‹ Galeries historiques du Palais de Versailles (volume 3)Chapitre 88 sur 224 · FILLE DE JACQUES D*ABG ET D'ISABELLE ROMEE · texte numérisé non relu

FILLE DE JACQUES D*ABG ET D'ISABELLE ROMEE

{^• 1802.) SCIIHETI.

Née à Domremy, en 1 4 1 o. — Morte le 3o mai 1 43 1 .

Vers Tan 1 4a8 , sur les frontières de la Lorraine et de la Champagne , une pauvre fille des champs dont Tàme était en commerce habituel avec Dieu par la prière, entend une voix qui chaque jour l'appelle au secours du roi et de la France contre les Anglais. Elle croit à cette mission; la religieuse pureté de sa vie y fait croire autour d'elle , et de proche en proche l'opinion des villageois de Domremy va s'imposer' dans Vaucouleurs au sire de Baudricourt. Ce capitaine consent à l'envoyer au roi. Admise en présence de Chai^les VII, elle démêle dans la foule de ses courtisans ce prince qu'elle n'a jamais vu, et lui dit des choses grandes et secrètes. Mais ce n'est pas assez pour que l'on reconnaisse en elle l'envoyée de Dieu, et qu'on accepte ses secours. Au contraire, tout se réunit pour l'écarter, et la prudente réserve des prélats, qui, dans le merveilleux même dont elle est entourée , redoutent les prestiges du démon , et la moquerie incrédule et licencieuse des gens de guerre.

et le mauvais vouloir des courtisans, jaloux de son ascendant prodigieux sur la multitude. Mais tout a bien* tôt cédé à cet ascendant, le roi, les prélats, les courtisans, les gens d*armes, et Jeanne d*Arc a obtenu quon lui donne une armure avec tout l'état d*un chef de guerre, et qu'on la conduise à Orléans. Orléans, le dernier boulevard du royaume , était assiégé depuis sept mois parles Anglais, et allait tomber sous leurs coups. Jeanne arrive sous les miu^ de la ville , et le secours qu elle amène y est introduit sans coup férir. C'était le 29 avril, et, le 18 mai, le siège était levé, et du même coup la France sauvée de la domination étrangère. La Pucelle d'Orléans annonce alors qu'elle doit mener « le gentil dauphin à Reims poiu* y recevoir son digne sacre. » Ici on lui oppose de nouveaux obstacles : d'Orléans à Reims U y avait à traverser quatre-vingts lieues d*un pays occupé par les garnisons ennemies, et tous les capitaines de quelque renom blâmaient l'entreprise. Mais la voix de Dieu et la voix du peuple pariaient avec Jeanne, et rien ne leur peut résister. L'armée royale s'ébranle guidée par l'étendard de la Pucelle; Jargeau, qui veut l'arrêter, est pris en trois jours; la victoire de Patay est une gêneuse revanche de la journée de Verneuil (juin 14^9), et Charles VII, sacré dans la vieille basilique de Reims ( 1 7 juillet), voit la bannière glorieuse de Jeanne d'Arc se déployer siu* sa tête. A ce coup, la paur vre hergereUe déclare que son œuvre est finie et qu'elle doit retourner à ses champs. On avait trouvé trop de profit à se servir d'elle pour la laisser partir, et l'on con-

tinua de tourner contre l'ennemi le prestige irrésistible de son nom et de ses exemples. Elle cependant, délaissée de son enthousiasme et de la voix de Dieu qui le lui inspirait, nest plus qu'un instrument aux mains qui l'emploient, et ne se dévoue plus qu'avec une sorte d'héroïsme passif et résigné. C'est ainsi que devant Compiègne, le 34 mai i&3o, elle tomba aux mains des Bourguignons, qui la livrèrent bientôt aux Anglais. On sait l'histoire du procès inique dont Rouen fut le théâtre et qui a imprimé une tache ineffaçable siu* les annales de l'Angleterre. Gomme elle avait pleuré à la première vue du sang siu* le champ de bataille , Jeanne pleura devant ses juges à la menaçante image de la mort, mais n'en retrouva pas moins de force et de sérénité d'âme pour faire éclater son innocence. On ne put d'abord ac* corder aux passions furieuses du soldat attiglais la mort de l'héroïque victime; mais on tendit de tels pièges à sa pudeiu*, qu'elle fut forcée de reprendre ses habits d'homme, «et déclarée relapse par des juges prévaricateurs. » La place du Marché-Neuf vit s'élever alors le bûcher où s'acheva son supplice (3 1 mai 1 43 1 ). Il n'y a point de mémoire en France plus populaire que celle de Jeanne d'Arc; la viei^e de Domrémy est restée dans le souvenir des peuples, portant à la fois la couronne que les anciens donnaient aux héros sauveurs de leur patrie , et la sainte auréole que la religion met au front de ses martyrs.

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