SCÈNE PREMIÈRE
GANYMÈDE, seul
(H entre par le fond avec précaution, une grappe de raisin à la main.) Est-ce que mon maître ne m’a pas appelé, il y a un quart d’heure? Oui, j’ai très-bien reconnu sa voix... c’est proba-
blement son souper qu’il voulait... mais comme j’ai oublié d’aller ce matin aux provisions, et que je viens de dévorer tout ce qui restait dans notre garde-manger... je crois avoir prudemment agi en ne me montrant pas et en faisant la sourde oreille... Pauvre jeune homme! il sera allé dîner au cabaret... moi, je n’ai plus faim 1 ... (Il s'installe dans un fauteuil ■) Voilà ma journée finie 1
COUPLETS
Ah I qu’il est doux De ne rien faire.
Quand tout s'agite autour de nous!
Que Phœbus ou Phœbé m'éclaire,
Qu'il pleuve ou qu’il vente au dehors,
Moi, je dorsl
Dormir est un plaisir céleste !
Le bonheur nous vient en dormant I Tout travail me semble funeste ,
Et tout tracas est assommant !
N'en déplaise aux Dieux qu’on adore,
Morphée est un dieu plein d’esprit!
Car son autel est un bon lit.
Et c’est en dormant qu'on l’honore I Ah! qu’il est doux, etc...
(llulivti)
Chacun iei bas rend hommage Aux maîtres qui veillent sur nous!
Les matelots, pendant l’orage, •
Invoquent Neptune à genoux I
Les buveurs, dans leur folle ivresse,
Adressent leurs vœux à Bacchus,
Les amoureux fdtent Vénus,
Et moi, je fête la paresse I Ah 1 qu’il est doux, etc...
[Apercevant Gaîalhée dans le jardin.) Eh ! mais, que vois-je là-bas?... une femme qui se promène dans notre jardin?... qui marche sans façon sur nos plates-bandes et qui saccage nos rosiers? (5e levant à demi.) Hol ho! ce ne peut être qu’une ancienne amie de mon maître... ( Gaîalhée paraît au fond.) Dieux immortels! c’est la statue! je n’ose en croire mes yeux!... [Allant ouvrir les rideaux.) Plus de doute... la place est vide 1... (Redescendant en scène.) C’est la statue!