‹ Galeries historiques du Palais de VersaillesChapitre 121 sur 299 · REINE DE NAVARRE ET DE FRANCE · texte numérisé non relu

REINE DE NAVARRE ET DE FRANCE

TROISIÈME FILLE DE HENRI II, ROI DE FRANCE, ET DE CATHERINE DE MEDICIS.

(N* 2208.) Tableau du teui|».

Née le ih mai 1 553. — Mariée à Paris, le 18 août 15-72, à Henri de Bourbon, roi de Navarre, depuis roi de France sous le nom de Henri IV. — Morte le 27 mars 1 6 1 5.

Marguerite de France, fille de Henri II, sœur de Charles IX et de Henri III, oïFrit dans sa personne en un degré vraiment extraordinaire, ce mélange des goûts

198 GALfilUES HISTORIQUES

les plus délicats de l'intelligence avec les goûts grossiers dune débauche sans frein, qui caractérise les derniers Valois. En un temps où la corruption était si générale et si profonde, elle en dépassa tellement la mesure ordinaire, que ni la grandeur de sa naissance ni l'éclat de son esprit et de sa beauté ne la sauvèrent de l'avilissement et du mépris. Insouciante de l'opinion de ses contemporains, elle a essayé de tromper la postérité, et a laissé des Mémoires qui ne sont qu'une apologie mensongère de ses désordres; mais la postérité s'est refusée à la juger sur ce faux témoignage, et tous les artifices de sa narration , toutes les grâces de son langage ont été perdus pour l'elîet qu'elle a voulu produire. Sa vie est un des scandales de l'histoire du xvie siècle.

Son mariage avec le roi de Navarre, en 167a, fut un acte de violence exerce sur l'un et sur l'autre : aucun des deux ne prit au sérieux cet engagement qui les liait contre leur gré, et mari et femme donnèrent un égal éclat à leurs galanteries. Celles de Marguerite déchaînèrent contre elle toute la colère de son frère Henri III ; elle lui devint plus odieuse encore en s'unissant aux intrigues politiques du duc d'Anjou et secondant sa fuite (i5y5). Bientôt l'évasion du roi de Navarre (1576) vint accroître les embarras de la cour, qui pendant quatre ans l'avait tenu captif. Ce prince, à peine libre, était rentré au sein de la religion réformée, et avait redemandé à Henri III la reine son épouse ; elle lui fut refusée pendant trois ans, et ce ne fut qu'en 1 Syg que Catherine de Médicis la conduisit à la petite cour de Navarre.

Marguerite y passa cinq années, vivant avec son mari dans une sorte de bonne intelligence qui ne les honorait ni l'un ni l'autre; puis, se disant gênée en Béarn dans l'exercice de la religion catholique, elle demanda à retourner à la cour du roi son frère ( 1 586). Elle n'y reçut de Henri III que des affronts trop mérités et si publics que le roi de Navarre fut condamné à en demander et à en apprendre la cause. 11 fut dès lors impossible à ce prince de garder avec Marguerite les apparences mêmes de l'union conjugale, et il la laissa continuer obscurément ses désordres , enfermée dans son château d'Usson , au fond de l'Auvergne. Elle y passa près de vingt ans , et ce fut là qu'elle écrivit ses Mémoires. Cependant Henri IV, possesseur tranquille de son royaume, songea tout d'abord à rompre un mariage qui lui faisait honte et devait le laisser sans postérité. Tant qu'elle se crut menacée de voir Gabrielle d'Estrées régner à sa place , Marguerite refusa d'entendre aux ouvertures de son mari; mais, lors qu'elle le sut décidé à conclure une alliance royale, elle accomplit volontiers son sacrifice, n'y mettant d'autre condition que le payement de ses dettes et une pension considérable (i 599). Le rôle de Marguerite semblait fini sur la scène du monde , mais elle ne l'entendait pas ainsi : tourmentée jusqu'au bout par le goût de l'intrigue et le besoin des émotions d'une vie agitée, elle vint à Paris en 1 606 , sans y être autorisée par le roi, et obtint de lui la permission d'y rester. Henri IV eut à gémir des habitudes de désordre et de prodigalité que l'âge n'avait point guéries dans cette princesse; mais il la traita avec

une extrême condescendance, et ne lui infligea d'autre punition que de la forcer, en 1 6 1 o , à assister au couronnement de celle qui avait pris sa place. Marguerite, dernier reste du sang des Valois, mourut, en 161 5, à lage de soixante-deux ans.

MARIE DE MÉDICIS

HEINE DE FRANCE ET DE NAVARRE

PILLE AÎNÉE DE FRANÇOIS-MARIE DE MEDICIS, PREMIER DU NOM, GRAND-DUC DE TOSCANE, ET DE JEANNE D'AUTRICHE.

(N* 2209.) Tableau du te»p.

