INTÉRIEURS HK HLHI.AIX
grosse niainaii, exrrllcnlc frininr de niénnpr, pli-iiin d'ordre «•! d'ècoiioinii-, <|iii, depuis que *••> deux garrons «ont au collège, se imsse de domestique et fnil toutelle-ini^ine. .M. Griï.trdrst du Irùs-pelit nonilirc des rniplovés eiu-liaiitè» de leur sort.
Quaraiile-rinq ^ qu;irjnte-liuil ans, faux loupel, physionomie franrlie et oiMerle, leint coloré, Irupii, Loiirle< iroreilics inipcroiptildcs.
Iliil>il marron, cravate île couleur, linge blanc, pantalon bleu, gutMresin c.ii-iniir nuir, gilet de couleur, un rotin . fumant >a pi|M- le matin, à ^a fenOtre, eu se levant ; scrgrnt-major dans une compagnie do chasseur!?.
M. RIKFK. — Né à Trojes en Champagne ; trente-deux ans de service, ancien conmiis libraire, pous.->aiit jusqu'au fanatisme le respect envers ses supérieurs , admis dans l'atlminislralion sons le régime de In terreur ; longtemps en butte aux per.-éculions des ji'Unes gens de la tlivision, régléeoninie un papier de musique; in-erivani, depuis son départ de Troye.*, tous Irs événements, toutes les actions de sa vie, jour par jour, semaine par semaine, année par année.
M. IlifTé, pendant sept années consécnlives, porta le même chapeau, qu'il aimait comme le premier jour on il en lit l'acquisition : il le porterait prubablemrnt encore, sans un déplorable accident qui l'ca sépara A jamai». Ce ehapean. qui sans doute ovait été acheté dans l'intention de pn'server le teint île .«on propriétaire des alteintci du soleil, avait d'intmcuses bonis, cl, bien qu'il le bros;ùt pliuicurs fois par jour,
ii GALEIUE l> ORIGINAUX.
le teneur de livres ne s'apercevait pas que les bonis lie sa coiffure diuiiimuiciit insensiblement. Enfin, un jour, à quatre heures dix minutes, moins pressé de quitter le bureau qu'à l'ordinaire, au monienl où il se disposait à eu orner sa tète , il ne put se refusçr ù rovidcnce, les bords du chapeau avaient entièrement disparu, et il n'en restait exactement j)lus que la calotte !
Il concentra toute son indignation en lui-niènie, ce qui n'était pas peu de chose, si l'on s'en rnp|)orte à .M. Lacretelieaîné, qui prétend qu'une indignation contrainte est la plus énergiciue des impressions que le cœur humain puisse recevoir et conserver ! l'eutêtre même, à la suite de celle alTaiiT, il eût été possible que M. Riflé devint poète, car Juvénal dit aussi quelque part que l'indignation fait le poète. Riffé cul la force de recevoir et de conserver la plus énergique lies impressions ; mais il ne tlevint pas plus poète pour cela. Il ne proféra pas une parole, il ne sourcilla même point; sa physionomie, sans devenir plus spirituelle, conserva néanmoins toute sa sérénité, et, avec un sang-froid, une résignation et une présence d'esprit dignes des plus grands éloges, il déposa les iTsles de son malheureux couvre-chef sur un des cai-lons qui décoraient son casier. Il confia seulement, en s'en allant , l'aventui'e à Laurent, le garçon de bureau, qui, après lui avoir fait avaler un grand verre d'eau, lui prêta son chapeau.
