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LE DEPIT DE LA PRUDE

Lue prêtresse de ('ypris

Avait posé ses tentes vis-à-vis

De l'oratoire d'une prude ;

Kt c'était pour la dame un supplice bien rude

D'ouïr vanter, tous les matiiis.

L'encens brûlé sur l'autel de la belle.

Ln jour surtout, les bulletins

Faisant monter la dose à trente grains,

La voisine à cette nouvelle

IVdit, s'iiulii,'ne : « Il nest, dit-elle.

De bonheur (jue pour les câlins, v

.Mkhaki) Smnt-Jlst. {Le Calembourg en action, 1789.)

Et dune mam r<? c/nevranâ le^ vitrage , Prend J-, me- ait eU^, Euchari>f e,rt a tov

AmX) eus . ELEeiB

(Vignette de Binet, pour le Bréviaire des jolies Icmines, 1793.

LES AMOURS (l)

Pendant Tété, vous savez trop comment

Des feux d'amour le feu des nuits s'augmente,

On cherche alors îi respirer le frais :

La pudeur même, aux mouvements discrets,

(1) S'il faut en croire Mercier <ie Compiègne, éditeur du recueil : le Bréviaire des jolies femmes, la déesse Eucharis, à laquelle sont consacrés ces « chants d'amour », ne serait autre que la princesse de I.aml)alle,

(iALANTERIES XVIIl^ SIECLE

Les cris de Mifinonelte ne !<• piiroul ;ill(MHlrir.«>l ce fut, alors, qu'elle se repenlil •l'avoir élé di'SDbrissanle. »

(Coniposilion de Marillier, j;ravée par de Gliendt. |>our Mignonetle, 1777.)

GALANTERIES XYIIP SIECLE

« Ciel ! quel objet me frappa! C'était la marquise elle-même. «

(Composition de Marillier, gravée par Borgnet, pour les Soirées du Bois de Boulogne. Œuvres badines, du comte de Caylus.

234 GALANTERIES XVIll*" ïr^lÈCLE

Entre deux draps s agite et se tourmente, Kt de leur voile affranchit ses attraits. Sans le savoir, ainsi ma jeune amie S'exposait nue aux yeux de son amant.

L'amant troublé, la trouvant endormie, Je l'avouerai, profita du moment...

Quel cœur glacé peut revoir sa maîtresse. Ou la quitter, sans baiser son beau sein?... Déjà lamour avait su nous unir.

J'essaie, en vain, de me détacher d'elle. De ses deux bras je me sens retenir ; On crie, on pleure, on me nomme infidèle, A ce seul mot il fallut reven-r. Ah ! qu'as-lu fait, lui dis-je alors, mon âme? Je meurs d'amour, cruelle, qu'as-tu fait ? Pourquoi poser ta tète languissante Contre ce cœur ému de tes accents?

Pourquoi, cent fois, de ta main caressante. Au doux plaisir solliciter mes sens?

Un seul baiser de ta bouche vermeille Suffit, hélas ! pour troubler ma raison. Pourquoi mêler à ce fatal poison (le dard brûlant qui de mes sens, dispose Les fait renaître et mourir tour à tour, ('e dard caché dans tes lèvres de rose, Kt sur tes dénis aiguisé par l'amour ! \'iens Kucharis, au -nom de tous nos dieux, A ton amant livre-toi tout entière :

Dans ton alcôve un jour délicieux Hépand sur nous et lombre el la lumière. Si lu rougis de céder la première.

Dis-moi de prendre et détourne les yeux. Klle se tut ; ô forliiné présage !

Lamour survint, la pudeur s'envola.

Klle se lut, mais son regard parla ; Du sentiment elle perdit l'usage :

Ses yeux mourants s'attachèrent sur moi Kt d'une main se couvrant le visage ; Prends, me dit-elle, Kucharis est à toi.

{bréviaire des jolies femmes, 1793.)

