‹ Gaëtana: drame en cinq actes en proseChapitre 34 sur 112 · CARDILLO, LÉONORA · texte numérisé non relu

CARDILLO, LÉONORA

CARDILLO

Eh bien?

LÉONORA, sortant par la porte de gauche, un coffret à la main.

Elle dort comme une innocente qu'elle est.

CARDILLO

Innocente? Nous verrons bien. Nous avons le coffre aux secrets !

LÉONORA

Je n'ai pas eu peur de le prendre, parce que je suis sûre que vous n'y trouverez rien de mal. (cardnio prend le coffret.) Qu'est-ce que vous avez fait de votre monsieur ?

Monsieur est sorti dès le matin, après s'être promené toute la

nuit dans SOn cabinet. (Il va porter le coffret sur la cheminée.)

LÉONORA, soufflant les bougies.

Ça se voit. Il faut avouer que votre maître passe drôlement ses nuits de noces. La première sur le chemin de l'Amérique, la seconde en voyage dans la maison !

GARDILLO.

Il n'y a pas de quoi rire I Songez plutôt à plaindre un fidèle serviteur qui s'est mis en frais de poésie pour fêter le retour de son maître, et qui, pour tout remerciaient, se voit menacé d'une destitution. *

LÉONOftA.

Pas possible?

CABDILLO.

Oui, mademoiselle Léonora, vous aurez la douleur de me perdre si nous ne trouvons pas là dedans le secret de madame.

LEONORA, retenant son bras.

Mais quel secret peut-elle avoir ?

CARDILLO, d'un ton solennel.

^Un amant, peut-être.

LÉONORA

Mon pauvre monsieur Cardillo! vous me faites de la peine avec votre ton solennel. Je ne sais peut-être pas ce que c'est qu'un amant?

Vous, mademoiselle Léonora ?

LÉONORA

Oui. Un amant est un monsieur qui donne des pièces d'or aux femmes de chambre. Mais sachez qu'en trois mois je n'ai pas touché un sou de plus que mes* gages. Donc, soyez persuadé que madame n'a pas d'amant.

CARDILLO Ta au coffret.

Monsieur sait ce qu'il dit, et c'est monsieur qui m'a fait l'honneur de me préposer à cette enquête.

LÉONORA, lui arrêtant le bras.

Comment I c'est votre vieux jaloux qui vous a dit?... Rendezmoi mon coffret! (Eiie prend ie coffret.) Je me haïrais comme un serpent, si j'avais eu le malheur de vendre madame à votre monsieur !

CARDILLO

Et moi, je me mépriserais comme un « prostitué, » si je no veillais pas à l'honneur de mon maître, (n prend le coffret.)

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