‹ Galerie française. Volume 10Chapitre 3 sur 11 · I. - LE PAYS ET LES GENS · texte numérisé non relu

I. - LE PAYS ET LES GENS

Le département de la Fin des terres, créé en 1790, par l'Assemblée constituante, sur le rapport de Bureaux de Pusy, forme, comme l'indique son nom, la pointe occidentale de l'ancienne province de Bretagne. C'est là que s'est perpétuée l'originalité de la Gaule celtique, à l'extrémité de celte antique péninsule armoricaine, dernière limite des conquêtes de César.

Ar-Mor, la mer ; Ar-Mor-Ik, les fils de la mer. Ar-Mor, tel l'ut le premier nom de la presqu'île qui ne s'appela Bretagne que plus tard, aux V et vi° siècles, lorsque des migrations galloises, chassées dp la grande île de Bryden, vinrent y chercher asile contre les premières invasions saxonnes.

De l'archipel des Glénans et de l'embouchure de l'Ellé, dans l'Atlantique, partie Sud du département, jusqu'au Nord, au château du Taureau et aux rivages de la Manche, nulle partie de la France n'offre des côtes plus pittoresques, des estuaires plus nombreux ni des déchirures plus prorondes et plus accidentées.

Sans compter la terrible pointe de Peu Marc'h et l'inhospitalière baie d'Audierne, quelle évocation plus redoutable que celle de ce légendaire passage du Raz, entre l'île de Sein et la baie des Trépassés, défilé infernal et séjour perpétuel de la tempête où le marin breton ne pénètre point sans faire cette suprême prière :

Va Doué! va sicourel da Irémeu ar Kaz,

Rac va leslr a zo bian, hac ar Mor a zo braz (1).

(1) Mon Dieu, secourez-moi dans le passage du Raz, car mon navire est si petit et la mer est si grande (Dialecte de Cornouaillo] .

FINISTÈRE

Entre l'île de Sein et Ouessant [Enez Heussa, île de la Terreur) quelle plus majestueuse ouverture que cet immense passage de l'Iroise, limité par la Chaussée de Sein et la Chaussée des Pierres-Noires et qui est comme la voie d'accès de la baie de Douarnenez et de la rade de Brest : Brest, l'orgueil et l'activité militaire du département, la pensée de Richelieu et l'œuvre de Colbert,,le grand arsenal maritime de la France depuis Louis XIV !

Toute cette partie des rivages du Finistère constitue la côte de Cornouaille,' nom échu à l'ancien pays de Quimper, Châteaulin et Quimperlé, non pas d'après une étymologie fantaisiste (Cornu Galliœ?), mais en souvenir de la première migration galloise venue de la presqu'île britannique de CornouaiJles, et à la tête de , laquelle était l'évêque Corentin. Les descendants de cette migration, encore restés presque, autochtones, parlent le dialecte breton dit de Cornouaille. •

Au nord de la rade de Brest, dépuis le cap Saint- Mathieu, jusqu'à l'île de Batz et à l'embouchure de la rivière de Morlaix, dans la Manche, se trouvent les.limites de l'ancien comté de Léon. Ancien campement d'une légion romaine, pagus legionensis, ce pays vit cette dénomination déformée par les clercs du moyen âge en celle de leonensis, origine du nom de l'évêché de Léon.

Là nous retrouvons les traces d'une autre migration du vi e siècle, et dpnt l'apôtre et le chef fut Pol, premier comte et évoque de Léon. Le dialecte de Léon passe paur le plus pur des quatre dialectes armoricains.

Toute cette région est la terre granitique par excellence, depuis l'abbaye de Saint-Mathieu, située au cap

LE l'AYS ET LES GENS '

de Fine-terre (i) Jusqu'à Roseoff. Aussi les souvenirs de l'époque druidique y abondent-ils sous la forme de monuments mégalithiques : menhir s, peulvem et dolmens de toutes sortes. C'est, du reste, des carrières de l'Aberlldut, près du Conquet, qu'a été extrait le beau soubassement en granit de l'obélisque de Louqsor.

La rive droite de la rivière de Morlaix appartient a l'ancien pays ou évêché de Tréguier, troisième division ,le la Basse-Bretagne, dont la plus grande partie a été ' enclavée dans le département des Côtes-du-Nord et qui offre aussi, tant par son dialecte particulier (le Irécorran) que par ses traditions, les vestiges d'une autre migration galloise.

L'on ne peut prétendre décrire dans un cadre aussi restreint les 700 kilomètres de côtes du Finistère formés d'une foule d'anses, de baies; de rivières et de déchirures profondes, visitées et baignées deux lois par • jour par le flot et parle jusant. Il est à peine besoin d'insister sur la prédominance de l'élément maritime dans ce département, si beau dans ses contours, mais dont l'ossature principale, formée des montagnes d'Arrée(2) au Nord et des Montagnes Noires, au Sud, ne laisse pas d'offrir aussi quelques aspects grandioses.

■ Ces deux chaînes, presque parallèles, occupent l'axe de la presqu'île du Finistère, et ne sont à proprement parler que de hautes et arides collines. L'une et l'autre sont une vaste charpente composée presque exclusivement de granits et de schistes,, amoncellement de pierres décharnées, nudité presque absolue, lugubre

(1) En breton : Loc-Mazé, pên-ar-bed, mot à mot : loge-Mathieu,

6n de la terre/

(2) Les montagnes d'Arrée, Menez Are, portent aussi en breton le nom de Kern lireiz, dos de la Bretagne.

FINISTÈRE

monotonie, région couverte de landes stériles ou de rochers décomposés par le temps, où il ne croît qu'une herbe courte et chétive, incapable de suffire à la nourriture du troupeau affamé qui les parcourt. Mais aux 'flancs de ces collines sont creusés tout un réseau de poétiques vallons où coule une eau vive; il en descend mille ruisseaux qui se précipitent en cascades et ne tardent pas à former de rapides rivières. Ces deux chaînes poussent des ramifications sans fin dans tout le centre du Finistère; les collines alternent avec le. plateaux boisés ou avec les landes couvertes d'ajoncs ou de genêts; les vallées y sont nombreuses et profondes, mais les grandes plaines basses y sont rares. La richesse forestière du département s'étend sur plus de 3,000 hectares, et ses deux principales forêts sont celles de Carnoët et de Landerneau.

Telle est

La terre de granit, recouverte de chênes!

que Brizeux a chantée et dont il a révélé les charmes à la France et à l'étranger.

Au point de vue de la densité de la population, le Finistère est le septième département de la France II renferme plus de 110 habitants par kilomètre carré. La langue bretonne, idiome dur et sobre, mais énergique parle jadis par les Celtes, est encore usitée non seulement dans les campagnes, mais dans les faubourgs des principales villes. Beaucoup de paysans n'entendent que e breton, mais grâce au service militaire et à l'instruction obligatoire, le nombre de ceux qui comprennent le trançais augmente tous les jours.

C'est une race vaillante et modeste, profondément attachée à ses foyers, à ce point que les habitants du

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