ACTE DEUXIÈME
Après l'avoir signé, qu'à le lire à genoux ;
Se levant.
Mais, si dans ses erreurs ton orgueil persévère,
Redoute, Galilée, un châtiment sévère.
Quant à croire échapper au sacré tribunal
En te réfugiant sous le manteau ducal ,
C'est folie; en eût-il le désir sacrilège,
Le duc n'est pas de taille à braver le saint-siége.
GALILÉE
Qui sait!
l'inquisiteur.
Songe à Bruno; rappelle-toi sa mort, Et, trente ans après lui, prends garde au même sort.
GALILÉE, après avoir parcouru des jeux la rétractation.
Je rends très-humblement grâce à Leurs Éminences, Et je voudrais agir suivant leurs convenances ; Mais quoi! sans outrager Dieu que j'attesterais, Puis-je déclarer faux les points que je crois vrais?
l'inquisiteur.
Il n'est de vérité que dans les Écritures; Tout le reste est erreur, visions, impostures; Ce qu'on croit de contraire à leur enseignement N'est pas une clarté, c'est un aveuglement.
GALILÉE
GALILÉE
Oui , la foi du chrétien par leur règle est régie ;
Leur seule autorité règne en théologie ,
Et l'adoration doit courber nos esprits
Sous les dogmes divins que l'on y voit inscrits;
Mais le monde physique échappe a leur domaine;
Dieu Je livre en entier à la dispute humaine;
Comme il s'agit d'objets qui tombent sous les sens
Les sens et la raison s'y montrent tout-puissants;
L'autorité se tait; nul ordre ne peut faire
Des rayons inégaux au centre de la sphère,
Nul ne peut d'hérésie accuser le compas,
Ni décréter qu'un corps tournant ne tourne pas.
L'œil est juge, en un mot, de l'univers visible.
Si le dogme immuable est fixé par la Bible,
La science répugne à l'immobilité ,
Et, mourant dans les fers, vit par la liberté.
Il lui faut le grand jour, l'espace et l'aventure;
Marcher , toujours marcher , ainsi veut sa nature ;
Chaque siècle la pousse et la lègue au suivant ,
Qui la prend avancée et la porte en avant.
Et, nous qui recevons son antique héritage
Enrichi des progrès accomplis d'âge en âge ,