PITOIS, MADAME SAINT-AUBIN
piTois. — Oui, céleste amie, c'est dans de pareils moments que l'on sent le besoin de presser des mains amies...
MADAME sAïNT-AiBiN. ^ Que failes-vous, petit père? Vous vous oubliez, Dieu me pardonne!
piTois. — Vous voyez, bel ange, ce que j'ai à soufîrir : pas d'âme qui me comprenne... Ayez pitié de moi, je vous en conjure, laissez-moi vous adorer.
MADAME sAiNT-ACBiN. — Ce n'est ici ni le lieu ni le moment. Relevez-vous, Pitois, relevez-vous. .le l'exige, je le veux.
PITOIS. — Je vous ai offensée , belle amie.
MADAME SAINT-AUBIN. — Brisons là, je vous prie... Eh bien, qu'est-ce? quel est cet air décomposé ?
PITOIS. — J'ai mérité votre haine.
MADAME SAINT-AUBIN.— Encore? Enfant, je vous pardonne.
il4 GALERIE D ORIGINAUX.
piTois. — 0 ciel ! est-il possible !
MADAME sAi?îT -AUBIN. — Faisons la paix. Plus de raisons, à l'avenir, vous me le promettez?
piTOis. — Trop bonne, mille fois!
MADAME SAUViT-ALBiix. — Jc (lois VOUS apprendre que Napoléon est amoureux, mais amoureux fou de madame Estève.
piTois. — Cela ne m'étonne point : el)e est ravissante comme vous, femme charmante, comme vous.
MADAME sAiiVT-Ai)Bi?î. — Elle Hi'cst venuB voir ce matin ; elle est fort embarrassée, elle sent combien est grande la différence qui existe entre son âge et le sien ; ce serait vraiment le comble du ridicule, une semblable union.
piTois. — Vous croyez?
MADAME SAINT-AUBIN. — Au SUrplUS, HOUS OU
reparlerons, petit père, nous en reparlerons. 3Ia visite, ce malin, était un peu intéressée, je ne vous le cèle pas ; et, sans la présence de maman Pitois, il y a déjà longtemps que vous en connaîtriez le motif.
PITOIS. — Comment! belle amie, vous auriez quelque chose à me demander ; mais c'est trop de bonheur, mille fois...
MADAME SAINT-AUBIN. — Vous ailcz uic trouver bien indiscrète.
PITOIS. — Jamais! oh! non, jamais!
LES TROMPETTES. "2lo
MADAME SAiivT-AiiBi>. — 11 faut absoliiiiieiit que vous m'éclairiez sur la valeur de ces papiers. {Elle lui présente des billets qu'elle tire de son portefeuille.)
piTois. — Pardon... toujours de la même personne?
MADAME SAisT-AUBiiv. — Toujours dc Cet homme avec lequel traitait autrefois M. Saint-Aubin... 11 ne vous inspire pas grande confiance , je le vois.
piTois. — Comment donc! belle amie, si fait.
MADAME SAINT-AUBIN. — Il suffit Vraiment que j'aie eu ce malin l'occasion de vous donner quelques preuves d'affection pour vous pouvoir dire tout ce que ma démarche auprès de vous a de pénible; et sans un service que réclame de mon amitié une personne de ma connaissance, de la vôtre, petit père...
piTois. — Je vous comprends... Dans deux heures, les fonds seront à votre disposition.
MADAME SAiiVT-AUBiN. — Toujours excclleut !
pirois. — Ne serai-je pas encore votre obligé ?
MADAME SAiNT-AiBiN. — Lc moycn de vous en vouloir!... Je me retire... Adieu, enfant!
piTois. — Comment! déjà?
MADAME SAi.NT-AUBm. — Daus deux heures. .J'y compte; vous entendez?
piTois. — Vous connaissez mon exactitude.
MADAME sAiJïT-AUBiPf. — Rcstcz, je VOUS en conjure.
piTois. — Non, helle dame, vous n'obtiendrez jamais ce sacrifice.