REINE DE FRANCE ET D'ÉCOSSE
(V 2074.'' Serrer , d'après un portrait de l'auueuuc
collection de M'" de Moutpensier, au château d'Eu.
H y a peu dïiistoires plus connues que celle de Marie Stuart : sa beauté, les grâces de son esprit, ses fautes et
ses malheurs ont été racontés dans toutes les langues. Donner leur date aux principaux événements de sa vie • est donc ici tout ce qu'il convient de faire.
Marie Stuart, reine d'Ecosse en naissant, fut recherchée dans son herceau par des prétendants contre lesquels sa mère la mit en sûreté d'abord dans la forteresse de Stirling, et ensuite en France (1 5/i8). Elle y fut élevée, objet des soins les plus attentifs du roi Henri II, qui voyait croître en elle l'épouse du dauphin, son fds. Ce mariage fut célébré en 1 5 5 8 , et la dauphine- reine dans tout l'éclat de la jeunesse et de la beauté, s'enivra des hommages et des joies de la cour de France. Elle partagea bientôt le trône de son jeune époux (if>5q), et, sous son nom, les princes lorrains, ses oncles, furent les maîtres du royaume. Mais avec la courte vie de François II se terminèrent les prospérités de Marie Stuart (i 56o) , et il lui fallut bientôt quitter cette France qui lui était si chère, cette France dont la langue, les mœurs, la religion, étaient les siennes. Elle partit pour le royaume de ses pères, en 1 56 1 : elle y trouva le culte catholique aboli, le disciple de Calvin, John Knox, gouvernant les peuples par sa parole fanatique , et la turbulente noblesse d'Ecosse cherchant dans les nouvelles doctrines un moyen plus puissant de résistance à l'autorité royale. Le jaloux voisinage d'Elisabeth entretenait soigneusement ces mauvaises dispositions de la nation écossaise envers sa souveraine, et si Marie Stuart en eût rru son hypocrite rivale, elle «>ùt déshonoré son trône
en le partageant avec l'indigne favori de cette princesse , le comte de Leicester. Elle ne fut guère mieux conseillée en épousant Henry Darnley, fils du comte de Lennox, qui n'avait pour lui que les grâces de sa figure (1 565). Leur union fut promptement troublée : Darnley, docile instrument des passions haineuses de la noblesse, livra au poignard de Ruthven David Rizzio, le secrétaire et le confident de la reine, qui fut toute souillée du sang de cet infortuné serviteur ( 1 566). Bientôt suivit l'horrible catastrophe de Kirk of Field : pendant que Marie Stuart célébrait à Holy-Rood les noces d une de ses filles d'hon neur, la maison où reposait son mari malade sautait en l'air par une formidable explosion. Bothwell, auteur du crime et maître de la personne de la reine, la contraignit à l'épouser. Innocente peut-être de la mort de Darnley, Marie Stuart s'en fit la complice aux yeux de l'Ecosse en donnant sa main au meurtrier, et une vaste insurrection dirigée par son frère naturel, le comte de Murray, éclata contre elle. Assiégée et prise dans la forteresse de Dunbar, elle fut enfermée au château de Lochleven et, sous l'empire de la violence, y signa son abdication. Un enfant de quinze ans, William Douglas, lui rendit un moment la liberté, et, avec une poignée de sujets fidèles, elle livra une bataille, à Langside, au régent son frère. Mais le fanatisme d'un peuple calviniste répudiait une reine catholique : Marie fut vaincue, et, obéissant à do funestes conseils, elle alla se mettre en Angleterre sous la protection d'Elisabeth (16 mai i 568). Dès lors elle ne fut plus que le jouet de la politique fausse et cruelle
de cette reine et de ses ministres. Sa captivité dura dixneuf ans. De généreux et imprudents efforts furent faits pour la sauver; le premier des seigneurs d'Angleterre, le duc de Norfolk, paya de sa tête ce dévouement chevaleresque. Elisabeth, fatiguée de l'intérêt que l'Europe catholique témoignait à son illustre prisonnière , menacée par des complots qui renaissaient sans cesse pour la lui enlever, se décida, après quelques hésitations, à consommer sa vengeance. Marie Stuart, transportée, le *5 septembre i 586, au château de Fotheringay, dans le comté de Northampton , vit arriver une commission présidée par le lord chancelier d'Angleterre et chargée d'instruire son procès. Elle parut en reine devant des juges qu'elle récusait, et se contenta de protester hautement qu'elle n'avait jamais conspiré contre les jours d'Elisabeth. Son arrêt était dicté à l'avance, et, après quelques semblants d'une pitié mensongère, Elisabeth en ordonna l'exécution (18 février 1 087). La mort de Marie Stuart est un des plus touchants exemples de résignation chrétienne qu'on lise dans l'histoire. Pendant que la réforme triomphait d'avoir frappé une si grande victime et insultait à sa mémoire, les catholiques n'avaient qu'une voix pour lui décerner les honneurs du martyre.