III. Guillaume (1718-1743). Né à Vire le 5 septembre
11 succéda à son frère, dans les circonstances que je viens d’indiquer ; le 24 mai 1719, il épousa l une de ses concitoyennes, Jacqueline Duboscq 7, puis il continua paisiblement, sous les yeux à demi clos de l’administration, d’exercer sa profession, quand l’occasion s’en présenta. On en a deux témoignages bibliographiques, cités par M. Fédérique ; en voici un troisième, plus authentique encore, tiré de l’enquête sur l’imprimerie, faite en 1737, par l’intendant de la Généralité de Caen : « Vire. Guillaume de Cesne. Son père et son frère ont été successivement imprimeurs depuis 1664. N’a qu’une presse. Trois fils en bas âge 8. » Six ans après, le 17 janvier 1743, l’imprimeur de Vire décédait 9 et, avec lui, la typographie dispa-
(1) Manuel , t. I. v° Basselin. — (2) Manuel, t. I, p. 72. — (3) Mélanges tirés
d’une petite Bibliothèque , pp. 249-259. — (4) Fédérique, op. cit. — (5) Voy.
Documenta, n° 763. — (6) Fédérique, op. cit. — (7) Ibid. — - (8) A. D. C., C. 2886.
— (6) Fédérique, op. cit.
CALVADOS 445
raissait définitivement de cette ville jusqu’à la fin de l’ancien régime.
Chalopin (Les), libraires et imprimeurs à Caen (1672-1822).
I. Charles (1672-1688). Né en la paroisse de Cristot 1 (aujourd’hui canton de Tilly-sur-Seulles, Calvados), et y baptisé le 20 avril 1640 2. Son père, René Chalopin, l’amena à Caen, lorsqu’il avait atteint déjà sa dix-neuvième année, et le mit en apprentissage, pour six ans, chez Jean Cavelier, suivant brevet notarié du 18 février 1658 3 . Admis à la maîtrise en 1666, Charles Chalopin n’ouvrit cependant un établissement qu’en 1672 et n’exerça sa profession que jusqu’en 1689, date de son décès 4 5. Il est qualifié imprimeurlibraire dans toutes les pièces qui font mention de lui, mais l’enquête de 1701, à laquelle comparut sa veuve, ne signale aucune presse dans sa boutique ; d’autre part, on ne connaît pas le moindre livre imprimé par lui, de telle sorte qu’il est très probable que Charles Chalopin n’a jamais exercé personnellement la typographie et ne s’est intitulé imprimeur que parce qu’il se chargeait de faire imprimer. Frère ne l’a pas mentionné dans ses Notes. Il ne laissa, je crois, bien qu’il en ait eu plusieurs autres, qu’un fils, portant le nom de René, baptisé à Caen le 11 juillet 1684 3 et qui, en 1716, ne put se faire recevoir que comme libraire, en remplacement de sa mère.
II. Pierre (1746-1785). Fils du libraire René Chalopin et petit-fils du précédent, il avait vu le jour à Caen le 20 février 1708 G et avait repris le commerce de livres de son père ; une
(1) B. N. Ms. fr. n. a. 399, f° 17g. — (2) Documenta, n° 760, pièces produites,
lettre A. — (3) A. N , V6 837, arrêt du Conseil du 2 mars 1716, requête préliminaire. — (4) Arch. Comm.de Caen, Paroisse S. Sauveur du Marché, Reg. 9: « Ce jour-
dhuy 16e de septembre 1689, Charles Chalopin, libraire, âgé de 5o ans, a esté
inhumé dans cette église, par le ministère de M* Charles-Jean Régnault, prestre commis par M. le Curé, présence de M. Buquet et Gilles de Launay. » —
(5) Arch. Comm. de Caen, Paroisse S. Sauveur du Marché, Reg. 8 : « Le mardy 11* de juillet 1684, Bertrand René, fils de Charles Chalopin et de Jeanne des Genetes, né en légitime mariage de dimanche dernier 9e du présent mois et an,
a esté baptisé en cette église... le nom luy ayant esté donné par M* Bertrand Brieux, diacre et professeur en l’Université de Caen, assisté de Marguerite Jacquesson... » — (6) « Arch. Comm. de Caen, Paroisse S. Sauveur du Marché, Reg. 12: « Cejourdhuy 21e jour de février 1708, Pierre, fils de René Chalopin, et de Magdeleine Heroult, né du jour d’hier, a esté baptisé... le nom lui ayant été donné par Pierre Desgenettes, procureur en Vicomté, assisté de Magdeleine Desrues... ».
