‹ Gallia typographica (volume 2)Chapitre 21 sur 176 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

NOTICES SUR LES IMPRIMEURS

Auber (Henry), imprimeur à Caen (1563).

Une seule impression fait connaître ce typographe1 ; elle révèle de plus qu’il était l’associé, au moins momentané, d’un autre imprimeur, Louis Le Cordier, dont je n’ai pas rencontré le nom ailleurs. Ce Louis Le Cordier appartenait sans doute à une famille, qui a fourni d’autres imprimeurs caennais, comme Marin et Thomas Le Cordier et Jean Cordier, répertoriés à leur place alphabétique. Je n’ai aucun détail biographique sur Henry Auber, aucune donnée sur la durée de son exercice ; cet artiste semble n’avoir été que de passage à Caen; il faisait d’ailleurs profession de la religion réformée et comme la plupart des imprimeurs qui avaient embrassé la foi de Calvin, il aura été itinérant; je n’ai cependant rencontré son nom nulle part ailleurs et je ne crois pas qu’il ait été apparenté avec le libraire Richard Auber, de Rouen.

Aunay du Ronceray (Jacques), imprimeur à Lisieux (1708-1767).

Né et baptisé à Boisnay, dans l’élection deBernay2, le 26 avril 1681 3, Aunay du Ronceray fit son apprentissage dans l’atelier de

(1) Resolvtion de tovs les points de la religion chrestienne, comprise en dix liures, par Henry Bullingere, Ministre de l’Église de Zurich. / Nouuellement traduits, & mis en lumière pour facilement instruire le fidele en ce qu’il doit cognoistre & croire, contre tous assauts & doutes : persécutions & espouuantemens de la mort. Le tout reueu de nouueau : ensemble, une epistre pour la recommandation de l’œuure. / Ephes. II II . Ne soyons plus enfans flotans &

estans demenez çà et là à tous vents de doctrine, par la fallace des hommes. // A Caen, De l’Imprimerie de Henry Auber & Louis le Cordier. / 1 563 . (In 16. 3qo p. ch. et 2 f. n. ch. B. N., D2 357g.) — (2) B. N., Ms. fr. 22184, f° 2i5. —

(3) Voy. Documenta, n° 728, pièces produites, lettre A.

CALVADOS

Rémy Le Boullenger, et servit ensuite ce dernier, en qualité de compagnon, jusqu’au moment de son décès. A l’époque de cet événement, il se mit aussitôt sur les rangs pour être admis à remplacer son ancien maître 1 ; celui-ci avait bien un fils, mais comme on avait négligé de lui faire apprendre le latin2, tandis que, au contraire, du Ronceray avait fait de bonnes études dans les collèges de Navarre et de la Marche à Paris3 et était « congru en langues grecque et latine4 * », le Conseil d’Etat préféra lui donner la place et l’habilita à exercer par arrêt du 30 janvier 1708 3. Cela n’empêcha pas la veuve Le Boullenger et son fils, ainsi que Jean Godefroy, autre imprimeur de la ville, de faire opposition à sa réception6, mais ils en furent pour leurs frais de procédure et du Ronceray fut gardé dans la place. Dès le 19 août 1707, d’ailleurs, ce dernier avait été élu par l’évêque de Lisieux pour être l’imprimeur de son diocèse 7 et ce choix rendait sa situation presque inexpugnable; ilia conserva jusqu’au moment de son décès, survenu soixante ans plus tard. Jacques Aunay du Ronceray était alors dans sa 86e année ; il laissait une veuve, Marie Maillard, probablement beaucoup plus jeune que lui, car, après avoir conservé pendant quelque temps la direction de son entreprise, elle convola, l’année suivante, avec son prote, François-Bonaventure Mistral, qui n’avait guère que 36 ans 8.

La production de cet imprimeur a dû être considérable; l’enquête de 1764 constate en effet qu’il faisait rouler trois presses et n’occupait pas moins de six compagnons9; elle ajoute qu’il était riche et n’avait qu’une fille mariée. Ses travaux ont consisté principalement dans l’impression des actes de l’évêché, de ceux de l’administration civile et des labeurs de ville ; en dehors de cela, les bibliographes trouveront peu de chose à classer sous son nom : quelques vies de saints 10, des notices de confréries 11 et les années successives de Y Almanach de Lisieux , créé par lui, vers 1743, si je ne me trompe.

(1) Cf. Documenta, n° 725. — (2) Voy. Documenta, n* 728, pièces produites

lettre B. — (3) Voy. Documenta, n° 732, pièces produites, lettres D et E. —

(4) A. N., V6 809, arrêt du Conseil du 12 septembre 1707, requête préliminaire.

— (5) Voy. Documenta, n« 728. — (6) Cf. Documenta, n08 732 et 74b. — (7) Cf.

Documenta, n° 732, pièces produites, lettre A. — (8) Dans le t. II de son His-

toire de Lisieux, p. 328, Louis Du Bois dit à tort que Mistral avait épousé la

nièce de la veuve du Ronceray. — (9) B. N., Ms. fr. 22184, f° 2i5. — (10) Voy.

notamment : F., II, p. 2 [ 5. — (11) Ibid., I, p. 265.

G ALLIA TYPOGRAPHICA

Basly (Jean de), imprimeur (?)àCaen (1621-1622).

Deux livres portent la souscription de Jean de Basly ou Bally ; j’ai rencontré l’un à la Bibliothèque nationale 1 * * 4 * * * * *, l’autre appartient à la bibliothèque municipale de Caen2; en raison de la modalité de cette souscription, j’ai des doutes sur la véritable profession de Jean de Basly et je ne l’ai mentionné ici que pour mémoire.

Blaise (Thomas), imprimeur (?) à Caen (1622-1623).

De même que le précédent, ce personnage ne figure dans mon répertoire que sousréserves. Frère l’indique, datasses notes3, comme ayant été imprimeur-libraire à Caen en 1622 et 1623 ; mais je ne l’ai rencontré nulle part ailleurs.

Bouquet (François), imprimeur à Falaise (1789-1800).

