ROHAN (HENRI
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PAIR DE FRANCE
(N* 2383.) P. Fhanque, d'après un ancien portrait.
Henri de Rohan est un des personnages les plus eminents de l'époque où il vécut. Une âme ferme et haute , et en même temps douce et modérée, une foi ardente sans fanatisme , les talents et non les passions d'un chef de parti , un désintéressement qui ne se démentit ja-
mais, ia bravoure des temps chevaleresques unie à la science consommée de la guerre, de grandes choses faites simplement et racontées de même, voilà en quelques traits le tableau de cette vie si noble et si pure , à laquelle il n'a manqué que de se dévouer toujours à une bonne cause.
Henri de Rohan avait seize ans lorsqu'il parut à la cour ou plutôt dans les armées de Henri IV; il courut les dangers du siège d'Amiens à côté de ce monarque (1597). Lorsque la paix eut été signée avec l'Espagne, au lieu de grossir la foule des courtisans empressés de pousser leur fortune , il alla mûrir par les voyages son esprit naturellement sérieux et réfléchi. A son retour, le Roi le créa duc et pair ( 1 6o3); il lui fit épouser ensuite la fille de Sully (i6o5), et lui donna la charge de colonel général des Suisses et Grisons. Rohan fut inconsolable de la mort de ce grand prince, et, prévoyant dès lors bien des périls pour la cause protestante, il se dévoua résolument aux intérêts de ses coreligionnaires. La ferveur de son zèle, sa parole éloquente dans les assemblées , son habileté dans le maniement des affaires , le firent bientôt avouer pour chef par le parti huguenot. Cependant il resta étranger aux intrigues du prince de Condé et des seigneurs qui voulaient ravir le pouvoir à la régente, et ne s'arma que lorsque l'existence de son parti lui sembla menacée. Dès la première campagne qu'il fit contre les troupes royales , Louis XIII et son favori Luynes reconnurent à quel homme ils avaient à faire. Parce que Rohan avait blâmé la prise d'armes
ordonnée par les églises, on croyait qu'il ferait la guerre avec mollesse : il la fit avec une redoutable énergie. Le Roi, avec tout l'appareil de sa puissance, vint échouer au siège de Montauban (1621); l'année suivante, il ne fut guère plus heureux à celui de Montpellier, et dans le traité qu'il accorda aux huguenots, il restreignit mais n'abolit pas leur indépendance. Bientôt le duc de Rohan , voyant Richelieu engagé dans une guerre avec la maison d'Autriche , crut le moment favorable pour reprendre les armes. La moitié de son parti refusa de répondre à son appel ; mais, presque seul avec son frère Soubise , il n'en affronta pas moins les armées envoyées contre lui par le cardinal et le força d'ajourner les coups décisifs qu'il voulait porter aux églises réformées. Cependant les huguenots n'eurent que peu de temps pour respirer : dès l'année suivante, la Rochelle était assiégée et Richelieu était accouru devant cette ville pour s'en assurer lui-même la conquête. Rohan fit tout pour donner de nouveaux appuis à sa cause désespérée. L'Angleterre lui manquait; il s adressa, mais sans beaucoup de fruit, à la Savoie et à l'Espagne , et fut réduit aux périls obscurs d'une guerre de surprise et d'embuscade dans les montagnes du Vivarais ( 1 629). La prise et le massacre de Privas glacèrent d'effroi les huguenots , et , malgré l'opiniâtre énergie de son caractère, Rohan dut renoncer à une lutte qu'il était désormais incapable de soutenir. Après avoir stipulé pour son parti les meilleures conditions qu'il lui fût possible d'obtenir, il alla chercher un asile honorable et sûr à Venise. La situation de ce seigneur eut depuis lors
quelque chose detrange. La France, ou plutôt Richelieu, sembla ne pas vouloir avouer les services qu'il lui demandait: ce fut ainsi qu'en 1 63 a on le chargea, comme chef des Ligues Grises , de fermer aux armées espagnoles les passages de la Valteline; ce fut ainsi qu'après l'avoir renvoyé de ce théâtre de ses succès , on lui ordonna d'y retourner en 1 635 pour couper à l'Autriche cette communication qu'elle avait avec la Lombardie. Maître cette fois de la Valteline, Rohan la défendit par quatre victoires; mais les échecs essuyés sur d'autres points par les armes françaises forcèrent Richelieu de laisser sans secours la petite armée qui avait fait de tels prodiges , et que la peste , en même temps que le fer ennemi , décimait chaque jour. Le duc de Rohan évacua la Valteline, et, suspect parce qu'il avait cessé de vaincre , il n'eut bientôt plus d'asile que dans le camp de son ami le duc Bernard de Saxe-Weimar ( 1 638 ). L'élève de Gustave -Adolphe, illustré déjà par tant de glorieux faits d'armes, voulut donner à Rohan , qu'il appelait le premier capitaine de l'Europe, le commandement de ses troupes à la bataille de Rheinfeld. Celui-ci refusa de combattre autrement qu'en simple soldat , et en chargeant à la tête du régiment de Nassau, il fut frappé de deux coups de mousquet dont il mourut au bout de six semaines. Il était âgé de cinquanteneuf ans. Le duc de Rohan a laissé des écrits politiques et militaires tous dignes de remarque, et entre autres des mémoires qui témoignent à la fois de la supériorité de son esprit et de l'élévation de son caractère.