‹ Galilée les droits de la science et la méthode des sciences physiquesChapitre 8 sur 52 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Premières attaques théologiques contre Galilée (1611 à 1615). —Galilée accusé par deux dominicains devant l’inquisition romaine, et forcé de promettre de ne plus enseigner le mouvement delà terre (1615 à 1616). — Le système de Copernic condamné par la congrégation de l’index (1616).

En astronomie comme en mécanique, par les découvertes de Galilée et par les révélations de son télescope, la lumière se faisait, etlespéripatéliciens se sentaient vaincus sur le terrain de l’observation scientifique. En effet, par les étoiles nouvelles de 1572 et de 1604, par les taches solaires variables, et par les conséquences que Galilée tirait de ces faits, leur dogme de l’immutabilité des cieux était détruit, et dans les cieux comme sur la terre il fallait constater une variabilité dont il s’agissait de découvrir les lois fixes et sages ; la rotation du soleil prouvait la possibilité de la rotation de la terre; notre globe pouvait être une planète, puisque la lune était une petite terre avec des montagnes et des vallées; la terre, planète, pouvait avoir la lune pour satellite, puisqu’une autre planète, Jupiter, avait quatre satellites ; les phases de Vénus et de Mars, et la variation considérable de leurs diamètres apparents vus au télescope, prouvaient qu’au lieu d’être le centre de leurs révolutions, la terre était placée entre ces deux corps parmi les planètes. Enfin l’on entrevoyait la possibilité inquiétante d'une hypothèse d’après laquelle les planètes seraient habitées par des êtres intelligents, peut-être par des hommes. Ces découvertes aslrono-

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iniques si rapides portaient le coup de grâce à la physique péripatéticienne, déjà abattue par les découvertes antérieures de Galilée sur les lois mécaniques de l’inertie, de l’impulsion et de la pesanteur. M. de Falloux a bien montré que la cause première des persécutions dirigées contre Galilée fut la frayeur excitée par la rénovation soudaine qu’il introduisait dans la philosophie en même temps que dans les sciences : il semblait, non-seulement aux rivaux haineux, mais aussi aux esprits timides et à courte vue, qu'avec le péripatétisme ébranlé tout allait menacer ruine, même la religion : comme si les paroles d’Aristote devaient être assimilées à celles qui ne passeront pas ! Cette frayeur était mal fondée et très-imprudente ; mais, chez certains hommes, elle était sincère. La fin tragique de Ramus, en 1572, et l’édit de 1624, dont nous parlerons plus loin, prouvent qu’on n’était pas plus tolérant en France qu’en Italie pour les doctrines nouvelles, de quelque nature qu’elles lussent.

En Toscane comme à Rome, les péripatéticiens étaient loin d’avoir tous la modération de Lagalla : beaucoup d’entre eux appelaient au secours de l’autorité chancelante d’Aristofe l’autorité de la Bible, au risque de la compromettre. Ils dirigeaient surtoutleurs attaques contre le système de Copernic, adopté par Galilée : ils transformaient- insidieusement en une question de théologie cette question déjà ancienne, qui jusqu’alors avait été considérée comme purement astronomique, et n’avait donné lieu à aucune accusation d’hérésie.

Au quinzième siècle, la doctrine du double mouvement de la terre, enseignée par le belge Nicolas de Cues, ne l’avait pas empêçhé de devenir cardinal. En 1535, l’allemand J. -A. Widmansladt avait soutenu à Rome la même doctrine de-

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vaut Clément VII et devantplusieurs cardinaux, et le pape lui avaitdonné, comme témoignage de satisfaction, un beau manuscritgrec. EnI543, lepapePaul III avait accepté volontiers la dédicace que le chanoine polonais Copernic lui avait faite de l’ouvrage dans lequel il exposait ce système qui porte son nom, et en celte même année la rotation de la terre était enseignée en Italie par Celio Calcagnini *. Nous avons vu qu’à la fin du seizième siècle l’allemand Wursteis donnait sans obstacle en Italie des leçons publiques en faveur du système de Copernic.

Au dix-septième siècle, Galilée, adversaire plus redoutable du péripatétisme, trouva moins de tolérance. Dès le mois de décembre 1611, l’archevêque de Florence Marzi Medici, ancien élève de Galilée à Pise, prenait parti contre lui dans des conférences de moines tenues dans son palais, et l’on pouvait s’attendre à quelque invective de la part des moines prédicateurs. Informé de cette situation, le peintre C'golo en avertit son ami Galilée par une lettre écrite de Rome le 16 décembre 1611. Déjà, quelques mois auparavant, en lui faisant connaître les menées de ses ennemis à Rome, Cigolo l’avait prévenu que ses ennemis de Florence étaient d’une méchanceté plus raffinée encore. Commençant à s’inquiéter, Galilée consulta le cardinal Conti sur la question théologique. Le cardinal lui répondit, le 7 juillet 1612, que, pour concilier le mouvement de la terre avec l’Écriture sainte, on serait obligé d’admettre, avec Diego de Zuniga, que l’Écriture sainte avait employé le langage vulgaire, et

1 Outre la première dissertation de Tiraboschi et un opuscule de M. de Morgan ( Notice bibliogr., n* xx), voyez M. Cantù, Hist.des Maliens, trad. fr., t. IX, p. 444-445.

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le cardinal ajoutait qu'on ne pouvait recourir à ce mode d’interprétation qu’en cas de nécessite' absolue. Le P. Lorini, moine dominicain à Florence , le futur dénonciateur de Galilée et l’un des chefs de la ligue formée contre lui en Toscane, lui écrivit cependant le 5 novembre 1612, pour démentir un bruit d’après lequel il aurait prêché contre lui; mais il ne lui cachait pas que dans une conversation il avait dit que l’opinion d 'Ipemic sur le mouvement de la terre lui paraissait contraire à la sainte Écriture. Dans une lettre du 5 janvier 1613 au prince Cesi, Galilée se moque de l'ignorance de ce P. Lorini, qui, ne connaissant pas Copernic, même de nom, le nomme Ipernic.

En 1613, dans ses Lettres sur les taches solaires 1 , Galilée publie son adhésion expresse au nouveau système du monde. Un savant disciple de Galilée, partisan avoué du nouveau système, le P. Benedetto Castelli, issu d’une noble famille de Brescia et moine bénédictin du mont Cassin*, étant devenu professeur de mathématiques à l’université de Pise, écrit à Galilée, le 6 novembre 1613, que Mgr Arturo d’Elci, provéditeur de cette université, lui a intimé l’avertissement de ne faire aucune allusion à ce système dans sa chaire. Vers la fin de 1615, Boscaglia, professeur de physique à l’université de Pise, se trouvant à la table du grand-duc avec son collègue le P. Castelli, opposa des textes de l’Écriture sainte à la doctrine du double mouvement de la terre, et le P. Castelli prit la défense de la doctrine incriminée. Par une lettre du 14 décembre 1613, le P. Castelli instruisit Galilée de cette discussion, à laquelle la grande-

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