D*YORK
(N* 1977.) Ancienne collection de U Sorbonne.
Né à Greenwich, le îi8 juin lAgti. — Marié : 1" le 3 juin 1 509 , à Catherine d*Aragon , fille de Ferdinandle Catholique, roi d'Aragon, et dlsabelle, reine de Castille; i"" le 1 & novembre i SSa , à Anne de Boleyn; 3^ le 18 mai 1 536 , à Jeanne Seymour; k"" le 6 janvier 1 5&o , à Anne de Clèves, fille de Jean III, duc de Clèves, et de Marie de Juliers; 5"* le 8 août i5/io, à Catherine^ Howard; 6" le 12 juillet i543, à Catherine Parr. — Mort le 28 janvier 1547. .
Henri VIU, le second des princes de la maison de Tudor, monta sm* le trône d'Angleterre le 22 avril 1 809. Fiancé dès Tannée iSoa à Catherine d'Aragon, veuve de son frère Arthur, prince de Galles, il célébra son mariage avec elle presque au lendemain de son avènement. Le génie de Henri VIII contrastait en tout avec celui de son père; au lieu d'un monarque dont la politique circonspecte ne songeait qu'^ s'affermir, et qui faisait de ses trésors, amassés par tous les moyens, le plus ' solide fondement de sa puissance, on vit un prince fastueux, prodigue, insatiable de plaisirs, aimant les fêtes, les arts, la guerre, tout ce qui pouvait donner des jouissances à son orgueil et de l'édat à sa cotut>nne. Jules II n'eut pas de peine à le faire entrer dans la ligue de Cambrai contre Venise (iSog), et dans celte qu'il forma bientôt après contre la France ( 1 5 1 1 ). Henri VIII ne se flattait de rien moins que de rendre à l'Angleterre les deux grands fie& de Normandie et d'Aquitaine; mais la facile victoire de Guinegate (i5i3) n'eut pas pour lui d'aussi magnifiques résultats, et l'année suivante il conclut la paix avec Louis XII en lui donnant sa sœur en mariage (i5i&). Bientôt éclata la grande querelle de François I", vainqueur à Marignan , et de Charles-Quint, couronné empereur. Henri VIII , placé entre les deux rivaux, exprimait l'orgueilleux sentiment qu'il avait de sa situation en disant: Qui je défends est maître. Mais François I*', dans son ordinaire imprudence, ne songea qu'à lutter de faste et de courtoisie avec le monarque anglais à la célèbre entrevue du Camp du drâp d'or(i Sao) , tandis
que remperîeur flattait la vanité de Henri en Taliant visiter à Londres, et éblouissait le cardinal Wolsey, son ministre , despromessesles plusmagnifiques. Aussi, lorsquela guerre fut déclarée entre la France et la maison d'Autriche, Charies-Quint trouva un allié dans le roi d'Angleterre. La bataille de Pavie devint pour Henri VIII le signd d'une nouvelle politique : il voulut faire contre-poids à la prépondérance impériale en Europe, négocia pour l'indépendance de l'Italie avec le pape Clément VII et la régente de France , Louise de Savoie , et écrivit enfin à l'empereur une lettre par laquelle il réclamait noblement auprès de lui la liberté de François l*' (i526). C'était le temps même où Henri entamait avec Clément VII une autre négociation de la plus triste importance. Dominé par ses passions fougueuses, il n'était pas resté longtemps fidèle à la vertueuse Catherine d'Aragon , et était impatient de rompre le lien qui l'attachait à elle , pour couronnei' reine d'Angleterre sa maîtresse, Anne Boleyn. Clément VII, ballotté entre les sommations pressantes du roi d'Angleterre et les craintes que lui inspirait l'empereur, neveu de la reine Catherine , essaya vainement de traîner l'affaire en longueur en l'évoquant à Rome { 1 529). Henri VIII, qui avait enfin trouvé des bornes à la servile complaisance de son ministre Wolsey, le -disgracia, rencontra un plus docile instrument dans Cranmer, archevêque de Cantorbéry, fit prononcerpar lui son divorce avec Catherine , épousa publiquement Anne de Boleyn (i53a), et, menacé d'abord, puis frappé d'excommunication , finit par abolir l'autorité du pape et se
proclamer chef suprême de TEgiisc en Angleterre. Mais en même temps qu'il jetait ainsi ses peuples dans le schisme, il déployait toutes les rigueurs de son pouYoir pour les arrêter sur la pente de Thérësie, et il se mon* trait fidèle au souvenir de son duel théologique avec Luther ^ en faisant brûler les luthériens de son royaume. Lliistoire noffice peut-être pas d'exemple d'une tyrannie plus bizaire et plus violente que celle de Henri VIII pendant les douze dernières années de son règne : il fit voir à quels excès peuvent s'emporter les passions hu* maines, lorsqu'à été rompue la digue de l'autorité spirituelle, qui seule peut les retenir. Deux de ses femmes, Anne Boleyn (i536) et Catherine Howard [iSU^), envoyées à i'échafaud, et une troisième furès de les y suivre; les libertés les plus vieilles et les plus respectées de la Grande-Breta^e foulées aux pieds avec un brutal étalage de despotisme; dés lois que l'on appela statats de $ang , portées également contre les zélateurs de l'ancienne foi et les partisans des nouvelles erreurs; les biens des communautés religieuses livrés au pillage et jetés dans le goufire de son insatiable copîdité sans le combler; et, parmi cet amas d'horreurs, l'insultante prétention de faire bénir sa justice et sa clémence : voilà quels fiirent les caprices tyranniques de ce prince, qui a trouvé ses peuples trop indulgents envers sa mémoire , parce qu'il flatta quelques-unes de leurs passions. Il fut le premier des
* Henri VIII avait publié, en iSs i , un traité sur les sept sticremenu, dans lequel il attaquait les erreurs de Luther, et qui lui fit décen^er par ie pape Léon X le titre de défauear de h foi
monarques anglab qui porta le titre de roi dlrknde : un M^e du parlement le lui défera en 1 5&i. Henri VIH , vers la fin de son règne , se laissa aller encore une fois aux séductions de Talliance impéride et au rêve du démembrement de la France. Il descendit sur les c6tes de TArtois en i5&/i, et s empara de Boulogne, pendant que GharlesrQuint envahissait la Champagne. Mais son corps appesanti se refusait désormais au métier de la guerre, et lorsque Tempereur eut signé le traité de Crépy, il se hâta de faire la paix à son tour (7 juin i5&6). Il mourut six mois après, dans la cinquantecinquième année de son âge.