EMPEREUR D'ALLEMAGNE, ROI D'ESPAGNE ET DES INDES
(N* 1963.) D après Véiai<{iie&.
' On lit dans la partie inférieure du tableau Tinscription suivante : t Charles le V*, emperevr, fils de Philippe 35*, côte d'Hollâde, espovsa Isabeav , fille d'Emanvel , roy de Portvgal , et. f
CHARLES-QUINT
AUCBIJIVC B'AVTltlCBK ,
EMPEREUR D*ALLEMAGNE
(Voirn* 1843, p. a3o.)
L'ambition des quatre ducs de Bourgogne de la maison de Valois, Tesprit actif et entreprenant de Maximiiien, le grand coeur d'Isabelle la Catholique et la politique astucieuse de son mari Ferdinand d'Aragon , enfin le génie de Giristophe Colomb, semblaient n'avoir travaillé que pour amasser sur la tête de Charies^^nt la plus vaste puissance qui se fut montrée à l'Europe depuis le temps de Charlemagne. La mort de son père , Philippe le Beau , lui avait laissé en 1 5o6 l'héritage des Pays-Bas; celle de Ferdinand, dix ans après, les royaumes d'Aragon et de CastiUe, avec la possession contestée du royaume des Deux-Siciles et la conquête commencée du nouveau monde. Au mois de janvier 1 5 1 9 , il succéda au patrimoine de la maison d'Autriche , et à la prétention héréditaire dans cette famille de s'asseoir sur le trône impérial. Cette prétention fut couronnée par le succès , et à l'âge de dix-neuf ans commencèrent pour lui les labeurs d'une vie qui devait s'user à défendre des états ainsi dispersés sur toute la face de l'Europe. Pour les défendre, il voulut les agrandir, et de là la pensée chimérique de la monarchie universelle. François I", avec un génie politique bien moindre que le sien , avec des qualités qui
faisaient de lui moins un homme d'état qaW héros du moyen âge, eut pour rôle de protéger l'indépendance de l'Europe contre cette puissance gigantesque qui menaçait de l'asservir. Ils avaient affecté l'un envers l'autre, dans leur candidature à l'empire , une courtoisie qui fit bientôt place à l'inimitié la plus déclarée. Charles-Quint, sûr de l'alliance de Léon X et du roi d'Angleterre, commence la lutte ( 1 &2 1 ) , qui a pour théâtre principal les plaines de la Lombardie. Après quatre années de succès divers, la journée de Pavie donne à l'empereur plus qu'il n'eût osé espérer jamais, son rival prisonnier entre ses mains. Il travaille à tirer tout ce qu'il peut de cette faveur de la fortune, et ne rend la liberté au roi de France qu'après l'avoir enchaîné par les plus onéreuses stipulations ( 1 5a 6). Il lui fallut cependant recommencer la guerre, et il y trouva des prospérités plus éclatantes encore. Le pape Gément VII, protecteur timide de la liberté italienne , devint son captif ( 1 5 a 7) , et il vit bientôt ce pontife et François I*' lui-même , aux conférences de Cambrai , laisser tomber l'Italie entière à ses pieds. Il ceint alors à Bologne la couronne de roi des Romains dans le plus fastueux appareil; mais il ne lui est pas donné de se reposer au sein de ses triomphes, et tout aussitôt il court en Allemagne, où la confession de foi d'Augsbourg vient d'être signée ( 1 53o) , et où le protestantisme commence à menacer l'autorité de l'empereur aussibiên que celle du pape. Il ne fait rien de décisif, ni contre la réforme, ni contre l'invasion ottomane , autre danger du corps germanique auquel il avait à pourvoir sans cesse, et ne
