‹ Galilée drame en trois actes en versChapitre 50 sur 58 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

Qui des traditions habitez les ornières, 0 médiocrités, toujours riches d'amis, Doctes commentateurs des systèmes admis, Pédants, qui dans un livre étudiez les mondes, Et pour qui les erreurs sont en profits fécondes !

Se levant et allant vers Niccolini et Vivian.

— Soyez contents, amis! Oui, je commence à voir

Que deux et deux font cinq, et que le blanc est noir;

Je dirai désormais ce qu'on voudra; j'avoue

Que le Soleil est plat et grand comme une roue ,

Que la Lune en son plein est un visage rond,

Où l'on voit clairement l'œil , la bouche et le front ,

Et tiens pour troublant l'ordre , empoisonnant les âmes ,

Quiconque sur ce point se rit des bonnes femmes.

Soyez contents; c'est fait : le savant a vécu.

Il fut un Galilée , un homme convaincu ;

Qu'en reste-t-il? Ce corps qui s' affaisse et se courbe,

Lampe éteinte, ressort détendu, langue fourbe.

Tombant à genoux.

Dieu, qui lis dans mon âme, et qui vois mes combats , Tu sais que le bûcher ne m'épouvante pas , Et que, si pour ta gloire il faut que je périsse, J'irai sans chanceler au-devant du supplice ; Mais, contre les bourreaux solide et triomphant,

8t> GALILÉE.

Je suis faible et vaincu sous les pleurs d'une enfant,

Et, par ces prompts retours que la nature opère,

Je cherche le héros et ne trouve qu'un père. .

— Tu le sais, ô mon Dieu, j'ai fait ce que j'ai pu;

Mais quoi ! par certains chocs tout courage est rompu ;

L'homme, qui se soutient tant que ton bras le mène,

Ne peut aller plus loin, seul, que la force humaine.

Donne-moi donc, Seigneur, la puissance qu'il faut

Pour dompter la nature et vaincre son assaut,

Ou bien pardonne-moi si, faible créature,

Les pleurs de mon enfant me forcent au parjure.

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