ACTE DEUXIÈME
d'autre. Monsieur ie baron n'a jamais coudoyé un garçon appelé Birbone?
LE BARON
Non, que je sache.
Cependant monsieur le baron habite Naples depuis plus de dix ans?
LE BARON
Oui, après?
BIRBONE.
Plus j'examine monsieur le baron, plus il me semble que ses traits ne me sont pas nouveaux.
LE BARON
Où veux-tu en venir?
BIRBONE.
Je n'en sais rien ! Monsieur le baron est bien sûr d'avoir toujours été baron? Il n'a jamais porté un autre nom que celui de ■ del Grido?
LE BARON
Que t'importe?
BIRBONE.
Je ne m'en informerais point, si je n'avais aucun intérêt à le savoir.
LE BARON
En un mot, que veux-tu? De l'argent? Tu n'en auras pas.
BIRBONE.
Je ne suis pas un mendiant; je suis une victime de la brutalité des hommes.
LE BARON
Qu'est-ce que l'on t'a fait? ,
Monsieur le baron est-il bien sûr qu'il n'a fait de mal à personne?
LE BARON
Auras-tu bientôt fini, questionneur du diable? (n se lève.) Je te préviens que ma patience est à bout.
BIRBONE.
Bien ! les yeux pleins de feu , la bouche crispée !
LE BARON
Sors d'ici, et ne me force pas de te jeter à la porte !
BIRBONE.
La voix ! criez encore un peu, que j'entende la voix!
LE BARON, In saisissant par le bras et le faisant passer a gauche.
Impertinent drôle!
BIRBONE recale en poussant un grand cri.
Ah!
LE BARON
Qu'est-ce qui te prend?
BIRBONE.
Rien; pardon! une idée!
Tu as crié comme si l'on t'avait cassé le bras!
BIRBONE.
Ah ! vous connaissez le cri de la bête à qui l'on à cassé la patte! Ah! monsieur le baron, la joie m'étouffe!
LE BARON
As-tu perdu la tête?
BIRBONE.
On la perdrait à moins! Quelle occasion ! Son bonheur, à elle! ma vengeance, à moi! La plus noble des femmes! le plus odieux des hommes, d'un seul coup! Et je suis au cœur de la place! et
je n'ai qu'à étendre la main! (Il met la main dans sa poche du côté
gauche.)