‹ Galerie du XVIIIe siècle (volume 3)Chapitre 12 sur 18 · L'ABBÉ DE GRÉCOURT · texte numérisé non relu

L'ABBÉ DE GRÉCOURT

L'abbé de Grécourt aimait passionnément une belle chapelière de la place Maubert. Cette chapelière avait l'honneur d'être janséniste forcenée; elle prenait si vivement à cœur le parti de la grâce triomphante, de la grâce efficace, et même de la grâce nécessitante , que sa conscience la pressa d'accorder ses faveurs à l'abbé , à condition qu'il composerait quelques pièces de vers contre la bulle et les jésuites. L'abbé fit son poëme de Philotanus , et toucha tous les jours sa part d'auteur. La belle chapelière levait les mains et les yeux au ciel, et s'applaudissait d'avoir gagné cette âme au parti. Mais quelques années après l'abbé se prit de goût pour la femme d'un cordonnier , qui détestait le jansénisme , parce que la maison de Saint-Magloire avait ôté sa pratique à son mari.

Elle exigea que l'abbé tournerait en ridicule les Arnaud , les Saint-Cyran et les Paris. On a trouvé dans les papiers de G-récourt les fragments de ce poëme. On a de lui beaucoup de contes orduriers et quelques jolies fables. C'était un homme qui avait un mauvais ton , crapuleux, et aimant encore plus le vin que les chapelières et les femmes de cordonnier.

DESTOUGHES.

Destouches , né à Tours , crut avoir l'âme martiale , et se trouva au fameux siège de Barcelone. M. de Puisieux, qu'il vit en Suisse, démêla, par sa grande sagacité, qu'il avait du talent pour les négociations, et le fit secrétaire d'ambassade. Ce fut pour répondre à l'idée que ce ministre avait conçue de lui qu'il composa sa première pièce, le Curieux impertinent ; M. le régent l'envoya en Angleterre , chargé des affaires de France. Il y demeura sept ans, et y épousa une jeune Anglaise. Il se retira dans sa terre de Fort-Oizeaux, près de Melun , y composa toutes ses pièces, venait à Paris les communiquer à la famille des Quinaut, qui les lui faisait refaire presque en entier, lui fournissant des traits dont il manquait absolument, et en ôtant des choses' de mauvais goût , dont il était rempli. Il s'en retournait la veille de la première représentation. Il était d'une pesanteur et d'un ennui détestables , mais fort honnête homme. Il a fini ses jours dans sa campagne , après avoir fait une Réfutation de Bayle , que les partisans de ce dernier auraient bien désiré qui fût imprimée. Il avait composé un recueil de huit cents épigrammes ; c'en eût été une cruelle que de le faire paraître.

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