Rentré chez lui, sans j)0ur cela avoir avancé d'une seconde Iheurc habituelle de son retour au logis, la
INTftniF.CUS l»F. BIIRK.AIX. iS
malkrarctKC calolU- lui apparut. ApnS iivoircliangé tir clMll^»llrr, avoir élrinl suii rat, ri allumé sn rli:iii- «Irllc, il t'arlirminn Iriitrinent tlu ctllé ilc sa roniniotlr cl ^'> iippina In trli- (lnn<i 1rs (Iriix mains. AprtSiHrc rr%lr quelque Irmp» ilans crllr po-iilion, qui 11 l;i lon^rur niirnil (tu dcvriiir futi^'antr, il rrlirii.du fonil de l'armoirr plarco «Irrrièrr son lit, un uroml-livrc dont la iHiuosirrr qui Ir cr>uvrai t Irmoi^nuil «Ir l'usa (;c pru fr^qui'iit qu'il en faisait. Iliiïé le dr|>o<)a sur sa commode, l'ouïrit cl iu>rri%il A IVncre rougr \'é\éurmriil ilr la journée au-«lesS()US il'u» autre cvëiirluenl, rapporte rn ces ternie* : h Le 7 fr\rii-r lS29,à huit lirures Ireule-rinq minutes du matin, rn me rrntlant à mon turcan , tombé sur mon ilrrrii^re dans l.irne des Saints- Pères, en mettant le pied pauiliesur un fmiîmrr.l dr |>oirrau étendu il terre. • Il referma .son livre, le remit en son lieu rt plaer, poussa la|)urle de l'armoire, en enleva la clef qu'il déposa dans un de» tiroirs de sa eomniofle, et il npril sa posture favorite dans une vieille In-r^ère devant la cliriiiiiice, en proie à la mélancolie la plus profonde.
I.e lendemain, il arriva h son biirrou comme h l'orilinairr, la téle couverte dune casqurtie, rt rerail i» Laurenl la coiffun* qui lui avait été ronliée la vrille. Ouelques jours nprt^s, sur 1rs dix lirure», il rentra ii 5011 liurean Ir dernier de la division, ayant sur la léir iinrliapeaii neuf, dont 1rs bords riaient au moins Ir duubir de relui qu'il avait prnlil : il était suivi d'iiii individu portant un étui éiiorine. Arrivé à >a pince, il Mlda le prix du chapeau cl de »on ëlui, il déposa
lo chapeau iicufihir.s l'ôlui, le forma à la cltf cl ganla toule la journée le silence le plus absolu.
C'est à la i)ersévérance d'un de ses collègues qu'il était redevable de la métamorpliose de sa coilTurc, à 51. Desroclies, qui, tous les jours, pendant la siesle que faisait M. Rifle après son déjeuner, diminuait les bords du chapeau jusqu'à ce qu'il fût amené ù Eclat déplorable où il le trouva réduit; il eut beau s'avouer coupable, M. Desroclies, de celle mauvaise plaisanterie, qu'il expia en n'en faisant plus de nouvelles, le vieil employé, loin de lui en vouloir le moins du monde, l'en estima davantage, persuadé qu'il fut que la confession de cette faute n'était de la part de son collègue qu'un acte d'un dévouement sublime ; que celui-ci voulait tout lionnement, en s'avouant le coupable, désarmer sa colère, et que le véritable auteur de la sottise impardonnable à lui faite, et donl la mutilation du chapeau n'était que le prétexte, était M. Cardouin, auquel il voua depuis ce jour une haine implacable.
M. liifTé, dans la crainte des enfants qu'il abhori'e, n'a jamais pris de compagne; il fait lui-même son [)elil ménage, et jamais n'a pu se résoudre à confier à un étranger la clef de son domicile. Toujours il fui excellent, d'une obligeance extrême, mais d'un amour-propre excessif au domino. Depuis trentetrois ans, un an juste avant son entrée au ministère, il dîne au même endroit, à la même place, et, si |)ar hasard il arrive, lors du cliangcmcnl d'un des garçons du restaurant, que sa place soit occupée, il
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s'us'tii-^l tinns un rnin dr la snllo, bien en viir, le rhapr-.ui i|{* truvrr<, apiliint ronviilsivrniriil 1rs j»mlM-< |)o(ir It'inoignrr do son mcronlrnlrniriit jusqu'à rc (|uc $a place lui soit rrslilutV.
