‹ Galeries historiques du Palais de VersaillesChapitre 199 sur 299 · ANNE D'AUTRICHE ET SES ENFANTS · texte numérisé non relu

ANNE D'AUTRICHE ET SES ENFANTS

(N* 2336. ) Philippe de Cham^cie.

Ce tableau représente Anne d'Autriche avec ses deux fils, Louis XIV et Monsieur, duc d'Anjou, âgés l'un de dix ans et l'autre de huit. Elle implore la Sainte Vierge et met sous sa protection la couronne de France, par suite du vœu de Louis XIII. La reine est assistée de saint Benoît et de sainte Scholastique.

314 G ALEH1ES HISTORIQUES

Anne d'Autriche, mariée enfant à un roi de son âge. ne fut pour lui pendant plusieurs années que la compagne de ses jeux. Bientôt la froideur maussade de Louis XIII sembla éloigner de lui sa jeune épouse, et ce fut alors que le présomptueux Buckingham fit étalage de sa passion pour la reine aux yeux de toute la cour (i Gib). Ce fut alors aussi qu'Anne d'Autriche, impliquée dans le procès de Chalais, fut accusée d'avoir voulu échanger la main de Louis XIII contre celle de Gaston , duc d'Orléans (1626). Suspecte dès lors à son mari, et poursuivie par la surveillance jalouse du cardinal de Richelieu, elle se fit l'alliée de tous les ennemis du redoutable ministre, et eut le tort de correspondre avec son frère , le roi d'Espagne, depuis deux ans en guerre avec la France (1 63 7). Elle ne le fit pas impunément : sa retraite du Val-de-Grace ne la mit pas à l'abri des plus outrageuses perquisitions; tous ses amis et ses conseillers lui furent enlevés, et le cardinal, à qui la reine ainsi humiliée ne causait plus d'ombrage , ne craignit point de la réconcilier avec le roi. L'année suivante, Anne d'Autriche donna à la France le dauphin qui devait être Louis XIV (i638). Cependant, fidèle jusque sur son lit de mort à ses défiances contre sa femme , Louis XIII ne voulut lui laisser que le titre et non les pouvoirs de la régence. Mais il n'avait pas encore fermé les yeux, que déjà ses volontés étaient méconnues, et Mazarin avait préparé à Anne d'Autriche tous les moyens de faire casser le testament de son époux (1 643). Investie de la plénitude de l'autorité souveraine, la régente en comprit aussitôt les devoirs, et au lieu d'appeler

au gouvernement de l'État les mécontents qui l'avaient entourée dans sa disgrâce, elle donna au cardinal Mazarin sa confiance tout entière. Les événements ne tardèrent pas à la justifier : le jeune prince de Condé prêta à la régence tout l'éclat de ses victoires, et l'habile ministre qui continuait la grande politique de Richelieu termina la guerre de Trente ans par le traité de Westphalie, si glorieux et si utile à la monarchie française (\6US). Mais au dedans les affaires n'avaient point été aussi bien menées qu'au dehors, et à l'époque même où les armes et la diplomatie de la régence étaient ainsi triomphantes, des intrigues de cour allaient s'unir à l'opposition tracassière du Parlement pour allumer la guerre civile, et faire reculer la fortune de la France. On a dit avec justesse que, pendant les quatre ans que durèrent les troubles de la Fronde , Mazarin seid eut toujours du bon sens, Anne d'Autriche seule toujours du courage. Avertie par l'instinct du pouvoir qui lui tenait lieu de lumières, que dans cette querelle la victoire devait infailliblement rester à la royauté, Anne s'attacha à Mazarin proscrit, par les convictions de son esprit aussi bien que par le penchant de son cœur, et au terme de la lutte elle eut l'honneur de lui remettre le gouvernement entre les mains, en même temps qu'elle rendait à son fils le dépôt intact des prérogatives de la couronne. Ce fut un beau jour pour elle que celui où elle vit le ministre de son choix signer le traité des Pyrénées ( 1 65 9) , et donner une autre reine espagnole à la France. Lorsque la mort de Mazarin eut fait passer a Louis XIV le pouvoir qu'il

devait garder sans partage jusqu'à sa mort (1661), ce monarque dans tout l'éclat de la jeunesse et de la puissance n'oublia pas un seul instant les obligations qu'il avait à sa mère , et ne cessa de lui donner des témoignages de son attachement et de son respect filial. Anne d'Autriche, de son côté, retirée dans la piété et les bonnes œuvres, ne songea pas à retenir la moindre part de l'autorité qu'elle avait eue, et conservant un inébranlable courage au milieu des souffrances d'une horrible maladie, elle mourut au Louvre, le ao janvier 1 666 , dans la soixante-cinquième année de son âge.

N... DE FRANCE

Page 1