LES DEUX HÉRITIERS
Maître Jean, ayant hérité,
Bésolut d'entrer en ménage.
De Margot s'étant entêté :
« Viens, lui dit-il, voir mon partage.
J'ai plus de trois arpens de pré ;
Vois s il en manque au mesurage;
Ne suis-je pas fort à ton gré ? »
« 11 faudra voir, répondit-elle,
Aujourd'iiui je m'aviserai,
VA demain je me résoudrai. »
Jean, tout joyeux, quitte la belle.
Mais sur le soir, se promenant.
Il vit, au bord de la fontaine,
Margot près d'un jeune manant,
Regardant attentivement
Tout nuire chose que la plaine.
11 sentit son cœur s'émouvoir;
11 accourut, fit grand tapage :
« (^)uoi ! dit Margot, tu n'es pas sage,
T'ai je pas dit (ju'il fallait voir ;
(le gardon veut aussi mavoir,
Je mesurais son héritage. »
IIknri Pajon, {Contes et ISouvclles en vers, Anvers, 1753.)
Composition de Marillier, gravée par Halbou pour les Épreuves du Senliment de J. Baculard d'Arnault, 1772.)
D'une jeune garce qui fut accolée par son valet
Une damoiselle, allant à la campagne avec un valet qui la suivait à pied, rencontra en son chemin des soldats, qui dirent au valet: « Où mènes-tu cette garce? — Je ne suis point ce que vous pensez, messieurs, répondit promptement la demoiselle. Cet homme, quoiqu'il soit en habit indécent pour sa condition, ne laisse pas d'être mon mari. — Est-il vrai ? dirent les soldats au valet. Lui, n'osant pas démentir sa maîtresse, dit que oui. « Si cela est, répondirent-ils, il faut que tu l'accoles tout devant nous. » La femme leur remontra que c'était une action qu'on n'avait point pour habitude de faire devant témoins, mais ce fut peine inutile. Ils la contraignirent à leur obéir, disant que, si elle ne le voulait fairtî, c'était signe qu'elle mentait, qu'elle était garce, et par conséquent ils en voulaient avoir leur part comme les autres. Voyant
GALANTERIES XVIII® SIFXLE
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l)i-siii ,|r MMnsinii.fîiavc p.ir Pat;is. pour Lea Amour:i du chei'alier >li' lùiiiUnsy (\o .1.-11. Lonvet, 1798.)