Jiininis notrf lioninio tir fréi|urnta (l'uMlrr cafr iptr rrluiilont il csl (lr\t-nu Ir iloyrn.rl du nudiilior duqurl il f.iil (larlir, sans jamais sYlrr doulo qu'il fui vendu plusieurs fuis rnmnir iicliiihindapr dr TrlablisM"mp«l. Après son diurr, Ittus 1rs jours qur Diru fait, ik si\ hrurrs priViscs du soir, M. Hiflc sr rrnd ù «on rafr, uii il fait une prtili- inrridirnnr m utlrndant srs parlurrs nu duniinu. Il lisait autrefois 1rs journaux, mais il y a rrnonré ilrpuis unr discussion qu'il rui à ce sujet aver l:i dame du lieu. Dés qu'il éluil arrive, après avoir acerorhé sa canne et son cliaprau à une palère, il faisait le tour du cafr, s'rmparail de tous les journaux qu'il trouvait libres , ronimrnr.iit ù s'ruilorniir h la srronde colonne et linissnil par >r courber sur la pile de journaux qu'il avait amasses. Ou a«ait toutes 1rs prinrs du mondr à lui fiiire làclirr prise; il prrlrni|:<il qu'il avait le droit de ne les rrmlrr qu'après rn avoirprislrrlure ; lamailressr se rangea du eùlé de la mijorilè pour lui donner tort : il In prit rn ftrippr ri ne lui pardonna jamais ce cpi'il appelait la dernière ilrs grossièretés (|ui venait de lui être faite. It'autres à sa place, ayant h se plaindre, auraient choisi un autre endroit pour y passer leurs soirées; prmlanl une liriire ou deux, il en eut l'idée ; mais il recula drvanl la prn<ér qu'il lui faudrait renoncer à ses anciennes habitudes II inscri\it citic
aveiilure dans le grand-livre, et avisa aux moyens de lii'cr une vengeance éclalanle de Toubli des convenances cl de l'emploi des mauvais procédés à son égard. 11 s'ingéra — le tout dans l'inlenlion d'humilier celle femme — de payer d'une façon loiile particulière. Connaissanl parfailcmenl le prix de tous les objels de consomma (ion, il savait toujours à combien se moulait la dépense qu'il venait de faire ; au moment de se retirer, il avait soin de tenir sa monnaie toute prêle dans la main, et, saisissant Tinslant où sa victime était seule, il se dirigeait doucement de son côté; arrivé à deux ou trois pas de sa destination, il avançait à reculons, et jetait, en tournant le dos, son argent sur lecomploii'.
Ce petit manège dura pendant trois années : le café passa alors en d'autres mains; M. Riffé avait tellement eoniraclé l'habitude de ce nouveau mode de payement, qu'il paya encore longtemps de celte manière le successeur, qui croyait avoir hérite de sa vieille rancune.
Depuis son arrivée à Paris, il occupe le même petit logement, il a conservé les mêmes fournisseurs, leurs fils ou leurs neveux. A onze heures un quart, il quille le café el rentre chez lui. 11 va sans doute en rentrant se melire au lit? Pas du tout. Immédialement après avoir changé de chaussures, éteint son rat, allumé sa chandelle, endossé une petite carmagnole, s'être couvert la lêle d'un bonnet de coton, avoir fait un grand feu dans la cheminée, il vient se eam])er dans sa vieille birgèrc, les pieds étendus sur
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les chencls. Il s'ciulort dans celte posilion, cl ce nVsl orilinalrcmnil (|iie la cliiite iriiiie bùciic sur les jambes, ou le froiil (|ui vient le saisir (]uanil le feu sétcinl, qui lobligenl à regagner son Ut. Il est alors trois heures du mutin ; c'est cette lieui-c qu'il choisit de |)rérérence pour faire son lit : malgré les plaintes réiléi'écs de ses voisins, rien au monde ne lui fera ehanjicr sa manière d'être. Tous les ans, il sollicite un jour de congé, un seul jour dans Tannée, pour faire sa provision de bois.
