DUC D'ALENÇON, PUIS DUC D'ANJOU
(N* 2128.) Albiuer, d'aprèf un portrait de la
collection du château d'Eu.
Le duc d'Alençon fit ses premières armes, en i5y3 , dans l'armée de son frère, le duc d'Anjou, au siège de la Rochelle. Peu après, une faction de cour, qui prenait le nom de parti des Politiques, et donnait la main aux huguenots, mit à sa tête ce jeune prince, et se servit de son nom pour tenter une prise d'armes à laquelle il n'eut point de part. Catherine de Médicis le retint captif au palais avec le roi de Navarre, et d'imprudents favoris payèrent de leur tête le complot où ils l'avaient entraîné. Rendu à la liberté par Henri III , le duc d'Alençon, avec les Politiques et les huguenots, entra aussitôt en campagne contre la cour, et lui imposa la paix de
Monsieur, plus favorable à ses intérêts qu'à ceux de ses compagnons d'armes. Les duchés d'Anjou, de Touraine et de Berry lui furent donnés en apanage. Le duc d'Anjou, avec un esprit aussi remuant que médiocre et un cœur aussi lâche que corrompu , ne se tint pas pour satisfait de cet agrandissement de sa fortune. Tour à tour servant son frère contre les huguenots (îôyy), et cherchant parmi les huguenots un appui contre son frère , il ne cessa d'agiter par ses intrigues la cour et le royaume que lorsque l'on eut donné au dehors un cours à sa misérable ambition. Il convoita la souveraineté des Pays- Bas et la main d'Élisabeth, et fut près d'atteindre ce double but. Mais la reine d'Angleterre , après avoir hésité quelque temps entre la politique et l'amour, craignit, en se donnant un époux , de se donner un maître , et renvoya au delà du détroit son amant rebuté ( 1 58 1 ). Le duc d'Anjou, chef élu d'une nation qui avait pris les armes pour être libre , se crut tout permis contre cette liberté, dont le dépôt était confié à son honneur. En se saisissant des places fortes des Pays-Bas, il se flatta d'y substituer son despotisme à celui de Philippe II; mais Anvers lui opposa une courageuse résistance. D'autres villes suivirent l'exemple patriotique de cette grande cité , et le prince fugitif s'échappa à grand'peine de la contrée qu'il avait eu l'impuissante fantaisie d'asservir ( 1 583). Il ne voulut pas néanmoins renoncer à son titre de duc de Brabant, et lorsque, peu après, il succomba à une mort prématurée , il légua à son frère les droits de sa prétendue souveraineté. II mourut sans que personne le re-
grettàt, et « ayant acquis, dit d'Aubigné , autant d'ennemis qu'il y avait de gens qui le connussent. »
HENRI DE BOURBON
PREMIER DU NOM, PRINCE DE CONDÉ
PII.S AINE DE LOUIS DE BOURBON, PREMIER DU NOM, PRINCE DE CONDÉ, ET D'ELEONORE DE ROYE, SA PREMIÈRE PEMME.
(N* 2129.) Cassei , d'après un porlrait de la
collection de Chantilly.
Né à la Ferté-sous-Jouarre , le 29 décembre i5o2. — Marié : i° au mois de juillet 1 £72 , à Marie de Clèves, fille de François de Clèves, premier du nom, duc de Nevers, comte d'Eu, et de Marguerite de Bourbon-Yen-
dôme; 2°le 16 mars 1 586 , à Charlotte-Catherine de la Trémoillc. — Mort le 5 mars 1 588.
Au lendemain de la bataille de Jarnac, Jeanne d'Albret présenta aux huguenots réfugiés dans les murs de Saintes, son fils le prince de Béarn , et son neveu Henri de Bourbon , prince de Condé. Trois ans après, celui-ci se montra plus ferme que son cousin le roi de Navarre devant les menaces de mort que Charles IX leur fit entendre le jour du massacre de la Saint-Barthélemy. Dès qu'il fut rendu à la liberté, il courut en Allemagne pour y lever des troupes et les amener au secours des églises réformées de France ( 1 5^4). Il accepta, ainsi que les autres' chefs huguenots, la trompeuse paix de Monsieur ( 1 T> y G ) , mais reprit bientôt les armes, et ne les posa
que lorsque le traité de Bergerac eut accordé aux calvinistes la liberté de conscience. Dans les deux guerres des Amoureux (1 58o) et des Trois Henris ( i 585), le prince de Condé montra le plus énergique dévouement à la cause protestante, soit qu'il lui fallût aller demander à l'Allemagne de nouveaux secours, soit qu'il lui fallût, à travers l'Anjou, le Poitou et la Saintonge, exposer sa tête plutôt en soldat qu'en capitaine dans les plus périlleuses aventures. Il combattit à Coutras à côté du roi de Navarre , et mourut, l'année suivante, à Saint-Jean-d'Angély , à l'âge de trente-cinq ans, regretté des huguenots, qui admiraient en lui un zèle fervent et des vertus austères dont les exemples devenaient chaque jour plus rares parmi leurs chefs.