SCÈNE III
CAPRICANA, LE BARON.
C A P H I C A NA, très-brouillon et jovial.
Bonjour, cher ami ! Je ne vous demande pas si vous avez bien passé la nuit. Trop discret ! Et quant à votre santé, je n'en suis pas en peine : vous avez un petit air réjoui! une mine de prospérité !
LE BARON
En effet, je ne me porte pas mal.
CAPRICANA.
Ne faites donc pas le modeste! Vous avez dix-huit ans, ce matin.
Je vous remercie.
CAPRICANA, finement.
Ose-t-on vous demander des nouvelles de notre adorable baronne ?
LE BARON
C'est pour elle que je voulais vous consulter.
CAPRICANA.
Ah ! bah!
LE BARON
Elle est un peu souffrante. Ne m'avez-vous pas dit que ma femme était sujette à des migraines ?
CAPRICANA.
Moi ! j'ai dit cela?... Ahl oui, je me rappelle... pour le besoin de la cause. Mais j'aurais pu vous dire aussi que notre jolie baronne avait une santé de fer. La migraine est une fiction, ou, si vous l'aimez mieux, une chimère. Bref, mettons que je n'ai rien dit : est-ce cela ?
LE BARON
Pas tout à fait. Il est certain que ma femme avait les yeux rouges comme une personne qui a pleuré.
GAPRIGANA, fredonnant ; il s'assied.
Brroum, brroum, brroum!... la névralgie produit de ces effetslà, qui se produisent aussi sans névralgie. Franchement, entre nous, qu'est-ce que cela vous fait?
C'est que... les larmes en question pourraient provenir d'une source... inquiétante.
CAPRICANA.
Ah çàl c'est donc vra*i ? On me l'avait bien dit, mais je ne voulais pas le croire. Vous êtes jaloux ?
LE BARON
Je ne suis pas jaloux. Qui vous a dit que j'étais jaloux ?
CAPRICANA.
Mon Dieu, cher ami, personne.
LE RARON.
Personne*! c'est donc vous qu^ l'avez inventé?
CAPRICANA.
Mais non; j'ai dit personne, comme j'aurais dit tout le monde.
LE BARON
Ah ! tout le monde I Ainsi je suis la fable de toute la ville?
CAPRICANA, se levant.
Avez-vous vu comme il prend feu ! C'est un brûlot, ma parole d'honneur. Eh! que diable! quand vous seriez un peu jaloux, et quand on le dirait par-ci, par-là, il n'y aurait pas de quoi mourir de honte! Vous auriez tort, assurément; mais vos cinquantecinq ans vous excuseraient aux yeux de tous les sages.
LE BARON
Vous veniez ici en mon absence ?
CAPRICANA.
Moi ? Tous les jours.
Alors vous savez comme moi que je n'ai aucun sujet d'inquiétude.