Premier et seul imprimeur de Falaise sous l’ancien régime, François Bouquet ne fut d’ailleurs autorisé à ouvrir son atelier, que sur la pression exercée en haut lieu par les officiers municipaux et les notables de cette ville ; l’administration commençait dès ce moment à se montrer moins intransigeante que précédemment et il suffisait souvent, non pas de demander, mais d’exiger, pour recevoir. Dans le courant du mois de novembre 1789, sans doute, les officiers municipaux et les notables de Falaise présentèrent en effet requête au Conseil d’État et lui exposèrent que la ville « exigeait qu’on y établisse une imprimerie », tant à cause de son éloignement de tout centre typographique, qu’à raison de l’utilité qu’en retireraient « sa population et son commerce très considérables » ; ils proposaient en outre pour être le titulaire de ce nouvel établissement, « le sieur François Bouquet, libraire et propriétaire des usages du diocèse de Séez et d’un ouvrage périodique 4, réunissant

(1) Traicté de la phlébotomie. Où selon la doctrine des Anciens & Modernes

approuuez, Est contenue la manière de bien & artificiellement saigner. Par Pierre

Hevrtavlt chirurgien juré à Caen. // A Caen, Chez Iean de Basly. M.DC.XXII.

(In 16. 66 f. ch. sll. B.N., Te10 40.) — (2) Le Préservatif contre la peste. Avec le

moyen de garir ceux, qui en sont affligez. Recueilly des escrits des Médecins

tant anciens que modernes, par Pierre Hevrtault Chirurgien Juré à Caen.

Necessaire à toutes personnes. [Vign. typogr.] A Caen, Chez Iean de Bally, à

l’Estepe. M.DC.XXI. (Pet. in 8. 59 p. ch. Bibl. de Caen.) — (3) Liasse io3. — (4)

Le premier recueil de cette nature, qui soit signalé pour Falaise, dans le

CALVADOS

par son honnêteté et son intelligence tous les suffrages de ses concitoyens ». Simple libraire, Bouquet n’avait fait aucun apprentissage de l’imprimerie, il fut néanmoins habilité à l’exercer et l’arrêt du 7 décembre 1789 décide qu’il sera reçu, « quoiqu’il n’ait point rempli les formalités prescrites par les réglements, dont Sa Majesté le dispense par grâce et sans tirer à conséquence1 ».

Brenouzet (Les), imprimeurs à Caen (1589-1629).

Deux Brenouzet ont exercé l’imprimerie et la librairie à Caen : l’un, Jacques, s’est signalé par quelques ouvrages; l’autre n’est connu de moi que documentairement.

I. Jacques (1589-1619) était établi dans la Froide Rue, à la Çour de Sens; son ouvrage le plus ancien est de 1 5 89 2 ; son plus moderne est de 1628 3, mais il a encore travaillé, en 1629, en la société de Michel Yvon4. Je ne possède aucun renseignement biographique sur son compte.

II. François (1599-1609). Il était probablement frère du précédent. J’ai rencontré son nom dans un arrêt du Conseil d’Etat du 26 octobre 1609 5; on y vise un arrêt du Parlement de Rouen, du 13 janvier 1599, déboutant d’une demande en entérinement de lettres de privilège qu’il avait obtenues en 1608 (!) pour l’impression des édits et ordonnances du roi; la date de l’arrêt doit être inexacte et il faut sans doute lire 1609 au lieu de 1599.

Briard (Les), famille d’imprimeurs de Bayeux et de Caen (1660-

A. Bayeux.

I. Marin (1660-1700). Il était, suivant ce que dit Frédéric Plu-

Manuel du bibliographe normand , n’est pourtant que de 1 8 1 3 . Hatin n’en cite non plus aucun dans sa Bibliographie de la presse.

(1) Voy. Documenta, n° 945. — (2) ^Discovrs entier, et véritable des entreprinses & conspirations sécrétés faites contre la personne de Henry de Yallois, tres-Chrestien Roy de France & de Pologne : dont est ensuvvie sa mort par la main d’vn ieune Iacobin, le premier iodr d’Aoust 1 58g . Pensans par ce moyen les ennemis de la Couronne réduire toute la France à leur deuotion. ^ Ensemble la conuocation que le Roy, auat que de mourir, a faite des Princes du sang. Seigneurs, & Gentilshommes estans en son Armee, auec les Chefs des Estrangers, leur déclarant sa derniere volonté. //^ A Caen, de l’Imprimerie de laques Brenouzet, demourant à froideruë. 1589. (In 16. 8 f. n. ch. B. N., Lb3,,792.) — (3) Voy. G. Lavalley, Cat. des ouvr. normands de la Bibl. de Caen, t. III, p. 1 19. — (4) Ibid. — (5) Cf. Documenta, n° 568.

G ALLIA TYPOGRAPHICA

quet, successeur de Pierre Le Roux, et n’imprima que « des feuilles volantes et des livrets de dévotion1». D’après l’enquête de 1701, Marin Briard décéda au mois d’avril 1700 et sa veuve continua, jusqu’en 1717, de faire rouler la seule presse qu’ils aient jamais possédée.

IL Jean (1675-1677). Voici ce que dit F. Pluquet à son sujet : « Jean Briard n’imprima guère mieux que ses prédécesseurs ; aussi les mandements, les livres de liturgie et de classe continuèrent-ils à s’imprimer à Caen. Il mourut en 1719. » Ces renseignements sont à peu près exacts, sauf que Jean Briard n’a pas eu de prédécesseur et ne décéda pas à l’époque indiquée. La vérité, c’est que, très probablement, il était frère du précédent et essaya, sans y réussir, la ville ne comportant point cette dualité d’ateliers, d’y soutenir un second établissement. Né au bourg de Cheux (Canton de Tillysur-Seulles, Calvados) vers 16502, il avait fait son apprentissage à Caen, chez Claude Le Blanc et, après avoir servi, en qualité de compagnon, à Lisieux, à Rouen et à Paris, il était allé ouvrir un établissement à Bayeux en 1675 3 ou plutôt, un très modeste atelier en la maison de Jean Berton, fourbisseur dans la rue de Saint- Malo, ainsi que nous l’apprend son acte de mariage, reproduit plus loin; il ne tarda pas à abandonner cette ville qui ne lui offrait pas les ressources suffisantes pour vivre de sa profession, et dixhuit mois plus tard (1677), il s’installait à Caen, où nous allons le retrouver un peu plus bas (Voy. infra, paragraphe IV).