Née le 26 avril 1576. — Mariée à Lyon, le 27 décembre 1600, à Henri IV, roi de France et de Navarre. — Morte le 3 juillet 16/12.

MARIE DE MÉDICIS

REINE DE FRANCE ET DE NAVARRE

(N* 2210.) Aocien tableau.

MARIE DE MÉDICIS

HEINE DE FRANCE ET DE NAVARRE

(N* 2211.) Albrier, d'après uu tableau de Porbus,

de la galerie du Musée royal.

Marie de Médicis, avec un caractère hautain et emporté, un esprit borné et opiniâtre, n'apporta pas à

Henri IV le bonheur domestique, et contribua à l'entretenir dans ses coupables habitudes de galanterie. Livrée à l'ascendant de la trop célèbre Leonora Galigaï, elle ne voyait. que par les yeux de cette femme, et semblait en toutes choses prendre le contre-pied des volontés du roi son mari. Elle était Espagnole dans le cœur, tandis que la politique de Henri IV tendait à abaisser la maison d'Autriche pour rendre la France prépondérante en Europe. Cependant, à la veille de se rendre à son armée pour accomplir ses grands desseins, le roi crut devoir à son épouse une marque solennelle de sa confiance : il la fit couronner à Saint-Denis, et c'était à elle qu'il se proposait de laisser la régence. On sait comment le couteau de Ravaillac anéantit alors les projets de Henri IV, et l'on sait aussi comment Marie de Médicis encourut, quoique à tort, le soupçon d'avoir dirigé ce coup fatal ( 1 1\ mai 1610). Quelques heures après le crime commis , le duc d'Epernon , que la rumeur publique lui donnait pour complice , la fit reconnaître comme régente par le parlement. Rien de plus honteux, rien de plus misérable peut-être dans notre histoire que les années de la régence de Marie de Médicis : on y voit détruit pièce à pièce tout ce qu'avaient fait le génie d'un grand roi et la sagesse de son ministre; les trésors amassés par une prévoyante économie livrés en proie à .d'indignes favoris; tous les emplois, toutes les dignités données à l'intrigue ou aux plus honteux services ; partout le désordre , partout le pillage , et l'autorité nulle part : on y voit la politique nationale délaissée au profit

d'une politique étrangère, et la France enchainée aux intérêts de l'Espagne par un double mariage. Marie de Médicis, en proclamant la majorité de son fds et en lui donnant une épouse (i 6 1 5), crût avoir afFermi sa domination; mais les Concini, à qui elle livrait le royaume, avaient amassé sur leurs têtes un tel fardeau de haine, qu'ils y succombèrent, et entraînèrent dans leur ruine le pouvoir de leur bienfaitrice (i 6 1 y). On voit commencer alors pour Marie de Médicis des alternatives de bonne et mauvaise fortune, de crédit ou de disgrâce, qui du rèrent treize ans. Repoussée par le connétable de Luynes tout le temps que ce favori gouverna Louis XIII , elle rentra triomphante au conseil quand il eut cessé de vivre (1621), et crut s'y fortifier en y faisant asseoir à côté d'elle le cardinal de Richelieu (162/1). Mais, au lieu de se donner un serviteur, elle avait donné un maître absolu à Louis XIII, et au royaume un grand ministre. Après une lutte tantôt sourde tantôt déclarée entre les passions égoïstes et violentes d'une femme et le puissant génie qui travaillait à fonder la grandeur de la France , la journée des dupes laissa à Richelieu une victoire sans retour ( 1 63o). D'imprudents conseillers poussèrent Marie de Médicis hors des frontières du royaume , et le cardinal décida qu'elle ne les repasserait jamais. Vainement elle en appela au cœur de son fils, vainement elle invoqua en suppliante ce parlement qu'elle s'était plu autrefois à humilier sous son superbe pouvoir : toutes ses démarches lurent sans succès. Louis XIII tremblait sous les volontés de son ministre; le parlement n'avait plus de voix dans

l'état, et Florence était l'asile marqué par Richelieu à Marie de Médicis. Il en coûtait trop à cette âme orgueilleuse de rendre sa patrie témoin de sa grandeur abaissée : elle aima mieux aller à Londres demander l'appui de son gendre Charles I" (1639). Mais ce prince, aux prises lui-môme avec les embarras les plus graves, ne lui prêta d'autre secours que celui d'une infructueuse négociation, et bientôt même l'Angleterre, où grondaient les premiers orages d'une révolution, ne fut plus un sur asile pour la reine exilée. Ce fut à Cologne que Marie de Médicis alla fixer sa destinée errante; ce fut là que la veuve de Henri IV, délaissée et presque sans ressources, digne objet de pitié même pour ses ennemis, mourut, le 3 juillet 16/12, dans la soixante-septième année de son âge.

FRANÇOIS DE BOURBON

Page 1