôt, mon pauvre ami, il n'y aurait plus de Gaetana ! (Le comte se
lève. )
Et moi, je vois dans l'avenir une Gaetana nouvelle!... Non plus timide et languissante et soumise en esclave aux lois « absurdes 1 » de la société; mais libre, radieuse, marchant d'un pas résolu dans la lumière et dans la joie, et s'éblouissant elle-même par l'éclat de son bonheur et de sa beauté. Viens! l'univers est à nous! nous sommes les maîtres de la terre !
GAETANA, se débattant.
LE COMTE
Laisse-moi !
Viens !
Jamais !
LE COMTE
Il faudra donc que je t'emporte dans mes bras ?
1, Coupé par la commission d'examen.
GAETANA, se reculant.
Comte Pericoli! j'ai dit que je voulais vivre et mourir en femme de bien!... Si vous faites un pas, je me précipite du haut de cette terrasse, et vous irez là-bas chercher votre maîtresse!
LE COMTE, la ramenant.
Non, tu ne mourras point quand la vie peut être si belle! Je te défendrai par la force contre la folie de ta vertu !
Tu le veux ! Que Dieu me pardonne ! (Eue court au parapet, aperçoit
le baron et recule en poussant un cri.)
LE BARON, s'avancent en se soutenant à peine ; au comte.
Je vous trouverai donc toujours sur mon chemin! Dieu soit loué! j'arrive à temps! (n chancelle.) Ah! mes forces!...
L E COMTE veut le soutenir.
Monsieur le baron...
LE BARON, le repoussant avec horreur.
Non.
GAETANA, le soutenant.
Vous êtes blessé ?
LE BARON, tristo:nent.
Non , mais brisé !
LE BARON
Les juges m'ont acquitté ; je suppose qu'ils ont eu pitié de mon grand âge!... Ils ont cru que j'avais cent ans pour le moins!... N'est-ce pas, monsieur le comte, que j'ai l'air d'un vieillard de cent ans ?
Vous vivrez de longues années!
LE BARON
Non! non! Rassurez- vous... voici la fin de vos peines.
GAETANA, doucement.
Monsieur 1
LE BARON
Oh ! je ne vous reproche rien!... « C'est ma faute! J'ai été bien