III. Gabriel (1717-1770) aurait, suivant M. Pluquet, succédé au précédent en 1721 ; cette date, bien qu’erronée, a été également adoptée par Frère. Il résulte des documents que ce Gabriel était fils de Marin 4 *, qu’il avait vu le jour à Bayeux vers 1665 3 et qu’il avait été reçu imprimeur, en remplacement de sa mère, par une simple ordonnance du lieutenant général de police de la même ville du 10 avril 1717 6. Il avait à peine commencé à exercer sa profession qu’un arrêt du Conseil du 4 septembre suivant lui ordonnait, sous une astreinte de quinze jours et sous menace de fermeture de son atelier, de représenter les titres en vertu desquels il imprimait7. Gabriel ne paraît pas avoir tenu compte de ces prescriptions, puis-

(1) Essai histor. sur Bayeux, p. 242. — (2) D’après la supputation de l’âge

(5o ans) indiqué par lui à l’enquête de 1701.— (3) B. N., Ms. fr. n. a. 390, P 177

(Enquête de 1701).— (4) A. N., V6 852, qualités de l’arrêt du Conseil d’État du 9

août 1720. — (5) D’après la supputation de son âge lors de son décès. — (6) A.

N,, Ve 852, qualités de l’arrêt cité. — (7) Voy. Documenta, n° 763.

CALVADOS

que, moins de trois ans plus tard, Jean-Augustin Duval obtenait l’autorisation de s’installer dans la même ville et que, en outre, défense était faite au successeur de Marin Briard de continuer à exercer l’imprimerie et qu’il lui était enjoint de se défaire, dans un mois au plus tard, de tout son matériel typographique l *. Cette fois, Gabriel Briard prit peur et s’empressa d’adresser requête au Conseil : il y défendit si bien sa cause, qu’un arrêt du Ier février 1721 l’autorisa à rester imprimeur, concurremment avec son adversaire, à la condition toutefois que le premier mourant ne serait pas remplacé “C Cette clause n’eut pas à recevoir son application, car, tandis qu’au bout de quelques années, Duval abandonnait Bayeux, Briard y maintenait son établissement durant une période de temps considérable, puisqu’il était encore en fonctions quand il décéda en 1770 3. F. Pluquet constate avec raison que Gabriel Briard fut le meilleur typographe bayeusain ; on a de lui, dit cet auteur, « plusieurs ouvrages très bien imprimés, tels que le Bréviaire de M. de Luynes, en 4 parties, petit texte à 2 colonnes, in 8, 1738 ; les

Grandeurs de Jésus-Christ, poème par M. de Montfleury, 1752, in 8, avec vignettes et texte encadré; l’Almanach du diocèse, par Outhier, 1750 et années suivantes 4 ». D’après l’enquête de 1764, cet imprimeur ne possédait que les deux presses réglementaires et n’employait qu’un compagnon 5 ; il laissa son établissement à sa veuve, qui continua à le diriger jusqu’au 13 octobre 1775, époque où elle démissionna en faveur d’Antoine-Jean Nicolle.

B. Caen .

IV. Jean (1677-1720). Nous avons vu plus haut que Jean Briard quitta Bayeux en 1677 ; deux ans plus tôt, il avait épousé à Caen °,

(1) Cf. Documenta, n° 781. ~ (2) Voy. Documenta, n° 784. — (3) Arch. Comm. de Bayeux : « Le 3o mars 1770, par moy curé de Stü Madeleine, a été inhumé dans l’église de cette paroisse, le corps de Gabriel Briard, âgé d’environ 85 ans. muni des sacrements de l’église, en présence de Jean-Baptiste Langlois, prêtre obitier, vicaire de cette paroisse, et de Gabriel Denise, custos, qui ont signé sur le présent. » (Communie, de M. l’abbé Le Male, obligeant érudit de Bayeux.) — (4) Voy. également F., t. I, p. 149 ; t. II, pp. 262, 322 et 357. — (5) B. N., Ms. fr. 22184, f° 5q. — (6) Arch. Comm. de Caen, Paroisse Notre Dame, Reg. 7 : « Le Samedy 21e de septembre 1675, a esté célebray (sic)... le mariage d’honneste

homme Jean Briard, de la paroisse de S. Malo de Bayeux, et d’honneste fille Anne Le Blanc, de nostre paroisse, après la proclamation d’un baon faict et

publié le dimanche i5° dud. mois et an... et après que led. Briard nous a fait apparoistre une attestation du sieur Curé de Saint Malo, en date du 190 du

courant, signée Jean, avec un paraphe, et une dispence des deux autres baons

obtenue de M. l’Official de Bayeux, en date dud. jour, signée Lamy et Gaucher, G. Lepreux. Gallia Typographica. D. III. 28

GACLIA TYPOGRAPHICA

la fil te d’un libraire de cette ville ; aussi là choisit-il pour y fonder un nouvel établissement; il l’installa dans la Froide rue1, où se trouvaient presque tous ses collègues et il y travailla pendant plus 40 ans avec une certaine habileté et quelque succès. Il était, en 1701, à la tête de trois presses et se faisait aider par ses fils, auxquels était adjoint un compagnon, nommé Marin Le Petit 2. Jean Briard mourut en 1720 3, laissant une veuve et plusieurs enfants, parmi lesquels deux fils : l’un, prénommé Gabriel, lui succéda; l’autre, appelé Jean, était à cette époque installé depuis quelque temps déjà à Séez, dans le département de l’Orne 4.

V. Gabriel (1723-1729). Fils du précédent, baptisé à Gaen le 17 septembre 1679 5> il eut quelque peine à obtenir l’autorisation de continuer l’exercice de sa profession. Le 7 décembre 1720, il

s’était pourvu d’un arrêt du Conseil d’Etat, qui l’avait renvoyé, suivant l’usage, devant le Lieutenant général de police de Caen G puis, bien que ce magistrat eût donné un avis favorable à sa réception, après avoir constaté sa capacité dans son art et sa connaissance des langues grecque et latine, Gabriel n’avait été admis, par un arrêt subséquent du Ier mars 1721 7, qu’à exercer l’état de libraire. Aussi, revint-il à la charge, et enfin, un arrêt du 27 avril 1723 ordonna qu’il serait reçu imprimeur à Caen, en la place que son père avait occupée 8. Gabriel Briard n’eut pas la satisfaction de faire

avec deux paraphes et un sceau des armes de Msr de Bayeux, apposé au dessous, led. sieur Jean Briard, âgé environ de 26 ans, faisant la profession d’imprimeur et sa demeure actuelle en la maison de Joseph Béton, fourbisseur, rue et paroisse de S. Malo à Bayeux, et ladite Anne Le Blanc, âgée environ de 17 ans, faisant sa résidence chez sa mère, en la maison du sieur Timent, en la petite rue de Froiderue... En présence de Gabriel Briard et de Judith Piquard, Nicolas Briard, Marie Beaurast, mère de lad. Anne Le Blanc, Claude Le Blanc, Laurens Le Grand. »

(1) Voy. entre autres : — Lexicon, medicum etymologicum, In quo præter tria Etymologiarum millia Medicinæ, Chirurgiæ, Pharmaciæ, Chymiæ & Botanices quater mille obscura vocabula elucidantur Authore M. Joan. Bapt. Callard, de la Ducquerie, Cadomi Regis Consiltario medico, Professore Regio, & Decano. Editio nova longé locupletior [Une couronne royale.] Cadomi, Apud Joannem Briard. M.DC.XCIII. Cvm privilegio Regis. [A la fin de l’Avis au Lecteur]: Cadomi, ex Typographiâ 1. Briard, Viâ frigidà. (In- 16. 372 et 23g p. ch. sll. B. N., T27 i5 ) — (2) B. N., Ms. fr. n. a. 399, f° 177. — (3) A. N., V6 853, Arrêt du Conseil du 7 décembre 1720, requête préliminaire.