trouve que sur mer, et devant Tunis, sa revanche contre rislamisme (i535). Cette victoire, réimportée sur les pirates barbaresques, sembla donner à ChariesQuint ime. étrange infatuation de lui-même : il fit entendre à lltalie des paroles d*un orgueil insensé , et, à la veille de renouveler la gueire avec la France, il en partageait déjà les. dépouilles à ses capitaines (i536). L'invasion sans succès de la Provence et de la Picardie lui montra quelle force il y avait dans le corps ramassé de la monarchie française pour résister aux coups d une puissance aussi éparse que la sienne. La trêve de Nice, conclue en 1 53 8, lui laissa le temps de faire rentrer dans le devoir ses années, révoltées parce qu'il ne les payait pas ( 1539), et daller se montrer en maître irrité à la ville de Gand, qui, sous le poids accablant d'un nouvel impôt, avait retrouvé sa turbulence républicaine ( 1 54o). Des Pays-Bas, il est appelé en Espagne pour préparer sa grande et infructueuse expédition contre Alger, et au lendemain même de cet échec, il apprend que François I'^ lui demande, les armes à la main, le Milanais, promis au duc d'Qriéans lors du passage de l'empereur à travers la France» François I"" comptait, dans cette guerre, sur l'appui des protestants d'Allemagne, mais ils reculèrent à la vue des vaisseaux turcs, unis dans la Méditerranée aux galères françaises. Gharies-Quint, profitant du mouvement de l'opinion européenne, soulevée contre son rival , entraine Henri VIII dans son alliance ( 1 5Â/i ) , envahit la Gbampagne , et s'avance jusqu'à treize lieues de Paris. Ce ne fut que pour signer un traité qui
ne lui donnait rien de plus que les précédents ( 1 545 ) , et remettre tout aussitôt la main aux affaires de TÂllemagne , plus troublée que jamais par les progrès de la réforme. L empereur, victorieux à Mûhlberg, «t tenant les deux chefs des protestants captifs entre ses mains, pouvait espérer enfin de se reposer dans sa fortune. François I* venait de mourir, et Henri II ne semblait guère promettre un rival an puissant génie qui pesait sur f Europe depuis trente années. Mais ce génie à la fin se trouva plus faible que les événements. L'Allemagne, mécontente et comprimée , éclate par un cri de liberté auquel répondent le roi de France et sa noblesse, et pendant que les troupe? de Henri II se saisissent des Trois-Évêcbés, Tempereiur, surpris dans Inspruck par l'électeur Maurice de Saxe, passe les Alpes en fugitif, puis signe en vaincu le traité de Passau, qui donne une place avouée au luthéranisme dans 1 empire (i 552). Il espère se venger de cet affiront sur la France, et demande au corps germanique un armement immense pour reprendre la ville impériale de Metz. Une nouvelle humiliation lattendait à ce siège mémorable , et il sourit tristement à sa défaite en disant que « la fortune est femme et n*adme pas les vieillards. » (i553.) Dès ce moment on voit le monarque au génie cosmopolite , qui parlait leur langue à tous les peuples de sa vaste domination , qui se multipliait pour les gouverner, et par les prodiges de son activité suffisait à toutes leurs affaires , on le voit , à cinquantetrois ans, s affaisser sur lui-même dans le sentiment prématuré de la fatigue et de Fimpuissance. La sombre
mélancolie qui a dévoré la vie de son infortunée mère est entrée dans son âme, et, au milieu des soins qu*il donne encore à la politique et à la guerre, il nourrit la pensée de se retirer du monde et de s'ensevelir vivant dans une tombe anticipée. Cependant, par la plus étrange des inconséquences, il travaille à faire passer sm* la tête de son fils l'héritage entier du fardeau sous lequel il succombe, et, après qu'il a échoué dans ce dernier effort, il abdique Tune après Tautre toutes ses couronnes ( 1 555i556), et va s enfermer dans un monastère d'Estramadure, laissant derrière lui TAUemagne en proie au profond malaise d'où sortit plus tard ia guerre de trente ans, les Pays-Bas agités parles symptômes précurseurs d'une révolution, la Lombardie et les Deux-Siciles exploitées par l'avarice espagnole comme les mines du Mexique et du Pérou, et la monarchie castillane atteinte au cœur par le principe de mort qui devait détruire sa puissance. Charles-Quint ne survécut que deuxans à son abdication , et mourut dans sa cinquante-neuvième année.
ISABELLE DE PORTUGAL