occasion favorable d’y adjoindre une imprimerie s’offrit à lui, en 1745, et il s’empressa de la saisir au vol. Je ne rappelle pas ici les circonstances ni la façon dont il s’y prit, c’est presque un tour de prestidigitation, dont on trouvera le secret dans un arrêt du Conseil du Ier mars 1758, que j’ai reproduit dans son entier 1 ; je me contente de noter à cette place, qu’après avoir mis tous les atouts dans son jeu, il essaya, au mois de juin 1745, de faire régulariser sa situation, en invoquant le décès de Godes-Rudeval 2, mais il n’y parvint pas et passa outre. Il acheta des presses et des caractères, et, dès 1746, il fit fonctions d’imprimeur. Évidemment doué du génie commercial, il s’attacha à une entreprise que personne n’avait encore tentée à Caen, en y fondant un almanach spécial à la région ou plutôt au diocèse ; il dédia son œuvre à l’évêque de Bayeux, et, après s’être muni d’un privilège du roi, qui lui fut octroyé à Paris le 9 décembre 1746, il commença à le faire paraître en 1747 3 et continua ensuite d’année en année avec un très grand succès. Je passe sur beaucoup d’autres productions et j’arrive immédiatement à l’époque où Pierre Chalopin devint l’un des imprimeurs privilégiés de la ville de Caen. Ce n’est plus une jonglerie cette fois, c’est une cote mal taillée : au moyen de l’abandon de son office d’inspecteur de l’imprimerie, dont le prix lui devait être remboursé par la Communauté, abandon auquel il consentait afin de permettre à la Chancellerie de ramener enfin à quatre, dans un temps prochain, le nombre des imprimeurs de Caen prévu par le règlement, un arrêt du Conseil, du Ier mars 1758, lui attribuait une place officielle, mais comme cela avait lieu au détriment de P. F. Doublet, qui ne pouvait plus avoir de successeur, il était ordonné que Chalopin payerait à ce dernier, ou à ses héritiers ou ayants cause, la valeur de son fonds d’imprimerie à dire d’experts 4. Rassuré désormais sur l’avenir de son entreprise, l’ancien inspecteur de l’imprimerie caennaise n’hésita pas à faire grandement les choses et l'on voit par l’enquête locale de 1758 5, qu’il possédait le matériel typographique le plus important de la ville : il n’avait en effet pas moins de 5 presses, tandis qu’un seul de ses confrères en avait 4, un autre
(1) Cf. Documenta, n° 907. — (2) Voy. Documenta, n° 876. — (3) Almanach de Caen, pour l’année 1747. Utile pour la Généralité Présenté A Monseigneur
l’Evesque de Bayeux. [Armoiries de l’Evêque. J A Caen, chez P. Chalopin, Impri-
meur-Libraire, ruë Froide rué. Avec Privilège du Roy. (In-32, 46 ff. n. ch. B. N.,
Le31 99. — Voir au v° du titre l 'Avis de /’ imprimeur, et à la fin, le Privilège
donné in-extenso.) — (4) Cf. Documenta, n° 907. — (5) A. D. C., C. 2886.
3, et les deux derniers, chacun deux. Il se mit alors à imprimer de nombreux et importants ouvrages 4, puis, imitant les industriels troyens et leur Bibliothèque bleue , il fabriqua quantité de volumes populaires du même genre. Quand il fut parvenu à l’âge de 77 ans, Charles Chalopin, qui s’était acquis une honnête aisance, crut devoir céder la place à son fils et démissionna en 1785.
III. Pierre-Jean-Aimé (1785-1822). Fils et successeur du précédent, il fut habilité à remplacer ce dernier par un arrêt du Conseil d’Etat du 5 avril 1785 1 2. C’est tout ce que j’ai à en dire : cet imprimeur appartient beaucoup plus au dernier siècle qu’au xvme ; aussi n’ai-je pas étudié sa carrière ; je sais seulement qu’il cessa d’imprimer en 1822 et que son établissement continua d’appartenir à ses descendants durant de longues années.
Clémence (Jean), prétendu imprimeur à Lisieux (1608-1624).