— (4) Voy. dans le second volume, la cinquième partie. — (5) Arch. Comm. de Caen, Paroisse Notre Dame, Reg. 9 : « Le Dimanche 17e septembre 1679 a esté baptisé un fils issu de Jean Briard et Anne Le Blanc, né de mercredy dernier sur les six heures du soir, lequel a esté nommé Gabriel par Gabriel Briard... »

— (6) A N., V6 853 — (7) A. N., V6 85q. — • (8) Voy. Documenta, n° 798.

CALVADOS

rouler ses presses pendant de longues années : six ans s’étaient à peine écoulés depuis sa réception définitive, que la mort venait l’en séparer, le 17 décembre 1729 L L’entreprise fut continuée par sa veuve -, née X. Buard, sa seconde femme morte elle-même vers 1737, après avoir été, l’année précédente, englobée dans une affaire d'imprimerie clandestine, à Paris, où travaillait son beau-fils, sans doute Louis Corne Briard, ce qui lui avait valu de passer quelques jours à la Bastille 4.

Cardonnel (Pierre de), imprimeur à Caen (1644-1646).

J’ai déjà fourni quelques lignes dans un précédent volume 3, sur ce riche bourgeois de Caen, épris tout à coup, après avoir fait fortune dans le commerce, du désir d’imprimer et de donner au public d’importants ouvrages, pour l’exécution desquels il entendait faire usage de caractères orientaux, qu’il avait sans doute acquis de Jean Jannon. Avec l’aide de cet ancien imprimeur de Paris et de Sedan, et d’un compagnon, nommé Pierre Capelle, originaire de Genève, et appartenant tous deux, comme lui, à la religion prétendue réformée, Pierre de Cardonnel travaillait au seul ouvrage qu’il ait pu mettre au jour, lorsqu’un arrêt du Parlement de Rouen, du 4 mars 1644 6, vint entraver son entreprise et ordonna la saisie de tout son matériel typographique. Il ne me reste plus pour compléter ces renseignements qu'à renvoyer le lecteur au procès-verbal de cette saisie 7 et à donner ici le texte d’un mémoire que Car-

(1 ) Cf. Documenta, n° 835, pièces produites, lettre D. Cf. aussi : Arch. Conim. de Caen, Par. Notre-Dame, Reg. 19 : « Ce Dimanche 18e décembre 1729... avons inhumé dans P église le corps de Gabriel Briard, décédé d’hyer, âgéde 52 ans... présence de Me Nicolas Lepidorge, prêtre de Sl-Sauveur, professeur de Rhétorique du Collège des Arts, et de Louis-Come Briard, fils du détunt. » — (2) J. f M. A Son Eminence Monseigneur le Cardinal de Bissy, Evêque de Meaux. Ipse liberavit me de ïaqiteo venant ium, & à verbo aspero. Psal. go. [Signé : Graindorge, prêtre de l’Oratoire, Caen, 20 février 1723.] — A Caen, Chez la Veuve de Gabriel Briard, Imprimeur Libraire à Froiderüe. (In-q. 4 p. ch. B. N., Ld'1 1 332. ) — (3) Voici l’acte de son premier mariage, rencontré aux Arch. Comrn. de Caen, paroisse Notre-Dame, reg. i5 : « Le Mardy 3e juillet a esté par nous, fait et célébré le mariage entre Gabriel Briard, fils de Jean, et de Anne Le Blanc, d’une part, et Jeanne Centsols, fille de feu Pierre, et de Françoise Fullet, tous deux de cette paroisse, après la publication... présence de Jean Briard, père dudit époux. Anne Le Blanc, mère dudit Gabriel, Jeanne-Ursule Briard, sœur dudit Gabriel, Françoise Heusé, Anne Centsols, sœur de ladite Jeanne, Pierre Fichard, et plusieurs autres. » — (4) Cf. Documenta, n° 855. — (6) Voy. Gallia Typographica , sér. départ., t. II, p. 22. — (6) Voy. Documenta, n° 640. — (7) Voy. Documenta, n° 641.

donnel envoya au Garde des sceaux et qui n'eut d’autre résultat, semble-t-il, que de lui permettre d’achever le superbe volume dont il avait commencé l’impression L Voici donc pour terminer la teneur du mémoire en question :

« Mémoire à Monseigneur le Chancelier Pour le Sieur Cardonnel , marchand delà ville de Caen. Le Sieur Cardonnel, marchand de la ville de Caen et y demeurant, ayant esté institué es bonnes lettres, a tousjours conservé de l’affection pour ceux qui les ayment et cultivent, et désirant contribuer ce qui est de son industrie pour le bien publicq, il a achapté un grand nombre de charactères de toutes sortes, mesmes pour les langues orientalles par l’advis du sieur Sergius, parent du Sieur Gabriel Sionita, professeur es langues orientalles. Il a pris à ses gaiges le sieur Jannon fort entendu en l’art d’imprimerie et qui en a faict longuement la profession dans l’imprimerie des Estiennes à Paris et est porteur de tesmoignages et attestations des personnes d’honneur qui servent de cauxtion et d’asseurance de sa suffisance et probité. — Il a recouvré des escripts de proverbes et moralitez arabes, traduits en latin, avec des notes exquises, des traittées des animaux, plantes, pierres précieuses, astres et autres choses curieuses dont est faict mention dans la Bible; il ne] mettra rien soubz la presse qu’il n’en ayt présenté une coppie fidelle à Monseigneur le Chancelier, qui commettra telles personnes qu’il luy plaira pourla veoir et examiner, afin puis après d’en donner le privillège en la forme et manière accGustumée. Entend se soubmettre à la rigueur des lois de l’Imprimerie en cas qu’il y contrevienne, aux status et ordonnances de ladicte ville de Caen, mesmes à telles conditions qu’il plaira à Monseigneur le Chancelier lui enjoindre et commander. Et afin que la religion dont faict profession ledict Cardonnel ne serve poinct de prétexte à ses ennemis de calomnier un sy noble et généreux desseing, il s’oblige à la perte des biens et honneur en cas qu’il imprime aucune chose et d’autre nature de science que celles cy-dessus spéciffiées, mesmes d’associer avec seoy les Sieurs Biaise Cramoisy

