‹ Galeries historiques du Palais de VersaillesChapitre 146 sur 299 · FILS DE GILLES DE IULRE, COMTE DE BEHTON , ET DE JEANNE DE DRISSAC · texte numérisé non relu

FILS DE GILLES DE IULRE, COMTE DE BEHTON , ET DE JEANNE DE DRISSAC

(V 2254.) Gaillot, daprè» un portrait de

famille , en pied.

Né en 1 5 6 1 . — Mort le 1 décembre 161 5.

Grillon , dans sa longue vie, oflre le modèle le plus accompli du soldat, et sa gloire n'est pas moins pure que celle de Bayard. Il avait été élevé pour être chevalier de Malte , mais ne se montra qu'en une seule rencontre sur les galères de la religion, et, pendant le règne de cinq rois, remplit les armées françaises de sa renommée et de ses exemples. Il débuta à dix-sept ans dans la carrière t en montant le premier à l'assaut de Galais , sous les yeux du duc de Guise ( 1 558). Attaché à ce prince par le lien de la reconnaissance, Crillon l'aida de son épée dans le sanglant tumulte d'Amboise. Sur-

vinrent les guerres de religion, et on le vit à chaque bataille se signaler clans les premiers rangs de l'armée royale. A Dreux, à Saint-Denis, à Jarnac, à Moncoutour (1 56a- 1 069), il n'y eut guerrier dont les exploits fussent plus glorieux que les siens, et ce fut après cette dernière journée qu'au siège de Saint-Jean-d'Angély Charles IX l'embrassa, tout sanglant d'une blessure qu'il venait de recevoir, et lui donna le nom de brave Grillon. Ce n'était pas assez pour cet héroïque courage d'affronter en France les dangers de la guerre : il alla les chercher au delà des mers en combattant les Ottomans , et il donna à l'ordre de Malte sa part dans la victoire de Lépante. Les services de Crillon furent si éclatants dans cette bataille, qu'il fut choisi par don Juan d'Autriche pour porter à Pie V la nouvelle du grand triomphe de la chrétienté ( 1 5^ 1 ). On fit l'honneur à ce vaillant cham pion de la foi catholique de ne pas l'initier au secret horrible de la Saint-Barthélemv ; mais on le retrouva pour aller au siège de la Rochelle chercher une nouvelle gloire et de nouvelles blessures ( 1 ^73). Crillon suivit le duc d'Anjou en Pologne, et, revenu avec lui en France, essaya de faire entendre l'austère langage de la vérité à cette âme qu'il croyait faite pour les grandes choses et qu'il voyait se dégrader dans la superstition et la débauche. Henri III supporta, mais sans les suivre, les conseils de ce sujet dévoue, et continua en toute occa sion à employer utilement sa vaillance. Il sut aussi la récompenser : en 1081, il donna à Crillon le régiment des gardes avec le collier de sou Ordre, et peu après

créa pour lui la charge de lieutenant-colonel général de l'infanterie française. A ces honneurs militaires Crillon joignait les revenus de quatre évêchés et de plusieurs bénéfices ecclésiastiques, et le pauvre cadet de famille était ainsi monté à une des plus hautes fortunes du royaume. Il ne tint point à lui que Henri III n'eût pas la honte de fuir devant le duc de Guise à la journée des Barricades (i588), et quelques mois après, lorsque ce prince, résolu à se venger par un crime, lui demanda son bras pour frapper, on sait quelle fut la noble réponse du soldat. L'année suivante , Crillon servit son roi comme il lui convenait de le faire, en lui sauvant la couronne et la vie dans l'attaque dirigée contre Tours par le duc de Mayenne. Les blessures qu'il reçut dans cette rencontre l'empêchèrent de se trouver au combat d'Arqués, et lui valurent les paroles si flatteuses et si connues de Henri IV : « Pends-toi , brave Crillon ! » Sous ce nouveau maître, si bon juge de la valeur guerrière, les occasions et les encouragements ne manquèrent pas au héros pour ajouter à sa gloire : il fit des merveilles à la journée d'Ivry ( i 090), aux sièges de Paris et de Rouen ( 1 59 1 ), et, avec cinquante-cinq combattants, défendit Quillebœuf contre l'amiral de Villars. Il ne fut pas de ceux qui reprochèrent à Henri IV, devenu, par sa conversion, maître de soi royaume, d'oublier ses anciens pour ses nouveaux serviteurs. Son désintéressement et sa modestie égalaient sa bravoure, et il ne lui en coûta pas d'aller dans un poste subalterne aider le jeune duc de Cuise à conquérir pour le Roi la Provence ( 1 595). Le

bâton de maréchal était dû à de si longs et si glorieux services : les maîtresses de Henri IV ne permirent pas à l'austère vertu de Crillon d'obtenir cette récompense. On le vit cependant , presque sexagénaire , prêter encore au Roi le secours de son épée dans la courte guerre de Savoie (i 600), et ce fut là que Henri IV, sous le feu des canons ennemis , l'appela le brave des braves. Au milieu d'une cour avide et corrompue, où les plus honnêtes, comme Sully, poussaient chaque jour plus avant leur fortune , on aime à voir Crillon rendre à la couronne les charges qu'il tient d'elle, à l'Eglise ses évêchés et ses bénéfices, et aller s'ensevelir dans la retraite pour y servir Dieu comme il avait servi sas rois. Tous ses biens étaient distribués en aumônes, et les prodiges de sa charité ajoutaient à la vénération qu'inspiraient ses vertus guerrières. La nouvelle de la mort de Henri IV vint le surprendre et lui briser le cœur au sein de cette vie calme et recueillie. Vainement Marie de Médicis voulut-elle le rappeler à la cour pour donner à sa régence l'appui d'un si grand nom. Crillon, pliant sous le poids de l'âge et des infirmités , ne songeait plus qu'à se préparer à la mort. Il la vit venir sur son lit de douleur, ainsi qu'il lavait affrontée dans les combats, et sembla s'élancer vers la gloire des cieux comme il s'était élancé vers celle de la terre :« Allons , allons !» disait-il en rendant son dernier soupir. Il était âgé de soixante et quinze ans. En le mettant au tombeau, on compta sur son corps les cicatrices de vinpt-deux larges blessures.

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