SCÈNE XVII
LLS PRKCÉDtNTS, moins M. DOLTREMER.
M. CARDoui?(, qnillanl sa place et courant au Inireau du commis principal. — Il a emporté le journal? C'est bien agréable! (// retourne à sa place; toutes les conversations de MM. les employés se font, en fjenérul, sans chantier de place.)
DESROCHES. — Oui , cu allant faire son petit rapport au chef de division, il trouve fort simple de lui porter le journal. Quesl-ce que cela lui fail
que nous ne le lisions pas? Nous sommes abonnés, nous ne devons pas le lire... Et je m'y abonnerais encore? Oli! non, jamais, par exemple; ce serait par trop bête.
FRANCHET. — Tals-loi douc. RIou Dieu, que tu es ennuyeux; le te fais comme cela le redresseur des tons...
UESROCHES. — Non; mais c'est qu'une injustice me révolte : je n'étais pas né pour cire dans les bureaux.
M. cARDouiN, le persiflant. — Une ambassade vous aurait mieux convenu, vous qui aimez tant les voyages !
DESROCHES. — J'aimcrais à voyagcr, c'cst Vrai, mais avec vous, monsieur Cardouin; vous nie feriez part de vos impressions, ce serait divin. Quels moments délicieux vous nous avez fait passer en nous racontant ces épisodes de votre voyage dans voire pays, l'année dernière, quand vous revîntes des vendanges! Pourquoi ne i)as livrer à l'impression ces ravissants souvenirs, monsieur Cardouin?
M. CARDoim. — Vous êtes un manant.
BESRocHES. — Ccci cst bicu prosaïque, par exemple.
M. CARDOUIN. — Laissez-moi tranquille.
M. GRisARD. — Monsieur Riffé, j'ai mangé hier de la clioucroule; elle élaii excellente.
iNTKRiFxns i»n nrurviA. r;:;
DtsRotHKs. — Oh! lie li) choucroute, je ilêtcslc ce plat-h'i...
M. RU Fi';. — ConimciU élail-elle accommodée, votre ihoucroute?
M. oRiîiARi). — C'étiiit chez M. Pillnrs, nu secrétari.it. Oh! ma femme ne m'en forait pas manger pour un empire. De tout ce quelle n'aime pas, d'abord, on n'a pas de peine à ne pas lui en faire manger. .Mais c'élaii accommodé comme on l'accommode ordinairement, je crois, avec des saucisses. D'ailleurs, madame Piliars est de ce pays-là : elle est de Strasbourg, de ces côtés-là, de l'.Msaee.
M. RiFFK. — Je ne la connais pas.
M. GRisARu. — C'est une grande blonde, trùshclle femme, comme loules les .Mlemandes; elle a un faux air de Marie-Antoinette, mais plus jeune.
M. RiFFi':. — Ah! elle a ce port-là?
M. GRrsARD. — Oui, uu port dc reine.
M. RiFFÉ. — Ils n'ont pas d'enfants?
M. GRisARB. — Pardon, une petiti; fille qui est en nourrice à Ciiatou, près de Sainl-Germain.
M. RiFKK. — Je connais bien Chalou et tout ce pays-là, j'y suis allé bien souvent; je vous parle de vingt-cinq ans. [On entend benucou)) de bruil dans la salle des {/arçons de bureau.)
iiESRociiKs. — Ah! voici l'aristocratie qui nous arrive.
56 GALERIE D ORIGIXAUX.