(i) Geographiæ sacræ pars prior Phaleg sev de dispersione gentivm et terrarvm divisione facta in ædificatione turris Babel. Cvra tabvla chorographia, & duplici Indice, I. Locorum Scripturæ. 2. Rerum & Verborum. Adiecti sunttresalij Indices in fine totius operis. Authore Samvele Bocharto. [Arm. de France.] Cadomi, Typis Pétri Cardonelli. À.M.DC.XLVI. Cum Priuilegio Regis & fœdatarum Belgij Prouinciarum. (In-f° 864 p. ch. sli. et lesta. B. N., A. 1377. — U est fait emploi dans le courant du texte de caractères grecs, hébreux et phéniciens. Les cartes gravées sont signées : R. Hubert f. Cadomi.)

CALVADOS

ou tel autre Catholique Romain qu’il plaira à Monseigneur le Chancelier nommer à conditions justes et équitables. Monseigneur le Chancelier trouvant la manière cy-dessus raisonnable commandera s’il luy plaist à quelquun de ses secrétaires d’escrire à Monsieur le Procureur Général du Parlement de Rouen, pour faire modérer l’arrest qui a esté rendu sur sa réquisition audict Parlement soubz un faux donné à entendre, en conséquence duquel tous ses charactères ont esté saisis. Et ledict continuera de prier Dieu pour sa prospérité et grandeur. (Signé): de Cardonnel '. »

Il est fâcheux que tant de bonne volonté et de si louables intentions n’aient pas trouvé plus d’écho en haut lieu.

Cavelier (Les), imprimeurs à Caen (1607-1744).

Bien qu’elle ne remonte pas à une haute antiquité dans l’histoire de l’imprimerie, cette famille d’imprimeurs a joué un rôle assez important, aux xvne et xvme siècles ; elle a fourni successivement, durant l’espace de près d’un siècle et demi, les trois personnages que je vais présenter aux lecteurs, en rectifiant et amplifiant dans une assez large mesure les notices que Frère leur a consacrées dans son Manuel du bibliographe normand “1 2.

I. Adam (1607-1654). Il aurait exercé son art, suivant Frère, de 1607 à 1656. La première date paraît exacte et elle a pour fondement la souscription d’un opuscule que je décris ci-dessous3; quant à la seconde, elle est prématurée de deux ans, ainsi qu’on le verra bientôt. Probablement originaire de la ville même de Caen, Adam y avait installé son atelier à une adresse qui ne figure, à ma connaissance, sur aucune de ses productions, mais qui, suivant Frère, devait être « dans la rue des Jésuites, aujourd'hui de la rue de la Préfecture, » attendu qu’on y remarque encore, sur la façade de la maison portant le n° 30, un médaillon en bas-relief représentant un chevalier croisé, armé de toutes pièces, accompagné de la légende : In nomme tvo spernemvs insvrgentes in nobis, tirée du psaume 43, et de la date : 1628. La rue en question porte à présent le nom du célèbre archéologue Arcisse de Caumont et la maison dont s’agit le numéro 38, mais

(1) B. N., Ms. fr. 18600, f° 726. — (2) Tome I, pp. 2o3 et 204. — (3) Traité dv vin et dv sidre, Par Julien de Paulmier. Docteur en la faculté de Medecine

de Paris. /A Caen, Chez Adam Cavelier. M.DC.VII. (Pet. in-8, 87 ff. en., plus

3 ff. lim. n. ch. Une première édition en avait été donnée en 1 588 par Pierre Le il Chandelier, B. N., S. 14775.)

il est certain que le médaillon des Cavelier y a été encastré après coup, attendu que cette rue ne faisait pas partie de la paroisse Saint Sauveur du Marché, à laquelle appartenaient les Cavelier. Le renseignement est donc sans valeur. Ce cavalier, par une allusion au nom du typographe facile à saisir, et cette légende forment néanmoins la marque d’Adam Cavelier laquelle se rencontre en deux états sur un grand nombre de ses productions: i° en tout petit format et grossièrement gravée1; 2° en format plus grand et beaucoup plus finement dessinée et gravée en taille-douce2. Les différentes éditions sorties des presses de cet imprimeur se font remarquer par une typographie soignée et il paraît certain qu’il dut à son talent l’honneur d’être choisi par le roi, le 7 mars 1640 3, pour remplira Caen la charge de son imprimeur, dont Jacques Le Bas avait été précédemment le titulaire. Après avoir honorablement occupé cet emploi pendant 16 ans, Adam Cavelier songea àse retirer des affaires: le 22 janvier 1654, il en donnait sa démission et faisait agréer son fils pour le remplacer. Il est probable qu’il décéda à peu de temps de là.

Ce typographe a imprimé également pour les Jésuites et a orné leurs ouvrages du monogramme que ces religieux avaient adopté avec la devise : Laudabile nomen Domini 4; il a enfin mis au jour un

(1) Elle figure notamment sur cet ouvrage : EK TON TOY AI2QII0Y MY0ON EKAOrH. Fabulæ Æsopi selectiores. Accessit interpretatio, & vocum omnium explicatio. In usum studiosæ iuuentutis. [Marq. n° 1] Cadomi, Apud Adamvm Cavelier, Typographum Regium. M.DC.L. (In-12. 157 p. ch. Texte grec avec trad. latine interl. B. N., Yb 2490.) — (2) Voy. entre autres : A. / Ex Tibvllo et Propertio elegiæ : ex Catvllo, Martiale, Avsonio, alijsque scriptoribus tvrn antiquis tum recentibus Epigrammata selecta Et petito ex optimis interpretibus commentario breuissimè illustrata. [Marq. n’ 2. J Cadomi, Apud Adamvm Cavelier, 1619. ( I n - 1 6 . 703 p. ch. B. N., Yc. 7325). — B. / Ioannis Rvxellii In Cadomensi Academia Eloqventiæ et Philosophiæ Professoris regii Poemata. Hac secvnda editione in meliorem ordinem digesta, & aucta. Accesservnt eivsdem orationes, quæ inueniri potuerunt. [Marq. n° 2,] Cadomi, Ex Typographiâ Adami Cavelier. M DC. XXXVI. (ln-8. 3 19 p. ch. SU. Portr. de hauteur, à l’âge de 56 ans, gr. par L. Tiphaigne. B. N., Yc. 8579.) — (3) Cf. Documenta, no 63g . — (4) Voy. par exemple: — Response apologetiqve a l’anlicoton et à cevx de sa svite, Présente a la royne , inere dv roy, regenie en France. Ov il est monstré, qve les Autheurs anonymes de ces libelles diffamatoires sont attaints de crimes d’Heresie, leze Maiesté, Perfidie, Sacrilege, & tres-enorme imposture. Par vn Pere de la Compagnie de Iesvs. La vérité vous deliurera. loan. viij. xxij. Seconde édition, reueuë & augmentée par l’Autheur. [Marq. décrite.] A Caen. Chez Adam Cavelier. M.DC.XI. Auec Priuilege du Roy, & approbation des Docteurs. (In-12. 3 18 p. ch. (incomplet) B. N., Ld4 48, 1.)