Arrivé le premier au bureau, il est le premier à lire le journal dont on la chargé de faire rabonncment et de classer la collection. Il sort le premier. Depuis trente-deux ans, — à l'exception des fêles et dimanelies, ilu jour de sa provision de bois cl du séjour forcé dans sa chambre à la suite de la chute sur son derrière dans la rue desSainIs-Pères, — à quatre heures moins un quart, il commence à promener la brosse sur ses efl'ets, et son tiroir est fermé au premier cou|) de quatre heures à l'horloge du ministère.
Soixante-cinq ans. Pc ces physionomies qui uc disent pas grand'chosc. Front chauve, des dents excellentes, bon pied, bon œil, belle main, aimant la gaudriole.
Redingote blanche en été, houppelande en hiver, gilet lie couleur, |iantalon sans bretelles, bas chinés, souliers à boucle sur le côté jouant la botte, grosse canne d'épine, chapeau connu, habit l'àpc et parapluie eu permanence à son bureau.
.M. CARDOUIN, vérificateur. — Né ù Saint-Just-de-
Liissac, près île Brouage en Saintonge, cadet d'un quatrième mariage. Au sortir du collège, on lui fit embrasser l'clal ecclésiastique. A l'époque de la Révolution, le jeune Cardouinjeta le froc aux orties, et, après avoir pendant quelque temps travaillé chez un avocat au Parlement, il entra au ministère sous le Directoire.
Célibataire, marqué au B, d'un tempérament secondaire, bardé en toute saison de flanelle de la tète aux pieds, vivant seul, mangeant seul, dormant sculets'amusant seul ; faisant lui-même son ménage et sa cuisine. Gourmand comme tous les égoïstes, vieux coureur, sournois et vindicatif, cultivant des fleurs sur sa terrasse ; s'occupant de chimie, de physique et de distillation; grand amateur de tableaux, de gravures, de médailles et de curiosités.
Envieux de loule espèce de mérite ou de réputation. Possédant à fond le grand talent de tout avoir pour rien, et rencontrant toujours des occasions extraordinaires. Au courant d;.' tous les débats de la cour d'assises, quittant à trois heures son bureau les jours d'exécution. Ayant sur la conscience la mort de plusieurs chats sur])ris sur sa terrasse et la fin maliieurcuse d'un vieux carlin qui s'oublia sur son i)ailiasson. Méprisant de tout son cœur ses collègues, qui le lui rendent bien; roclierchant avec empressement l'occasion de lancer quelque épigramme, quelque bonne méchanceté, sans toutefois avoir l'air d'y toucJier. .lamais de sa vie M. Cardouin n'a rendu une visite <à un collègue malade ; il n'as-
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si-ta janiiiis à un ciiloi'miU'iU. liriisqtic cl impoli avec SCS siipOrieurs., il est grossier el suni<aiil avec SCS eaniarados.
Soixante-six ans, l'œil cave, le leinl plombé, irune maigreur effrayante, perruque noire, grande redingote brune, aucune aiipareiice de linge, gikt noir boulonné, eulolle de vcloui's noir, bas de filoselle, souliers couverts, un parapluie toute l'année à la main, diapeau à foi-me basse.
M.DESROClltS,tx7Jcrfi7io»i««ir(?. — Décoré de juillet, célibataire, bon, serviabii', ennemi de l'arbitraire et du despotisme en général. Destiné, par suite de l'indé[iondancc de ses opinions, à végéter toute sa vie aux appointements île {juinze cents francs.