Jean Clémence est considéré jusqu’à présent comme l’introducteur de la typographie à Lisieux : il y aurait imprimé, en 1608, un ouvrage que Frère décrit ainsi : « Enchiridion seu Manuale sacerdotutn ad usum ecclesiae et diocesis Lexoviensis, auctoritate Rouxel de Medavi confectum. — Lisieux, imp, (sic) de Jean Clémence. 1608. I11-4. Premier livre avec date imprimé à Lisieux. » Il suffit de lire cette mauvaise description bibliographique pour se rendre compte qu’elle n’a pas été faite sur le vu de l’ouvrage lui-même, mais seulement extraite telle quelle d’un livre antérieur, probablement de l’Histoire de la ville et du diocèse de Lisieux, de Louis Du Bois 3, qui, lui-même, l’avait tirée je ne sais d’où. Il m’est impossible de suivre ces errements. D’abord, on n’a pas le moindre document qui établisse que Jean Clémence ait été imprimeur ; en second lieu, le monument typographique invoqué n’est qu’un témoin toujours défaillant ; enfin, ce qui est beaucoup plus grave, une pièce officielle vient détruire la thèse de l’imprimerie exercée à Lisieux en 1608. On lit en effet dans un arrêt du Parlement de Normandie, du 17 novembre 1 688 4, — et ceci y est inséré sur la décla-
(1) Voy.. notamment : — Histoire ecclésiastique de la province de Normandie, avec des observations critiques et historiques. Par un Docteur de Sorbonne [Charles Trigan]. Tome premier. [Fleuron.] A Caen, chez Pierre Chalopin
Imprimeur-Libraire, ruë Froide-rue, proche l'Eglise Notre-Dame. M.DCC.LIX. Avec Approbation et Privilège du Roi. (In-4, 4 vol., le dernier daté M.DCC.LXI. B. N., Lk2 1288.) — (2) Voy. Documenta, n° 937. —(3) Lisieux, 1845, in-8, t. I,
p. 200. -- (4) Cf. Documenta, n° 692.
ration des maîtres et gardes de la communauté de Rouen, assurément bien renseignés, — qu’il n’y avait jamais eu d’imprimeur à Lisieux, avant l’arrivée dans cette ville de Rémy Le Boullenger. 11 faut donc admettre que Jean Clémence n’a été que libraire, comme l’avait été, avant lui, Pierre Clémence, de 1578 à 1597, et, plus tôt encore, un autre Jean Clémence, de 1547 à I57I-
Cordier (Jean), imprimeur (?) à Caen (1697-1701). I
Est indiqué par Frère 1 comme ayant exercé l’imprimerie à Caen de 1697 à 1701. Cela me paraît bien douteux et il est plus probable que Jean Cordier, ou, mieux, Le Cordier, n’a jamais été que libraire ; il ne figure pas à l’enquête de 1701, ce qui est très significatif. Cependant il y a lieu de remarquer que la prétention de Frère paraît basée sur un passage du Journal d’un bourgeois de Caen (Edition Mancel, p. 45), où il est dit ceci : « 30 juin 1698 : Le sieur Galand (Antoine Galland, le traducteur des Mille et une nuits) a fait une dissertation qui a été imprimée chez Jean Cordier, imprimeur à Caen, contenant 43 p. in-12, ayant pour titre : Lettre touchant la nouvelle explication d’une médaille d’or du Cabinet du Roy. »
Il n’y a qu’un malheur dans tout cela, c’est que l’information du bourgeois de Caen est inexacte, le livret en question étant sorti des presses de Jean Cavelier. Cette brochure est à la B. N., sous la cote }. 16004.
Desbuissons (Guillaume), imprimeur à Caen (1659).
Cet imprimeur n’a jamais été signalé ; il est cependant certain qu’il a existé, attendu que, dans un arrêt du Conseil d’État du 26 août 1670 2, il estfait mention d’un brevet d’apprentissage passé, le 12 mars 1659, entre lui et Michel Le Bourgeois, agissantau nom de son fils Jacques. Quoique reçu maître, Desbuissons ne travaillait sans doute qu’en chambre, car le brevet de Jacques Le Bourgeois fut annulé par sentence rendue au baillage de Caen le 21 avril 1 6 5 9 3 ; peut-être même n’était-il que compagnon au service des autres maîtres, puisque, parmi les pièces produites lors de l'arrêt du Conseil du 27 janvier 1667 4, on vise une déclaration faite par lui « qu’il n’a imprimerie et qu’il va travailler chez les autres maistres ». Je ne le fais donc figurer ici que pour mémoire.