CALVADOS

certain nombre de livres, sur lesquels il a remplacé sa marque par une tête d'ange ailée L

IL Jean (1654-1701). Fils du précédent, Jean naquit à Caen le 28 octobre 1624 1 2 et apprit son art dans la maison paternelle, où son apprentissage se prolongea, paraît-il, pendant 7 ans 3. Il avait atteint l’âge de 30 ans, lorsque son père prit le parti de lui remettre la direction de son établissement, en même temps qu’il démissionnait en sa faveur de sa charge d’imprimeur du roi. Jean obtint, en eftet, le 9 février 1654, les lettres c^e provision qui lui octroyaient cet emploi 4, et, à partir de ce moment, il signa seul toutes les productions de l’imprimerie, ajoutant bientôt à son titre d’imprimeur du Roi, celui d’imprimeur de l’Université. Plus savant que son père, il fut aussi habile typographe, mais bien que Frère assure qu’il avait adopté pour marque et devise les mêmes emblèmes que ceux choisis par Adam Cavelier, je suis dans l’obligation d’avouer que je ne les ai pas rencontrés une seule fois sur le titre des nombreux livres édités par Jean Cavelier que j’ai eus sous la main : je n’y ai vu pour toute ornementation que des fleurons, et surtout des corbeilles de fleurs et de fruits, pour lesquelles ce dernier semble avoir eu une sorte de prédilection 3. Mieux que son prédécesseur, il sut donner du

(1) Voy. : — Onomasticon novvm latino-græcum. In quo Puriores linguæ

Græcæ dictiones ordine suo referuntur. Editio prima. [Tête d’ange ailée.]

Cadomi, Apud Adamvm Cavelier, Typographum Regium. M.DC L. Cum

Priuilegio Regis. (In-16. i f. n. ch., 490 p. ch. et 1 f. n. ch. pour le Priv. accordé à Adam Cavelier le 28 août i65o. B. N., X. 9032.) — (2) Arch. com. de Caen, Paroisse S. Sauveur du Marché, Reg. 3: « Du 28e octobre 1624. Jean, fils d’Adam le Cavelier, et de Magdelaine [Guérin], sa femme, a esté baptisé, le nom luy ayant esté donné par honneste homme Jean Perier, bourgeois de cette paroisse, parrin, et Magdelaine Motel, femme de honneste homme, Jacques Le Miere, bourgeois de cette paroisse, marrine. » (3) B N., Ms. fr. n. a. 399, fo ! 78. — (4) Voy. Documenta, n°65o. — (5) Voy. notamment: A. / IacobiMosanti Briosii Poemata. [Corbeille.] Cadomi, Apud Ioannem Cavelier, Regis& Academiæ Typographum. M.DC.LXIII. (In-8. 184 p. ch. B. N., Yc. 8400.) — B. / Recveil des poésies qvi ont esté covronnées svr le pvy de l’immacvlée conception de la Vierge, Tenu à Caen dans les Grandes Escoles de l’Vniversité l’An 1667. [Corbeille.] A Caen, Chés Iean Cavelier, Imprimeur du Roy, & de l’Vniversité M.DC.LXVIII. (In- 12. 42 p. ch. B. N., Ye 7980. On lit en tête une longue dédicace en français par J. Cavelier, à François de Beauvillier, duc de Saint-Aignan, pair de France, gouverneur de Touraine, etc.) — C. / Iacobi Mosanti Briosii Epistolae. [Corbeille.] Cadomi, Apud Ioannem Cavelier, Regis & Academiæ Typographum. M DC.EXX. (Pet. -in-8, 276 p. ch. sll. B. N., Z. 14098.) — D. / Illustrissimo viro domino D. Carolo Francisco de Montholon, Augustissimi Normanorum Senatus Principi, dictus a Joanne Ballot, in Coll, Sylvano celeber. Cadomensis Academiae Rhetore, Panegyricus. [Corbeille.] Cadomi, Apud Joannem Cavelier, Regis & Academiae Typographum. M.DCC. (In -4 . 16 p. ch. B. N., Ln27 14650.)

relief à ses productions, en y insérant des dédicaces de sa composition soit en prose française 1 * * 4, soit même en vers latins 2. Ce ne sont pas là d’ailleurs les seules œuvres de son esprit, car on lui doit plusieurs traités sur les antiquités romaines 3, un éloge en style lapidaire du B. Grégoire I, supérieur de la maison des Cordeliers de Bayeux (1673) et une pièce de vers intitulée : Bajoca Sancta in Beatum Gregorium revivisc'ens 4 . Non content d’imprimer et d’écrire, Jean Cavelier rendit encore d’éminents services à sa ville natale, en remplissant les fonctions d’échevin, et enfin, il était parvenu à l’âge de 78 ans, lorsqu’il décéda le Ier juillet 1701 5.

La production typographique de Jean Cavelier est fort importante et cependant son matériel ne se composait que de 3 presses, desservies par 5 compagnons, dont l’enquête de 1701 nous a conservé les noms, savoir : Jean de Launey, Pierre Poignant, Jean Louvet, Marin Villy, Jean Lejeune, et Antoine Cavelier, fils de Jean6. Dans ses relations avec ses collègues, il se montra toujours conciliant, ce qui ne l’empêcha pas, en 1670 et 1671, de faire valoir énergiquement ses droits7, quand un imprimeur de Rouen, François I Vaultier, osa contrefaire Y Histoire sainte et poétique , du P. Gautruche8, dont il avait le privilège.

