‹ Galeries historiques du Palais de VersaillesChapitre 28 sur 299 · V -2051.) Tableau du tenu · texte numérisé non relu

V -2051.) Tableau du tenu

PHILIPPE II

ROI D'ESPAGNE

(N- 3053.) Ancien portrait.

PHILIPPE II

ROI DESPAGNE.

Philippe 11 lut préparé par son éducation à la tâche qui remplit sa v ie , le maintien de la foi catholique contre l'hérésie. Charles-Quint, avec la flexibilité de son génie cosmopolite , avait emprunté quelque chose au caractère de chacun des peuples qu'il gouvernait. Philippe fut tout Espagnol: il le fut de cœur, d'esprit, de mœurs, de langage; et tandis que son père avait usé sa vie à courir sans cesse, en paix ou en guerre, d'un bout à l'autre de son empire, lui, pendant quarante ans enferme

1 On lit dans la partie inférieure du tableau l'inscription suivante :

Philippe. T.U de dur!», roy de. E>p«ign«, M* eMe d'HalIa tt Uh| èpouM Marie de Portugal. Merie d'Aojrl. tene. lubelle de Frtce et

Atinr M iric d'Auitriee.

dans ses palais de Madrid ou de l'Escurial , suffit aux besoins de sa vaste domination par la force et l'activité sans repos de son intelligence. S'il fut un des plus redoutables despotes qu'il y eut jamais, on peut dire qu'il le fut à la sueur de son front et par l'effort du travail le plus assidu. C'est qu'il avait le fanatisme du pouvoir absolu bien plus encore que celui de la religion , et de là vient cette ambition sans scrupule et cette profonde hypocrisie que l'on trouve mêlées à l'ardente sincérité de sa foi ; de la le spectacle étrange qu'il donna au monde du roi catholique changeant en un instrument de tyrannie politique le tribunal de l'inquisition, que les papes avaient commis à la garde de l'orthodoxie religieuse , et ne craignant pas, pour mieux assurer l'unité de son pouvoir, d'opprimer jusqu'au saint-siége. La nation espagnole fut fière d'un tel monarque, et tandis que les réformés, d'une voix unanime , le maudissaient en l'appelant le démon du Midi, elle était à genoux devant lui, muette de respect et d'admiration.

Philippe, en épousant Marie d'Angleterre, avait reçu de Charles-Quint la couronne des Deux-Siciles , pour qu'il ne devînt pas le mari d'une reine sans être roi lui même. Bientôt l'empereur, par une double abdication , lui remit la souveraineté des Pays-Bas (i 5 octobre 1 555) et celle des Espagnes (16 janvier 1 556). II eût voulu y joindre le sceptre impérial ; mais l'Allemagne , lasse d'obéir au père , refusa de transporter au fils son obéissance. Philippe, à qui Charles, par la trêve de Vau-

celles, croyait avoir transmis ses royaumes en paix, recueillit la guerre avec la France comme une portion de son héritage, et dès l'abord ses armes obtinrent un succès éclatant. La victoire de Saint-Quentin (10 août loSy) mettait Paris entre ses mains s'il avait été aussi audacieux à exécuter qu'à entreprendre. Il ne perdit rien à ses hésitations : la paix de Cateau-Cambrésis, conclue deux ans après, enchaîna à sa politique la France humiliée et le laissa libre de retourner en Espagne pour n'en plus sortir (i3 avril i55()). Philippe avait déclaré qu'il aimait mieux ne pas régner que de régner sur des hérétiques, et il ne tarda pas à faire sentir à ses sujets des Pays-Bas le poids de cette terrible parole. Mais ni la police ombrageuse de l'inquisition , ni les sévérités du pouvoir Absolu ne pouvaient s'imposer aisément à des peuples dès longtemps accoutumés à guerroyer pour leurs libertés; et bientôt Marguerite d'Autriche et le cardinal de Granvelle, impuissants contre la révolte, durent faire place au duc d'Albe, le plus redoutable des capitaines de Philippe II et le plus habile de ses conseillers. Les victoires que le duc d'Albe remporta et les flots de sang qu'il répandit sur les bûchers et sur les échafauds ne rétablirent pas la domination de son maître. Le résultat de cette lutte furieuse devait être l'indépendance et la grandeur des Provinces-Unies et une guerre de quatrevingts ans pour l'Espagne. En même temps que Philippe II préparait cette grande défaite à la cause catholique en l'associant aux intérêts de son despotisme, il la faisait triompher sur les mors contre les Turcs et les