GALANTERIES XVIir SIECLE 235

Gageure de deux compagnons

à qui ferait son voisin cocu le plus subtilement

Deux bons compagnons qui n'étaient point mariés, dont lun était marchand et l'autre de justice, tombèrent en un discours, ensemble, de leurs bonnes fortunes, et confessèrent l'un l'autre que tous deux étaient amoureux chacun dune femme de leur voisinage et que, jouissant de leurs amours, les maris de ces dames étaient de francs cocus. Ils firent ensemble une gageure à qui jouirait de la femme de son voisin le plus subtilement des deux, sans que leurs maris s"en aperçussent, quoi que ce fût en leur présence.

Le premier, qui était homme de justice, avait un confrère de la confrérie des cornards, qui avait une femme fort jolie, dont ce compagnon jouissait ; il la fut trouver, lui faisant part de la gageure qu'il avait faite avec son voisin, la priant d'aider à sa fourbe^ afin qu'il gagnât la gageure, l'argent de laquelle il se promettait. Il s'avisa d'une invention assez subtile. Son voisin avait une petite salle sur la rue où répondaient des fenêtres de verre clouées, en sorte qu'elles ne s'ouvraient point ni par dehors ni par dedans, et pour entrer dans la salle, il fallait faire une grande tournée dans la maison. Ce galant épia l'occasion que son voisin était dans cette salle seul avec sa femme, assis auprès de leur feu ; passant par la rue, il les regarda par cette vitre qui y répondait, lui donna par là le bonjour, que son voisin lui rendit. L'autre lui dit : « Comment, mon voisin, n'avez-vous point de honte d'accoler votre femme devant tout le monde? Si un autre que moi. par hasard, fût venu là, il vous eût trouvé en une étrange posture. — Mon ami, répondit le pauvre sot de mari, étes-vous fol ou ivre? Ma femme est en un coin du feu, et moi en l'autre : bien loin de faire ce que vous dites, nous sommes bien éloignés de nous mordre. — Pour qui me prenezvous, dit le galant ; vous imaginez-vous que je ne voie goutte? Encore avez-vous si peu de honte, que vous ne vous retirez pas pour ce que je vous dis; cela est extrêmement vilain. N'avez-

VOUS point d'autres lieux clie/ vous, où vous puissiez être en liberté, sans donner du scandale à ceux qui vous voient? — Vraiment, mon pauvre compère, lui dit ce mari, je crois que vous vous moquez de moi, car il n'est rien plus faux que ce que vous dites : c'est à quoi ni elle ni moi ne pensons point. — 1 1 faut donc, dit cet autre, si ce que vous dites est vrai, que je me trompe mtû-méme. et que ce verre me fasse ainsi voir de travers et prendre une chose pour une autre, et il me semble que je vois bien clair. — Nous verrez que cela est, observe le mari. — Je vous prie, mon compère, dit le voisin, obligez-moi de venir à ma place, et j'irai à la vôtre, et vous verrez que vous vous y tromperez aussi bien que moi; j'en suis certain, dit-il. « Le mari vint à la rue et le voisin entra dans la chambre, et sitôt qu'il se vit seul avec cette femme, étant d'accord avec elle, il la prend, la renverse et eut délie ce qu'il voulut, aux yeux de son mari, qui, au travers du verre, dit à son compère : « Hola, hau ! de par le diable, mon ami, que faites-vous là ? — Moi, voisin, dit l'autre, je jure que je suis en un coin de cheminée, et votre femme à l'autre; je vous le disais bien que c'est ce verre qui fait voir cela. — Assurément, il est vrai, car je jurerais que vous accolez ma fennne. » En disant cela, il rentra dans la salle, et mon drôle se remit comme si de rien n'eût été, et le mari dit à sa femme: « Ah. ma mie, le méchant verre! il faut assurément chani:er ces vitres-là. Kn attendant, montons en haut, de peur que quelqu'un ne nous voie, car on serait tout scandalisé, s'imaginant (jue nous faisons ce à quoi nous ne sonijeons pas ». ce que cette femme rusée lit, et sitôt que son mari fut sorti, elle fit mettre d'autres vitres aux fenêtres, de peur que son mari, les voulant éprouver de nouveau, ne s'aperçût de la fourbe.