III. Antoine (1701-1744). Né à Caen le 15 septembre 1 65 8 9 et

(1) Voy. note précédente, lettre B. — (2) Cf. les pièces liinin. de : — Antonij Hallaei, regij eloquentiæ professoris, et musei sylvani gymnasiarchæ, in Academia Cadomensi Opuscula Miscellanea. [Fleuron.] Cadomi, Apud Joannem Cavelier, Regis & Academiæ Typographum. M. DC.LXXY. (In-8. 468 p. ch. sll. et 1 f. d’errata. Portr. de Fauteur, gr. par E. Gantrel. B. N., Rés. p. Yc. io53.) — (3) Voy. entre autres: — De Diis et Deabus, quas coluerint Romani. Cum Appendice De Sacerdotiis et Sacrifiais.// Cadomi, Apud Joannem Cavelier, Regis & Acad. Typograph. M.DC.XCIV. Cum Permissu. (Pet. in 1 6, 196 p. ch. sll. et l’index. B. N., J. 24886. Le nom de Fauteur, J. Cavelier, est dans le permis d’impr. et à la fin d’une épître en latin adressée: « Studiosae Antiquitatis Juventuti. ») — (4) Cf. F.,t. I, p. 2o3. — (5) Arch. Comm. de Caen, Paroisse S. Sauveur du Marché, Reg. i o : « Cejourdhuy 2e jour de juillet 1705, le corps de Jean le Cavelier, muni des sacrements et aagé de 72 ans, a esté inhumé dans la cha-

pelle sise dans cette église, par nous Jean Rogier, prestre, licencié de Sor-

bonne, curé de cette paroisse, présence des témoins soubsignés. » — (6) B. N., Ms. fr. n. a. 399, f° 178. — (7) Voy. Documenta, n° 673. — (8) L’Histoire poé-

tique pour l’intelligence des poètes etautheurs anciens. Par le Pere P. Gautruche de la Compagnie de Jésus. Quatrième édition, plus exacte que les precedentes.

Il A Caen, Chés Jean Cavelier, 1 658. (In-16. 23e p. Sommervogel, Bibl. de la C. de Jésus, t. 111, col. 1287.) — (9) Arch. Com. de Caen, Paroisse S. Sauveur

du Marché, Reg. 5: «Du i5c septembre 1 658, Anthoine, fils de honorable homme

maistre Jean le Cavelier, imprimeur du Roy, et Catherine Thymen, sa femme,

a esté baptisé, le nom lui ayant esté donné par vénérable et scientifique per-

sonne maistre... (illisible).., professeur en l’Université de Caen... ».

CALVADOS

fils du précédent, il succéda à son père, aussitôt celui-ci décédé, non seulement comme imprimeur ordinaire, mais encore en qualité de typographe du roi, dont la charge lui avait été conférée, en survivance de son père, par des lettres patentes du 18 juillet 1689 h Cependant, au début de l’année 1704, ayant eu vent de la nouvelle réglementation qui se préparait, pour réduire le nombre des imprimeurs, et sachant bien qu’il ne pouvait être assuré de conserver sa place qu’en se soumettant aux prescriptions de l’arrêt du 6 octobre 1667, relatif à la réception de ceux de sa profession, Antoine présenta requête au Conseil d’Etat et en obtint, le 26 février 1704, un arrêt conforme à ses vœux1 2. Les lettres patentes du roi portant confirmation des statuts de l’Académie des Belles-Lettres de Caen 4, furent l’une de ses premières impressions ; on y voit figurer sur le titre les armoiries de cette Compagnie, qui représentent la souche d’un vieil arbre donnant de nouveaux bourgeons, accompagnée de cette devise : le renais povr ne plus mourir , qu’il ne faudrait pas prendre pour une marque de notre imprimeur. Antoine Cavelier, fidèle observateur des traditions de son époque, n’eut d’autre emblème personnel qu’un cartouche contenant ses initiales entrelacées 3. En même temps qu’imprimeur du roi, le dernier des Cavelier était, comme son père, imprimeur de l’Université ; il travailla beaucoup pour le compte de cet établissement et sut, au surplus, s’en montrer reconnaissant. En 1728, en effet, il lui fit don d’unesomme de 2.000 livres pour la bibliothèque universitaire : cette générosité lui valut de grands remerciements et la demande de son portrait, qui figure encore aujourd'hui dans la galerie de la Bibliothèque municipale de Caen. « Mais pour être juste, écrit M. G. Lavalley5, il faut rappeler que l’imprimeur n’avait pas tout à fait oublié, dans cette circonstance, les intérêts de sa maison de commerce. Dans un manuscrit de la Bibliothèque de Caen (In f°, n° ni, f° 63), nous

(1) Voy. Documenta, n° 694. — (2) Voy. Documenta, n° 720. — (3) Lettres patentes avec les statuts pour l’Academie des Belles-Lettres établie en la ville de Caen. [Arm. de l’Académie.] A Caen, Chez Antoine Cavelier, Imprimeur ordinaire du Roy, de l’Université, & de l’Academie des Belles-Lettres. M.DCC V. (In-4. 12 p. 0 ch., et 7 p. ch. pour le Discours d'ouverture. B. N., F. 2 36 17, piece 97, 1 .) — (4) Voy.

par exemple : — Relation des rejouissances faites en l’Université de Caen, pour la n naissance de monseigneur le Dauphin. Le 28. novembre 172g. [Arm. de l’Univer-

sité ] A Caen, Chez Antoine Cavelier, seul Imprimeur du Roy, & de l'Université. Par ordre de l’Université. 1730. (In 4. 1 f. n. ch., 49 p. ch. A la fin, un

fleuron contenant les initiales A. C. entrelacées. La dédicace au Cardinal de

Fleury est signée: Carolus Boullard, doct méd. et prof, en l’LIniv. de Caen. B. N., Lb” 358.) — (5) Notice historique sur la Bibliothèque de Caen, p. 36.

voyons en effet qu’il donna cette somme à condition que les deux places d'imprimeur de T Université seraient réunies en faveur du sieur Pyron, son neveu... » C’était effectivement en même temps qu'un don gracieux, une prime d’assurance que payait le bon Cavelier; en 1718, son collègue Doublet avait essayé déjà de se faire agréer en

de Cavelier, il pourrait être pourvu à la nomination d’un second typographe de cet établissement. Il s’agissait donc pour lui de sauvegarder ses intérêts et ceux de son petit-neveu (et non son neveu), J.-C. Pyron, contre des tentatives semblables à celles de Doublet, qui furent renouvelées d’ailleurs par le même typographe, en 1731 L mais sans succès naturellement, après ce qui avait été décidé par TUniversité.