Or|>lielin dés Tàgc tie dix ans, il resta abandonné aux soins d'un oncle, son tuteur, qui obtint pour son neveu, fils d'un militaire mort au service, son admission dans un collège, aux Pyrénées. Le jeune Desroclies eut toujours en lui le germe de cet amour de l'indépendance, qui jamais ne lui permit de s'adonner à des études sérieuses : il avait quatorze ans, qu'il n'était pas encore de seconde force sur l'orlhograplie, mais il était de la première sur la elai-inttte el la balle au mur. Intimement persuadé que le latin était une langue morte qui ne le mènerail à rien, cl que l'éluile des maihématiqucs ne le ferai! jamais entrer à l'Ecole polytechnique, puisque, dans toutes les lettres que lui avait adressées son oncle, celui-ci lui faisait toujours entrevoir la carrière administralive comme la plus belle des car-
rièrcs, qu'il lui l'allait avant toiil se faire une belle main, qu'une belle main conduisail à tout; une fois qu'il crut avoir obtenu une belle main, il se reposa. Un matin, après le déjeuner, une chaise île poste s'arréla (levant la perle ; l'écolier y monta, et quitta le collège, sans savoir s'il (levait le regretter, à peu près aussi avancé que lorsqu'il y était entré, accompagné de son onele, qui, le lendemain de leur arrivée à Paris, le plaça dans le ministère, aux appointements de douze cents francs, après deux mois de surnumérariat. Il n'entendit plus parler de son oncle, qui, pour les soins qu'il avait prodigués à son neveu, préleva une quarantaine de mille francs qui (levaient revenir à ce dernier sur la succession de ses père et mère.
Desroclies fut longtemps le persécuteur du papa Ritïé, son collègue, devenu son ami le plus dévoué depuis la mauvaise plaisanterie du chapeau. Partout il se fait le champion des opprimés; il aime de passion les bals et les grisscties, auxquelles il procure des billets de spectacle. D'une certaine force sui' la clarinette , il remplace souvent ses camarades musiciens attachés à des théâtres, enchantés de l'occasion.
Plusieurs fois il avait prévenu M. Doulremcr qu'il commençait à se fatiguer d'être depuis longtemps la victime de ses tracasseries; le commis principal n'eu tint aucun compte : Desroches ne trouva pas d'autre moyen, pour tenir sa parole, que de lui faire l'application sur la face de deu.v souUlcts, à la suite
d'un rapport que le bon apôtre avait fiiii (iiiilic lui au chef lie bureau, le clievalicr tiergeot. r.iflV p<'nsa tomber niulade en pensant aux suitesde eelle alTaire, qui aurait |ui enlever son ami. .M. Dumonl, qui {"aimait beaucoup, intercéda pour lui auprès de .M. de Sainl-Maur, et Desroebes en fut quille pour ne pas être compris celte année-là sur l'étal des gralilications, et la part qui devhit lui revenir alla de droit à Tami Doutremer, (|ui l'avait sollicitée.
Desroclics fait partie d'une compagnie de voltigeurs dans laquelle il a eu l'Iionneur d'être nommé iiOUs-licuU'uanl, à l'unaiiiinilé, au grand regret de .M. Clergcot.
Vingl-cinq à vingt-six ans, beau garçon, taille de cinq pieds cinq pouces, moustaches noires et épaisses, favoris sous le menlou, épaules larges.
Rediugolc noire boulonnée, col noir, pantalon d'uniforme, bottes à talons, grosse canne, chapeau bas de forme.
.M. FR.A.NCIIET, expiditionnaire. — E\-inaréelial des logis au 2'' régiment de cuirassiers de l'ex-garde royale. Entré au ministère en I8'27. Marié depuis à une jeune veuve <iui tient un bureau de tabac, cl père de deux enfants. Attaché le soir, comme teneur de livres, à une maison de commerce. Consacrant, lui et sa femme, grands amateurs de spectacle, loule la semaine aux alTaires et le dimanche aux plaisirs. Franc, loyal et intelligent, doux el poli avec tout le monde, conservaul sa dignité avec ses supérieurs, bon el serviable avec ses collègues.
Vingl-neuf à trenle ans, physionomie régulière, nez aquilin, lèvres épaisses, niouslaclies et favoris lilonils, tournure distinguée.
Redingote lèle-de-nègre, col noir, gilet de couleur, pantalon bleu et bottes, chapeau ordinaire. Caporal de grenadiers dans la 2« légion de la garde nationale.
