SCÈNE XXXV
M. DOUTREMER, M. RIFFÉ, M. GRISARD, EUGÈNE, DESROCHES, FRANCHET, M. CAR- DOUIN.
(M. Doutremer est plongé dans ses réflexions ; M. Rifl'é roapille ; M. Cardonin parcourt un livre dont il a fait Tacquisition le matin en venant à son bureau ; M. Grisard est toujours abattu; Franchet taille sa plume ; Desroches déploie beaucoup d'activité ; Eugène travaille comme à rordinaire.)
M. cARDouiN, fermant son livre. — Je n'ai jamais connu un bavard, un diseur de riens comme ce M. Tupinier; j'ai cru qu'il allait coucher ici.
FRANCHET. — G'cst un bon enfant.
M. CARDOUIN. — Ah ! est'Ce encore un bon enfant, celui-là? Mon Dieu! vous êtes, en vérité,
vous-même bien bon enfant de qualifier ainsi toutes vos connaissances; mais vous ne savez donc pas, monsieur Franctiel, qu'il n'y a rien au monde de pius commun qu'un bon enfant; depuis Cadet Roussel, qui était aussi un l)on enfant, combien de gens prennent cette qualité de bon enfant ! Le premier venu vous fera-t-ii une sottise^ il ne l'aura pas faite dans une mauvaise intention, car il a tout l'air d'un bon enfant; ou bien encore, c'est un de mes amis, c'est encore à la mode ce mot- là. « Je ne me gêne pas avec vous, vous dira-t-on , parce que je trouve qu'il n'y a rien de si ridicule que de se gêner avec ses amis. » On vous rendra votre parapluie avec deux énormes tacbes de graisse, un parapluie tout neuf; on vous dira, en vous le rendant : « Je ne me gêne pas avec vous ; sans cela, je l'aurais fait recouvrir; mais à quoi bon entre • amis ? » Bien obligé 1 (M, Biffé se réveille.) Quand vous aurez vécu comme mol, monsieur Francbct, vous saurez ce que valent les choses.
FRANCHET. — Vous lul tiendrez donc toujours rancune, à ce pauvre M. Tupinier, pour ce malheureux parapluie?
M. cARDOuiN. — Je ne lul garde pas rancune, pas le moins du monde ; je dis seulement qu'il est inouï de perdre un objet et de ne pas avoir la délicatesse de le remplacer.
M. RiFFÉ, avec intention, — Je rae suis dit cela, il y a longtemps, et je me le dirai toujours.
FRAncHET. — M. Tupinier vous aurait donné un autre parapluie, que vous auriez regretté le vôtre davantage.
M. RiFFÉ. — Ça, c'est bien vrai.
M. cARoouiif. — Monsieur Franchet, tenonsnous-en là, je vous en supplie ; car, vraiment, notre bureau va devenir incessamment une arène.
M. RIFFÉ.— A qui la îauiG'i{M.Doutremersort.)