Antoine Cavelier décéda à Caen le 2 mai 17441 2 : comme il ne laissait pas d’enfant, sa place et ses titres passèrent alors aux mains de son petit-neveu, Jean-Claude Pyron.

Cesne (Les de), imprimeurs à Vire (1664-1743).

L’histoire de l’ancienne imprimerie viroise tient tout entière dans la biographie des trois membres de la famille de Cesne, que je

(1) Voici en effet ce qu’on peut lire à la page 368 du Journal d'un bourgeois de Caen, publié par G. Mancel (Caen et Paris, 1848, in-8) : « 173t. Le sieur

Pierre-François Doublet, imprimeur libraire à Caen, a présenté requête à TUniversité de cette ville, pour faire de nouveaux mouvements à l’effet d’être reçu en survivance du sieur Cavelier. Dès Tannée 1718, le sieur Doublet avait demandé à être reçu second imprimeur de l’Université, et fit sur cela des offres avantageuses. Le sieur Cavelier, jaloux de se conserver la qualité de seul imprimeur de TUniversité, en proposa de son côté ; sur quoi elle fit deux décrets des 26 avril et 25 mai 1718, par lesquels il fut résolu de conserver le sieur Cavelier seul imprimeur de TUniversité pendant sa vie seulement, et de ne pourvoir au second office d’imprimeur vacant, sauf et sans préjudice à TUniversité de se nommer deux imprimeurs, mort avenante du sieur Cavelier. Le sieur Cavelier a présenté sa requête en opposition, prétendant qu’on ne peut faire un affront plus signalé et injustice plus griève à un homme d’honneur, en possession d’un office à vie, sans reproche dans ses fonctions, et encore en état de les exercer avec toutes les capacités requises, que de vouloir attenter à sa survivance malgré lui. » — (2) Arch. Com. de Caen, Paroisse S. Sauveur du Marché, Reg. 18 : « Le samedy 2' jour de May 1744, le corps de M. Antoine Cavelier, imprimeur du Roy et de TUniversité, et ancien juge prieur consul de cette ville, aagé de go ans 7 mois i5 jours et muni .. a esté inhumé... par nous Pierre Buquet, docteur en théologie et bibliothécaire de TUniversité, promoteur en l’Official ité de cette ville, curé de cette paroisse, présence de M. Jean-Etienne Le Marchand, premier juge consul de cette ville, de M. Jacques Dejean, avocat du Roy au bailliage et siège présidial de cette ville et nepveu du défunt, et autres témoins soussignés. ».

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vais présenter au lecteur, car il n’y a pas lieu de tenir compte de la qualification d’imprimeur donnée par quelques bibliographes au libraire Antoine Chalmé, dont le nom figure, en 1775, sur un ouvrage du P. Auguste de Saint-Lô, capucin 1 * * 4, le livret en question ayant été imprimé à Paris par les soins de Nicolas-Léger Moutard.

I. Jean (1664-1704). « D’où était-il et quand est-il venu se fixer à Vire ?Nul ne le sait. » Telles sont les questions que se pose et la réponse déconcertante qu’y fait M. Fédérique, dans sa notice sur l’imprimerie de cette ville A Les mots nul ne le sait sont par trop excessifs, je vais le démontrer. Né en la paroisse de Sainte- Pience A à 9 kilomètres d’Avranches, vers 1633 4> Jean de Cesne fit 5 ans d’apprentissage dans cette dernière ville, chez Julien Lallemant, puis il entreprit son tour de France et travailla, pendant dix ans, comme compagnon, à Paris, chez Jean Tompère et JeanHénault 5. Vers la fin de Tannée 1663, il revenait dans son pays, et ayant remarqué que Vire, la ville la plus proche, après Coutances, de son lieu de naissance, ne possédait point d’imprimerie, il résolut de s’y fixer. Il obtint sans peine du lieutenant général de police et du procureur du roi à Vire toutes les autorisations nécessaires à cet effet 6 : dès Tannée suivante, il y débutait par l’impression d’un livre de controverse 7, et, le 2 février 1665, il y épousait une demoiselle Perrette Chesné 8. On 11e rencontre plus ensuite, parmi sept autres productions 9, sorties de Tunique presse 10 de cet imprimeur, qu’un seul livre intéressant. Certes, ce n’est pas un chefd’œuvre de typographie, — l’impression en est horriblement faite avec de vieux caractères, échappés de quelque boutique de brocanteur, mais c’est un petit ouvrage de haute curiosité, une véritable rareté bibliographique, puisqu’on n’en connaît que deux ou trois exemplaires tout au plus. La Bibliothèque nationale en possède un 11 , provenant du célèbre Huet, évêque d’Avranches ; Brunet ne croit

(1) Voy. F., t. I, p. 55 et Quérard, France litt., 1. 1, p. i3o. — (2} Voy. supra, p. 423,

note 1. — (3) B. N., Ms. fr. n. a. 399, f° 198. — (4) D’après la supputation de l’âge

(68 ans) déclaré par lui à l’enquête de 1701 (B. N., ms. cité dans la note précédente).

— (5) Enquête de 1701. — (6) Ibid. — (7) Voy. F., t. II, p. 567, v° Torquetil. —

(8) Fédérique, op. cit. — (9) Ibid. — (10; Enquête de 1 701. — (1 1) Le / Livre des

/ chants novveaux / de / vaudevire / par ordre alphabetiqve / Corrigé & aug-

menté outre la / precedente impression. [Mauvais fleuron représentant un

homme et une femme assis au milieu de feuillages.] A Vire. / Chez Jean de

Cesne, Imprimeur / & Libraire. (S. d. In-i6.53 flf. n. ch. Sign. A-L par 2. B. -N.,

Rés. Ye 2Ô5o.)

pas que cet exemplaire soit complet, je pense tout le contraire, attendu qu’on y lit au dernier feuillet, le mot : Fin. Un bibliographe pourrait écrire de longues pages au sujet de ce livret, je ne le suis pas et j’ai le droit de m’abstenir ; je prie donc le lecteur de se reporter aux notices qu'en ont donné Brunet 1 et Frère2, et aussi à un fort intéressant article de Charles Nodier 3. Je reviens à présent au prototypographe de Vire, dont la dernière heure sonna vers 1704, date après laquelle on ne rencontre plus aucun produit de sa presse. Il laissait plusieurs enfants de son mariage, parmi lesquels deux fils lui succédèrent.

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