VILLEROY (NICOLAS DE NEUFVILLE
SECRÉTAIRE D'ÉTAT
(N* 2267.) Luicvm, d'après un portrait de la
collection du château de Beauregard.
Villeroy annonça , dès sa jeunesse , une rare aptitude pour les affaires. Il avait peu d'études, était sans goût pour les lettres, mais savait cacher son ignorance sous une réserve habilement calculée, et la souplesse de son caractère en fit un serviteur commode pour les quatre rois dont il fut le ministre. Catherine de Médicis devina de bonne heure les qualités de Villeroy et lui confia d'importantes négociations. Il était âgé de moins de vingtcinq ans lorsqu'en 1567 Charles IX lui donna la charge de secrétaire d'état. Le grand art de Villeroy fut de garder tout son crédit auprès de la reine mère , en même temps qu'il s'insinuait plus avant chaque jour dans la confiance du jeune monarque. Aussi Charles IX mourant le recommanda-t-il à son successeur (157&), et Henri III , docile aux avis de sa mère, s'empressa de le confirmer dans son office. Villeroy fut créé par ce prince grand trésorier de l'ordre du Saint-Esprit , et continua de siéger dans ses conseils jusqu'à l'ouverture des états de Blois, où Henri 171 voulut paraître entouré de nouveaux ministres ( 1 588). Mayenne , quoiqu'il ne trouvât pas dans Villeroy l'étoffe d'un ligueur, voulut s'attacher un homme de tant d'habileté et d'expérience. Il le fit un
de ses conseillers et le trouva fidèle tant que Henri IV ne fut que le roi des huguenots. Mais la conversion de ce monarque mit la conscience de Villeroy à Taise , et le Roi , de son côté , malgré les protestations réitérées de sa sœur, Catherine de Bourbon , organe des réformés , se hâta de lui rendre la charge de secrétaire d'état (iSgli). Jaloux de son autorité et soigneux des intérêts de sa famille , Villeroy s opposa aussi longtemps qu'il le put à ce que Rosny obtînt la surintendance des finances et l'office de grand maître de l'artillerie ; et quand la volonté royale eut prévalu contre la sienne , il y eut entre le rude et passionné réformateur et le partisan obstiné des anciennes routines une lutte longue et violente dans les conseils de Henri IV. La régence de Marie de Médicis donna gain de cause au vieux secrétaire d'état. Tandis que Sully demandait vainement que les projets du feu roi fussent poursuivis pour la grandeur et la prospérité de la France , Villeroy se ménageait une facile victoire en secondant le penchant de la reine pour l'alliance espagnole. Tantôt uni d'intérêts , tantôt en lutte avec Concini , il fut sacrifié deux fois à ce favori et deux fois rappelé au maniement des affaires par le besoin que l'on éprouvait de son expérience. Il y avait quelques mois à peine que Luynes venait de lui rendre la faveur de Louis XIII, lorsque la mort l'enleva à des fonctions qu'il avait remplies près de cinquante ans. Villeroy emportait un renom de probité bien rare dans l'époque de vénalité et de corruption qu'il avait traversée.