Barbaresques; ses flottes arrêtaient sur les côtes d'Afrique les conquêtes du corsaire Dragut (i563), secouraient File de Malte assiégée par la marine formidable de Soliman le Magnifique (1 565) , et s'unissaient enfin aux galères pontificales pour remporter sur les Osmanlis la glorieuse victoire de Lépante ( 1 5j i ). Cependant la puissance de ce monarque, si menaçante pour l'indépendance et le repos de l'Europe , reçut encore un considérable accroissement. Le roi de Portugal , don Sébastien , était allé mourir dans le Maroc, à la bataille d'Alcazar- Quivir, et son grand-oncle, le cardinal Henri, qui lui avait succédé , n'avait fait que passer sur le trône. La noblesse et le peuple proclamèrent roi don Antonio de Crato : Philippe IT réclama avec une armée les droits qu'il tenait de sa mère, et trois semaines suffirent au duc d'Albe pour lui apporter la couronne de Portugal (i58o). A cette époque, la reine d'Angleterre Elisabeth venait de se placer en face de Philippe II dans un fier antagonisme : elle était l'âme du parti de la réforme en Europe , donnait des secours aux insurgés des Pays-Bas et aux huguenots de France, et elle s'était crue assez forte enfin pour jeter en défi au roi catholique la tête sanglante de Marie Stuart (18 février 1687). Ce fut le signal d'une guerre à mort entre l'Espagne et l'Angleterre. Philippe II prépara longtemps ses coups pour les mieux assurer, et, avec le plus formidable armement qui fût jamais, il résolut d'aller frapper la Grande-Bretagne au rœur de sa puissance. Tout ce que peut faire la plus énergique activité jointe à la prévoyance la plus consommée

se réunit pour mettre en mer cette invincible armada , des tinée à « combattre les Anglais, mais non les tempêtes» (1 588). On sait quelle série de désastres elle essuya; on sait aussi avec quelle admirable fermeté d'àme le roi vaincu reçut cet arrêt de la Providence. La lutte continua plusieurs années encore entre l'Espagne et l'Angleterre; mais c'était désormais en France que Philippe II pouvait plus sûrement combattre Élisabelh et le protestantisme , et il y avait là pour son ambition , en même temps que pour sa foi, l'espoir d'un éclatant triomphe. Allié de la Ligue, il put un moment se flatter de placer la couronne de saint Louis sur la tête de sa fille, l'infante Isabelle- Claire-Eugénie. L'abjuration du Béarnais fit évanouir ce rêve (1 59^), et dès lors les prétentions gigantesques du fils de Charles-Quint durent se réduire à disputer à Henri IV quelques lambeaux de ce royaume de France qu'il avait cru engloutir dans sa vaste monarchie. Philippe , courbé par 1 âge et résigné sous la main de Dieu qui humiliait ses dernières années, subit à Vervins un traité de paix qui ne lui donnait rien de plus que celui de Cateau-Cambrésis , et laissait l'Espagne, comme son roi, atteinte de vieillesse et d'épuisement (1 mai 1 598). Il supporta avec une constance héroïque les longues douleurs de sa dernière maladie, voulut avoir pendant plusieurs jours le spectacle de son cercueil avant d'y entrer, et expira, le 1 3 septembre 1 598 , à l'âge de soixante el onze ans.

ÉLISABETH DE FRANCE

HEINE D'ESPAGNE

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