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SIXIÈME ET DERNIÈRE ENTRÉE

Mais à peine commence-t-elle à se rassurer, qu’elle voit paraîlre auprès de Roger et de quelques chevaliers de sa suite le sage Mélisse sous la forme d’Atlas; elle court aussitôt pour empêcher l’effet de son intention; mais elle arrive trop tard. Mélisse a déjà mis au doigt de ce brave chevalier la fameuse bague qui détruit les enchantements. Lors un coup de tonnerre, suivi de plusieurs éclairs , marque la destruction du palais , qui est aussitôt réduit en cendres par un feu d’artifice qui met fin à cette aventure et aux plaisirs de l’Ile enchantée.

ALCINE , mademoiselle du Parc.

MÉLISSE, M. de Lorge.

ROGER , M. Beauchamp.

Chevaliers. — MM. d’Heureux, Raynal, du Pron et Desbrosses.

Ecuyers. — MM. Lamarre, Lechantre, de Gan et Mercier.

fin du ballet.

Il semblait que le ciel , la terre, et beau fussent tout en feu, et que la destruction du superbe palais d’Alcine, comme la liberté des chevaliers qu'elle y retenait en prison , ne se pût accomplir que par des prodiges et des miracles. La hauteur et le nombre des fusées volantes, celles qui roulaient

NOTICE HISTORIQUE sur le rivage et celles qui sortaient de beau après s’y être enfoncées, faisaient un spectacle si grand et si magnifique, que rien ne pouvait mieux terminer ces enchantements qu’un si beau feu d’artifice : lequel ayant enfin cessé après un bruit et une longueur extraordinaires , les coups de boîtes qui l’avaient commencé redoublèrent encore.

Alors toute la cour se retirant confessa qu’il ne se pouvait rien voir de plus achevé que ces trois fêtes ; et c'est assez avouer qu’il ne s’y pouvait rien ajouter, que de dire que les trois journées ayant eu chacune ses partisans, comme chacune avait eu ses beautés particulières , on ne convint pas du prix qu’elles devaient emporter entre elles : bien qu’on demeurât d’accord qu’elles pouvaient justement le disputer à toutes celles qu’on avait vues jusqu’à lors, et les surpasser peut-être.

Mais quoique les fêtes comprises dans le sujet des Plaisirs de file enchantée fussent terminées , tous les divertissements de Versailles ne l’étaient pas , et la magnificence et la galanterie du roi en avaient encore réservé pour les autres jours, qui n’étaient pas moins agréables.

Le samedi , dixième, sa majesté voulut courre les têtes. C’est un exercice que peu de gens ignorent, et dont l’usage est venu d’Allemagne, fort bien inventé pour faire voir l’adresse d’un chevalier, tant à bien mener son cheval dans les passades de guerre , qu’à bien se servir d’une lance , d'un dard et d’une épée. Si quelqu’un ne les a point vu courre , il en trouvera ici la description , étant moins communes que la bague, et seulement ici depuis peu d’années; et ceux qui en ont eu le plaisir ne s’ennuieront pas d’une narration si peu étendue.

Les chevaliers entrent 1 un après l’autre dans la lice, la lance à la main et un dard sous la cuisse droite, et après

SUR VERSAILLES, que Lun d eux a couru et emporté une tête de gros carton peinte , et de la forme de celle d’un Turc , il donne sa lance à un page, et faisant la demi-volte, il revient à toute bride à la seconde tête qui a la forme et la couleur d’un Maure, l’emporte avec le dard qu’il lui jette en passant; puis, reprenant une javeline peu différente de la forme du dard , dans une troisième passade il la darde dans un bouclier où est peinte une tête de Méduse, et achevant sa demi-volte, il tire l’épée, dont il emporte en passant, toujours à toute bride, une tête élevée à un demi-pied de terre; puis faisant place à un autre , celui qui en ces courses en a emporté le plus gagne le prix.

Toute la cour s’était placée sur une balustrade de fer doré, qui régnait autour de l’agréable maison de Versailles , et qui regarde sur le fossé dans lequel on avait dressé la lice avec des barrières.

Le Roi s’y rendit suivi des mêmes chevaliers qui avaient couru la bague; les ducs de Saint-Aignan et de Noailles y continuant leurs premières fonctions , l’un de maréchal de camp , et l’autre de jugedes courses. Il s’en fit plusieurs fort belles et fort heureuses ; mais l’adresse du roi lui fit emporter hautement , ensuite du prix de la course des dames, encore celui que donnait la reine : c’était une rose de diamants de grand prix, que le Roi , après l’avoir gagnée , redonna libéralement à courre aux autres chevaliers, et que le marquis de Coaslin disputa contre le marquis de Soyecourt, et gagna.

Le dimanche , au lever du Roi, quasi toute la conversation tourna sur les belles courses du jour précédent, et donna lieu à un grand défi entre le duc de Saint-Aignan, qui n’avait point encore couru, et le marquis deSoyecourt, qui fut remis au lendemain , parce que le maréchal duc de

Grammont, qui pariait pour ce marquis, était obligé de partir pour Paris , d’où il ne devait revenir que le jour d’après.

Le Roi mena toute la cour cette après-dînée à sa ménagerie, dont on admira les beautés particulières, et le nombre presque incroyable d’oiseaux de toutes sortes , parmi lesquels il y en a beaucoup de fort rares. Il serait inutile de parler de la collation qui suivit ce divertissement , puisque huit jours durant , chaque repas pouvait passer pour un festin des plus grands qu’on puisse faire.

Le soir , sa majesté fit représenter sur l’un de ces théâtres doubles de son salon , que son esprit universel a luimême inventé, la comédie des Fâcheux, faite par le sieur de Molière, mêlée d’entrées de ballets, et fort ingénieuse.

Le bruit du défi qui se devait courir le lundi, douzième, fit faire une infinité de gageures d’assez grande valeur, quoique celle des deux chevaliers ne fût que de cent pistoles. Et comme le duc, par une heureuse audace, donnait une tête à ce marquis fort adroit, beaucoup tenaient pour ce dernier , qui s étant rendu un peu plus tard chez le Roi, y trouva un cartel pour le presser , lequel, pour n’être qu’en prose , on n’a point mis dans ce discours.

Le duc de Saint-Aignan avait aussi fait voir à quelquesuns de ses amis, comme un heureux présage de sa victoire, ces quatres vers :

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