Le marchand fut extrêmement surpris quand il eût ouï la fourbe de son compairnon. car il n'espérait pas en jwuvoir faire une meilleure; toutefois, il ne perdit point courage. 11 aimait la femme d'un meunier qui demeurait à un (juart de lieue de là, où il faisait moudre son blé. 11 avertit cette femme de sa gageure et de ce qu'elle avait à faire, et lui donna charge que, quand son mari apporterait la mouée, elle l'accompagnât, ce qu'elle ne manqua pas de faire : lui, étant averti de l'heure, s'en alla au-devant d'eux et la rencontra en chemin : il donna le bonjour au meunier, qui le lui ren-

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dit. Le marchand lui dit : « Comment, mon compère, il semble que vous soyez bien chargé. — Oui assurément, lui répondit-il, cette poiiche (1) passe grandement. — Vous voilà bien empêché de peu de chose, répondit ce marchand, je ne suis pas plus fort que vous, et si gage que je porterai bien aisément vous, votre femme et votre pouche. — Je voudrais bien, répondit le meunier, qu'il vous prit envie de faire quelque gageure là-dessus. — Je le veux, répondit le marchand, à la charge que vous vous mettrez comme il me plaira, afin que je vous puisse prendre plus à mon aise. — A cela ne tienne, dit le meunier, que voulez-vous gager ? » Le marchand proposa peu de chose, comme celui qui avait envie de perdre cette petite gageure, pour gagner l'autre qui importait bien davantage. Il fit mettre donc le meunier le ventre contre terre, mit la pouche sur lui, il renversa la femme dessus, à qui il retroussa les jupes et se mit en posture de les embrasser tous deux avec la pouche ; et ce faisant il baisait, accolait et embrassait cette femme, lui faisant même autre chose que le pauvre sot de mari, qui était couché dessous, tout de son long, le ventre contre terre, ne pouvait voir. Tant y a qu'il fut longtemps, feignant toujours n'avoir pas les bras assez longs pour tout embrasser que lassé d"y essayer et d'un autre travail qu'il faisait et, quand il dit à la fin au meunier, après avoir eu ce qu'il désirait de sa femme : « Ma foi, mon ami, je confesse que j'ai perdu » — en disant cela, il se leva et la femme aussi, — il ôta la pouche, et le mari, tout joyeux, se leva de terre où il était. « Je savais bien, dit-il, que vous perdriez. » Ainsi, sans qu'il se put apercevoir de rien, il fit ce qu'il demandait, prétendant avoir gagné la gageure ; car il soutenait que la subtilité de l'autre ne valait pas la sienne. La dispute ne fut pas petite entre les deux, pour savoir qui avait gagné la gageure. Le premier soutenait quU avait gagné, et quil n'avait pas seulement planté les cornes à son voisin en sa présence, comme l'autre, mais à sa vue. Le second soutenait qu'il n'avait point usé de supercherie comme le premier, que la ruse était trop grossière, et qu'un autre qui n'eût pas été si stupide, s'en serait facilement aperçu ; mais que la sienne eût attrapé aisément le plus subtil ; que ce n'avait pas seulement été

(l) Terme de meunerie pour les gros sacs de farine.

en sa présence, mais que lui-même avait servi de lit pour le faire jouir de sa femme. I^'affaire étant très difficile à décider, et leurs raisons fort pertinentes, j'aurais bien de la peine à vider ce différend et adjuger le prix à lun sans faire tort à l'autre. C'est pourquoi je laisse ce jui^ement à la discrétion du lecteur : chacun en parlera selon son sentiment.

{Nouveaux contes à rire, 178^2.)

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