SCÈNE V
CARDILLO, BIRBONE.
CARDILLO, ouvrant la porte de droite.
Vous pouvez entrer, maître Birbone ; mais vous aurez soin de ne toucher à rien.
BIRBONE.
Trop aimable !
CARDILLO
M. le baron est dans les appartements de madame, (n désigne du doigt ia porte de gauche.) En attendant qu'il revienne, j'ai ordre de ne vous point quitter.
BIRBONE.
Eh! quelle compagnie plus honorable pouvait-on m'offrir? Je dirai que l'illustre Cardillo, le plus lettré des intondants, m'a servi de cicérone dans la villa de son maître. C'est ainsi que le Tasse, votre rival en poésie, faisait les honneurs du palais de
Ferrare. (Il s'approche de la porte du baron. )
CARDILLO, lui coupant le chemin.
N'espérez pas que vos flagorneries me fassent oublier mon devoir I Ceci est la chambre à coucher de M. le baron, et je n'ai pas reçu l'ordre de vous y faire entrer.-
BI£B ONE, d'un ton dégagé.
Oh! merci! Je n'ai pas sommeil. J'ai vu de la maison ce que j'étais curieux de connaître, tes appartements de réception sont en bas, n'est-il pas vrai ?
CARDILLO
Oui, monsieur, et nous n'y recevons que la bonne compagnie.
BIRBONE, allant à droite, fait le tour de la table, puis Ta au balcon.
Je le savais, poëte aux ailes d'or. Je vous fais compliment de l'escalier que nous avons monté ensemble : c'est royal. Ce balcon qui donne sur la rue est du plus heureux effet; je comprends, divin Cardillo, qu'une résidence pareille vous inspire de si beaux vers I Vous couchez au grenier ?
CARDILLO
Non, monsieur, au second étage. C'est la valetaille qui loge au grenier.
Je n'ai pas besoin de vous demander où nous sommes. A ces attributs du travail, je reconnais le sanctuaire de M. le baron, (n
se dirige yen le bureau. Cardillo lui coupe le chemin.)
CARDILLO
On no touche pas aux papiers de mon maître !
BIRBONE.
Je ne sais pas lire ! (s'approchant du coffre-fort.) Par exemple, voici un meuble qui mérite d'être vu de près !
CARDILLO, l'arrêtant en chemin.
On ne touche pas au coffre-fort de M. le baron !
BIRBONE, saluant la caisse.
Le coffre-fort I II fallait le dire plus tôt ; le coffre-fort !
CARDILLO se met devant lui.
On ne salue pas le coffre-fort de M. le baron !
BIRBONE.
Je n'ai pas besoin d'argent.
CARDILLO
Cependant je suppose que vous voulez quelque chose à mon maître ?
BIRBONE.
Oui, j'ai l'ambition de nouer connaissance avec lui.
CARDILLO, riant.
C'est merveilleux! On a raison de dire que la canaille de Naples est bien la plus comique de l'univers I