LA TOILETTE
ne jeune femme, dame ou demoiselle, vue de profil, debout devant un miroir posé sur une table : cheveux I blonds relevés sur le haut de la tête et rassemblés >sous une coiffe blanche qui les emprisonne; des mèches de ces cheveux fins et soyeux tombent sur le côté, couvrant les oreilles, et serrés vers l'extrémité par un ruban noir; sur les tempes et sur le cou flottent de légères boucles. Corsage jaune à larges manches lisérées de noir; jupe de satin rougeâtre à reflets lie de vin, ornée d'une broderie d'or au bas. Elle a la tête baissée vers son corsage, auquel elle porte la main, comme pour terminer un arrangement de toilette. Sur la table, devant laquelle elle se tient debout, et qui est couverte d'un tapis rouge-brun, se trouvent les objets suivants : un miroir entouré d'une bordure d'ébène, une boîte à poudre en argent, un petit peigne d'ivoire, une brosse et une sonnette en métal ciselé ; en avant de la table, une chaise à dossier bas, couverte de velours rouge, garnie de galons rouge et or et de clous dorés.
— i66 - Au second plan s'avance la camériste, en robe gris foncé et tablier vert, portant d'une main un bassin, de l'autre une aiguière en étain, et ayant une serviette sur le bras droit. Au fond, un lit surmonté d'un baldaquin aux rideaux fermés, rouges avec des galons et des franges jaunes , ayant aux quatre coins de grosses houppes rouges La tenture des murs en vert uni.
Bois. Hauteur om47— Largeur om34 1/2.
Collection Blondel de Gagny, 1776; Dulac, 1778; Villiers, 18 16; La Peyrière, Paris, 1824; Patureau, 1857. Décrit par Smith dans le Catalogue raisonné, t. IV, p. 124, n° 19.
Ce tableau peut être considéré comme le pendant de celui qui se trouve au Musée de Dresde, et qui représente une jeune femme se lavant les mains dans un bassin que tient une servante. Ici c'est le premier acte, là c'est le second de la pièce que joue la femme chaque jour de son existence. La jeune blonde qui met ici la dernière épingle à sa toilette va se laver les mains dans le bassin qu'apporte sa servante, tandis que c'est cette dernière action qui est mise là-bas en scène. Ce sont les mêmes personnages et c'est le même intérieur : la table avec la glace, le lit à baldaquin. Le type de la femme se retrouve dans quantité de tableaux de Terburg, sans excepter la Remontrance paternelle du Musée d'Amsterdam, où l'on ne voit pas, il est vrai, les traits de la jeune fille admonestée par son père, mais où on la reconnaît à sa tournure, à ses cheveux dorés et à sa mise.
Elle n'est pas précisément jolie , cette jeune blonde , mais son profil est original et piquant. Il y a beaucoup de naturel dans son attitude cambrée, dans le mouvement qu'elle fait pour serrer un cordon ou pour attacher un bijou à son corsage. L'autre personnage est aussi d'un naturel parfait : c'est une servante des pieds à la tête , par le type, par l'ajustement, par l'attitude et le geste; elle marche comme une servante, porte l'aiguière comme une servante. Il n'y a pas d'erreur possible sur sa condition. Les anciens maîtres, dont on
affecte quelquefois de ne voir que les qualités d'exécution , étaient de fins observateurs, même en représentant les actions les plus simples et les plus insignifiantes en apparence.
Dans ce tableau de Terburg, la scène est posée comme elle doit l'être; les personnages sont ce qu'ils doivent être aussi, et le lieu de la scène également. Le calme mystérieux qui règne dans ce charmant intérieur est bien approprié au sujet : la toilette d'une jeune fille. Quant à la peinture, elle est séduisante au possible. Rien n'y attire vivement les regards, mais tout y charme les yeux et y retient l'esprit. Il y a un problème piquant et dont la solution est merveilleusement réussie dans le rapprochement des différents rouges : le rouge de la robe de la jeune fille, celui de la chaise du premier plan, celui du tapis de la table, celui des tentures du lit, et, pour en harmoniser l'ensemble, le fond vert des murs de la chambre.