DIRCÉ
Je sais bien que son cœur , noblement généreux , Ecoute avec plaisir la voix des malheureux ;
Mais on ne voit jamais éclater sa puissance Qu’à repousser le tort qu'on fait à l’innocence.
Je sais qu’elle peut tout , mais je n’ose penser Que jusqu'à nous défendre on la vît s’abaisser.
De nos douces erreurs elle peut être instruite ,
Et rien n’est plus contraire à sa rare conduite.
Son zèle si connu pour le culte des dieux Doit rendre à la vertu nos respects odieux ;
Et loin qu’à son abord mon effroi diminue ,
Malgré moi je le sens qui redouble à sa vue.
ALGlJVIi.
Ah! ma propre frayeur suffit pour m’affliger : Loin d’aigrir mon ennui , cherche à le soulager , Et tâche de fournir à mon âme oppressée De quoi parer aux maux dont elle est menacée. Redoublons cependant les gardes du palais;
Et s’il n’est point pour nous d’asile désormais ,
Dans notre désespoir cherchons notre défense ,
Et ne nous rendons pas au moins sans résistance.
ALCINE, mademoiselle du Parc.
CÉLIE, mademoiselle de Brie.
DIRCÉ, mademoiselle Mol:ère.
Lorsqu’elles eurent achevé, et qu’Alcine se fut retirée pour aller redoubler les gardes du palais , le concert des violons se fit entendre, pendant que le frontispice du palais venant à s’ouvrir avec un merveilleux artifice , et des tours à s’élever à vue d’œil , quatre géants d’une grandeur démesurée vinrent à paraître avec quatre nains, qui, par l’opposition de leur petite taille, faisaient paraître celle des géants encore plus excessive. Ces colosses étaient commis à la garde du palais , et ce fut par eux que commença la première entrée du ballet.