EUGÈNE MORISSEAU. — Né à Paris, fils unique de M. Morisseau, ancien commis d'ordre, décédé dans l'exercice de ses fonctions depuis deux ans environ, à la suite d'une maladie longue et douloureuse. Enlevé à ses études avec la promesse de remplir un jour la place qu'occupait son père. Le jeune .Morisseau et sa mère infirme n'ont pour subsister qu'une très-petite rente que le père leur a laissée. Madame Morisseau sollicita une pension comme veuve d'un ancien employé ; mais elle lui fut refusée par la raison que son mari était décédé avant d'avoir atteint ses trente années de service. Accablé de travail pendant la semaine, esclave des volontés du digne M. Doutremer, le pauvre enfant passera les plus belles années de sa vie dans les privations de toute espèce, soutenu par le seul espoir d'obtenir un jour la survivance delà place de son père.
Le dimanche et les fêtes, quand le temps est beau, Eugène se promènera avec sa mère dans une allée déserte du jardin du Luxembourg ou des Tuileries, redoutant de rencontrer d'anciens camarades de collège avec les costumes desquels le sien, qui est celui de tous les jours, sera loin de rivaliser.
INTERIEURS DE BUREAUX. 25
Dppuis son entrée au niinistùre, il est chargé ilr mcllro en ordre la bil)liolhéi|iie de son chef de bureau, .M. Dumont : prétexte (|u"a pris cet excellent homme pour lui abandonner sur son traitement une cenl:iiue d'écus, et que son crédit et ses instances réitérées n'ont pu parvenir eneore A faire passer aux appoinloments.
Seize ù dix-sept ans,iloux, inlellittenl, bien élevé, d'une grande politesse avec tout le monde, faible, étiolé; menacé, eoniuu' son père, de succombera uiu' maladie de poitrine.
Mise très-simple.
LMJliV.'ST, garçon ((e bureau. — .Ne en Savoie. Depuis long-temps diins les ministères. .Ayant acquis la connaissance intime des us et coutumes de la bureaucratie ; devinant toutes les pensées, toutes les intentions de l'employé à son pa< et son allure ; esclave de sa consigne, éeonome, soigneux, discret. Prêtant ù la petite semaine, achetant et retirant les reconnaissances <lu moiil-de-piéii' ; vendant par tempérament draps, argenterie, bijoux, ele ; redevable à son industrie d'une certaine indépendance de position qui le met à même de remplir sa place par-dessous la jambe.
Soixante à soixanle-denx ans, cheveux blancs taillés en brosse, taille moyenne, bourgeonné, replet, col court, apoplecticpie
Tenue de garçon de bui-eau, abandonnant le co>lunie de l'Ktiit après la séance, et sortant du bureau avec un habit ind(-pcndant.
Appointements, 900 francs. Étrcnnes et revenantsbons, 300 francs. Casnel, commissions prélevées sur les déjeuners, messages, reconnaissance de solliciteurs, etc. , 130 à 200 francs. Gratifications, de 60 h 80 francs. Habillement, chaussure et coill'ure, etc., aux frais de l'Etat. Ce qui met le revenu des £;arcons de bureau?» 1,200 francs, 800 francs et 600 francs au-dessus de celui des expéditionnaires de deuxième, troisième et quatrième classe, et de beaucoup audessus encore de celui des surnuméraires, qui ne touchent rien.
DUFLOS, garçon de bureau. — Ex-canonnier de marine, neveu du précédent. Promettant de marcher sur les traces de son oncle ; chiqueur, ancien carotteur de régiment; bon diable au fond; faisant, comme on dit, son balai neuf.
Vingt-huit à trente ans, joli brun, taille élevée; favoris épais encadrant le menton, comme qui dirait un sous-pied de sruêtre ; ne se croyant pas encore assez d'importance pour sortir en ville avec un autre costume que celui que lui octroie le gouvernement.
r'AIVTICH AMBRE.