‹ Gaëtana: drame en cinq actes en proseChapitre 97 sur 112 · CARDILLO, LE BATELIER · texte numérisé non relu

CARDILLO, LE BATELIER

CARDILLO, appelant.

Ho! batelier! ho !...

LE BATELIER, montant l'escalier de la terrasse.

II ne fallait pas crier si fort... J'étais là.

Approche ! Ce bateau est-il celui du comte Pericoli ?

LE BATELIER

Non, c'est celui que vous m'avez commandé.

CARDILLO

Exactement pareil ?

LE BATELIER,

Je le défie lui-même d'en faire la différence. J'ai amarre le mien, j'ai emmené le sien; et maintenant le diable n'y verrait que du feu.

CARDILLO, le faisant descendre.

Et tu me réponds que ce bateau coulera au fond de la mer à deux cents brasses du rivage?

LE BATELIER

A deux^ents brasses, non : l'homme pourrait gagner la terre à la nage; mais à deux mille; et s'il se tire de là, il aura du bonheur.

CARDILLO

C'est qu'il en a toujours eu, le damné jeune homme ! Les combinaisons les plus ingénieuses!... Il faut qu'il ait des reliques ou des amulettes plein ses poches. Dimanche encore, deux hommes superbes l'ont arrêté la nuit dans une allée de Villa-Reale. Le scélérat nous a assommé l'un et écloppé l'autre. Deux familles à la charge de M. le baron!

LE BATELIER

Il a de quoi payer, heureusement. Je crois même qu'il paye d'avance l

Qui t'a dit ça?

LE BATELIER

Personne; mais les deux cents ducats que vous m'avez promis seront aussi bien dans ma poche que dans la vôtre... et je les attends.

CARDILLO

Ah ça! vil maraud! crains-tu qu'on ne te fasse banqueroute?

• LE BATELIER

Non ! mais M. le baron del Grido est en prison depuis deux mois avec Birbone. On dit en ville qu'il sera condamné pour faux témoignage, et que ses écus pourraient bien entrer dans les coffres du roi.

CARDILLO

Si mon maître est assez puissant pour frapper un ennemi du fond de son cachot, il est assez riche pour récompenser les amis qui le servent. Tiens! et va-t'en! On vient; je neveux pas qu'on nous voie ensemble.

LE BATELIER

Ni moi non plus, (n sort.)

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