GODIN
Le théâtre de la guerre s était agrandi : on se battait au pied des Pyrénées. C'était Richelieu qui, pour être plus fort contre l'Espagne, lui avait suscité une révolution en Portugal et une révolte en Catalogne. Un vice-roi français , le maréchal de Brezé , siégeait à Barcelone, et y commandait au nom du roi de France.
Le comte -duc d'Olivarez se faisait un point d'honneur de secourir Tarragone , assiégée par le comte de la Mothe-Houdancourt et de repousser ensuite les Français au delà des Pyrénées. Toutes les forces navales d'Espagne ramassées s'avançaient sous la conduite du duc deMequada, générai des galions; de don Melchior de Borgia , général des galères d'Espagne, et du duc de Ferrandin, général de celles de Naples. Le duc de Laurenzana , le ministre d'Inojosa et plusieurs autres personnes distinguées servaient sur la flotte en qualité de volontaires. L'archevêque de Bordeaux était bien inférieur en forces à une flotte si nombreuse et si puissante ,
^ Histoire de Louis XÎÎI, par Levassor, t. X, p. 99.
où f on comptait soixante-et-dîx gros bâtiments. Les détails du combat sont empruntés à lui-'même , sur la relation qu'il envoya au roi, signée de tous les capitaines des vaisseaux et des galères. -
« Le 2 0, à la pointe du jour, les galères ennemies parurent au nombre de vingt-neuf, avec leur secours , à trois ou quatre milles de notre armée. On se met incontinent sous les ToUes , on prend les postes les plus propres à leur empêcher Tentrée. Après avoir observé notre contenance , les galères espagnoles se retirent vers leurs vaisseaux. Là tous se mettent ^ en corps, courent quelque temps ensemble tenant le vent, et s'abattent toujours sur notre armée, qui, nonobstant le vent contraire, était tantôt sur un bord, tantôt sur lautre audevant des ennemis pour empêcher le secours. Voyant enfin que tout favorise leur dessein, et que l'avantage du vent est le gain de la partie, ils séparent leurs vaisseaux de leurs galères , et celles-ci se vont joindre à trente ou quarante brigântins. Notre armée , qui courait vers les vaisseaux ennemis, revire en même temps, de bord sur les galères espagnoles, afin de s opposer au passage du secours. Mais à Thcm^e même les vaisseaux des ennemis, au nombi^ de trente-cinq, et leurs galères , s'abattent , le vent en poupe, sur notre armée : de manière qu'il ne fut plus question de s'opposer au secours , mais aux grandes forces des Espagnols , et telles que, sans le courage et la valeur extraordinaire des capitaines des vaisseaux et des galères , nous devions succomber en cette occasion. Car enfin, lès vaisseaux ennemis nous 1. i8
battaient en flanc et les galères par derrière , sans que nous pussions nous servir que d une partie de notre artillerie. Cependant nous leur témoignâmes qu'il ne faisait pas bon s approcher si près de nous. Après un combat de quatre heures que la nuit termina, nous les contraignîmes à se retirer avec force mâts et cordages coupés, sans compter la perte des hommes quib ont faite. Nous ne la savons pas exactement. E^e doit être fort grande par la quantité de coups de canon et de mousquet que nous leur avons tirés, presqu*à bout touchant, et par le nombre de soldats qu'ils avaient sur leurs vaisseaux. Le$ nôtres ont été aussi fort firacassés. Tel a reçu jusqu'à cent coups de canon. Il n'y a point de galères qui ne soit beaucoup endommagée, et qui n'ait perdu soldats et chiourmes^ »