DU PALAIS DE VERSAILLES. 129 CUISE (HENRI DE LORRAINE
PAIR ET GRAND MAITRE DE FRANCE
(N* 2133.) Tableau de la galerie des Guises de
l'ancien château de Joinville.
GUISE (HENRI DE LORRAINE
rBKMiBk t>v MB, Dre M ). (N- 2134.) Ancien portrait.
Henri de Lorraine surpassa la fortune et n'égala pas le génie de son père. Il eut tous les dehors d'un grand homme, toutes les qualités qui fascinent les regards de la multitude, la bonne mine avec l'affabilité qui la relève, les grâces de la parole, la bravoure d'un héros, et je ne sais quelle aisance toute royale à se laisser porter au flot de la popularité. Mais l'audace, qui était dans ses espérances, n'était point dans son caractère; il fut à la fois sans scrupule et sans vigueur dans son ambition , et s'il s'arrêta dans la carrière criminelle de l'usurpation , ce fut par la faiblesse d'un esprit indécis, et non pas par conscience. Du reste , les vices d'une cour corrompue et d'un temps de guerre civile lui étaient familiers, et, ce qui est encore de son siècle, il les alliait avec les pratiques d'une foi sincère.
Il n'avait que douze ans et se trouvait au siège d'Or léans dans l'armée de son père, lorsque celui-ci fut assasix. Q
sine. Henri de Lorraine jura dans son cœur une haine implacable aux huguenots et à leur chef Coligny, qu'il s'obstina toujours à regarder comme l'auteur de ce crime. Après être allé en Hongrie faire ses premières armes contre les Turcs (i 566), il revint en France jouer son rôle dans le drame sanglant des guerres de religion. Son premier exploit fut la défense de Poitiers contre l'amiral de Coligny ( 1 569) ; et , tout glorieux de lui avoir fait lever le siège de cette ville, il alla se ranger dans l'armée royale, sur le champ de bataille de Moncontour. Heureux s'il n'eût pas autrement poursuivi la vengeance de son père! Mais, pour assouvir plus sûrement sa haine, il réclama le triste honneur de diriger les scènes de sang qui remplirent la nuit de la Saint- Barthélémy, et l'on sait quelle part il eut à l'assassinat de Coligny (157a). Dans la guerre qui suivit ce massacre, le duc de Cuise, vainqueur des huguenots à Dormans, reçut une blessure au visage, à laquelle il dut le surnom populaire de Balafré. Mais ce fut lorsque la sainte Ligue se forma pour empêcher le triomphe de l'hérésie en France que commença véritablement la haute fortune du duc de Guise. Reconnu pour chef par ce grand parti, il en fit le puissant instrument de son ambition et lui donna pour alliés le pape Grégoire XIII , le roi d'Espagne Philippe II , tout ce qui voulait , en Europe , le triomphe de la foi catholique. Quand la mort du duc d'Anjou eut fait le roi de Navarre héritier de la couronne, les réclamations de la Ligue devinrent mieux fondées et les menées du duc de Guise plus hardies. En même temps qu'il décriait, dans
l'opinion des peuples, le gouvernement honteux de Henri III par des libelles répandus d'un bout à l'autre du royaume, il faisait revivre, en faveur des princes lorrains, descendants de Charlemagne, un droit prétendu d'hérédité au trône de France. La victoire qu'il remporta à Vimory, près de Montargis, sur l'armée allemande, venue au secours des huguenots (16 octobre i58y), donna un nouvel essor à sa popularité , et lui permit de tout oser. Dans un conseil des chefs de la sainte Union, tenu à Nancy, onze articles furent arrêtés et signifiés impérieusement à Henri III, qui, s'il les repoussait, devait avoir à combattre les huguenots d'un côté et la Ligue de l'autre (janvier 1 588). Bientôt, malgré les ordres du roi, le duc de Guise arrive à Paris, l'emprisonne dans des barricades poussées jusqu'aux portes du Louvre, et le réduit à fuir sa capitale (i3 mai 1 588). Les ligueurs les plus résolus eussent voulu que le duc de Guise poursuivît alors sa victoire; mais il crut que la couronne tomberait du front humilié de Henri III , sans qu'il fût obligé de la lui arracher par la violence, et il se contenta de paraître aux états de Blois avec le titre de lieutenant général du royaume et les forces de la Ligue rassemblées autour de lui. Toutes les pensées du roi n'eurent pour but dès lors que de se défaire par un crime de l'ennemi qui se livrait si imprudemment à sa vengeance. Le matin du 2 3 décembre, comme le duc de Guise entrait dans le cabinet de Henri III , les gardes de ce prince le massacrèrent. Il était dans la trente-huitième année de son âge.