(1) N. F., liasse 107. — (2) Cf. Documenta, n° 671. — (3) Ibid., pièces produites
lettre B. — (4) Yoy. Documenta, n°6Gi, pièces produites, lettre A.
CALVADOS
Doublet (Pierre-François), imprimeur à Caen (1699-1759).
Né à Caen en 1676 l, Pierre-François était fils du libraire Guillaume Doublet. Il fut admis à exercer l’imprimerie en vertu d’un brevet du roi du Ier avril 1697, et, après avoir prêté serment le 20 mai 1699, il s’établit 2 au Carrefour Notre-Dame, sous Y Enseigne de Y Imprimerie*', il y faisait rouler, en 1701, deux presses et occupait trois compagnons : Jean Houel, Jacques Baril et son fils 4. Autorisé à continuer sa profession par l’arrêt du Conseil du 4 septembre 1717 5, Doublet fut bientôt dévoré de l’ambition de devenir l'un des imprimeurs de l’Université, il imprima même une fois pour le compte de cet établissement 6, chercha ensuite à être titularisé dans ces fonctions et fit, mais sans succès, plusieurs démarches dans ce but 7 * . En 1737, une enquête locale le signale comme étant devenu l’imprimeur des Fermes du Roi et s’étant muni d’une troisième presse <s. Vingt ans plus tard, il démissionnait, ainsi que nous l’apprend un arrêt du Conseil du 28 novembre 1757, qui admet les aspirants à faire valoir leurs droits pour le remplacer 9, mais un revirement se produisit bientôt à la Chancellerie et sa place fut accordée, sans concours, à Pierre Chalopin, qui lui acheta, en 1759, tout son matériel 10.
(1) Arch, Comm. de Caen, Paroisse Notre Dame, Reg. 7 : « Le Dimanche 9e dud. mois et an (mars 1676) a été batisé un fils issu du mariage de Guillaume Doublet et de Marguerite le Masurier, né de jeudy matin environ les 6 heures, lequel a été nommé Pierre-François, par honnorable homme Pierre le Masul rier de cette paroisse, assisté d’honnête fe Elisabeth le Masurier. » — (2) A.D.
C., C 2886 (Enquête de 1730). — (3) Histoire du diocèse de Baveux. Première
partie. Contenant l’histoire des évêques Avec celle des Saints, des Doyens, &
des Hommes Illustres de l’Eglise Cathédrale ou du Diocese. Par Mr Hermant. [Initiales P.F.D. entrelacées dans un écusson.] A Caen, Chez Pierre-F. Doublet, r au Carrefour notre Dame, à l’Enseigne de l’Imprimerie M.DCCV. Avec appro-
bation et privilège du roy. (In-4. 56q p. ch. sll. B. N., Lk3 124.) — (4) B. N., Ms.
fr. n. a. 399, f® 180. — (5) Vov. Documenta, n° 763. — (6) Appel que FUniversité r de Caen a interjetté au premier concile general qui sera célébré librement sui- ■ v vant les saints Canons, de la Constitution de Notre Saint Pere le Pape Cletî ment XI, qui commence par ces mots, Vnigenitus Dei Filius, donnée à Rome
le 8 septembre 1713. & des Lettres Apostoliques, qui commencent par ces mots % Pastoralis officii , publiées à Rome le 8 septembre 1718. (Initiales entrel.) A Caen,
de l’Imprimerie de Pierre-François Doublet. Par Ordre de l’Vniversité, 1718. I (In-4. i5 p. ch. B. N., Ld4 1 o65.) — (7) Voy. suprà, p. 442. — (8) A. D. C., C. 2886.
— (9) Voy. Documenta, n° 906. —(10) Voy. suprà, p. 446.
G. Lepreux. Gallia Typographica. D. III.
DuMESNiL-Macquerel (Pierre), imprimeur à Caen (1692-1739).
Né à Caen en 1658 l, il entra, en 1676, en apprentissage chez Joachim Massienne et quitta ce maître, trois ans après, pour accomplir son tour de France, qui 11e dura pas moins de dix années 2. Revenu dans sa ville natale, il s’y fît recevoir maître, en 1692, par le lieutenant général de police et ouvrit, la même année, un établissement, que l’enquête de 1701 nous montre muni de deux presses et desservi par trois compagnons : Jean Daumesnil, Nicolas Briard et Jean Roger 3. Frère ne signale que deux ouvrages sortis de cet atelier, ce sont des almanachs pour 1712 et 1713 4; Pierre Dumesnil a dû pourtant imprimer beaucoup, puisque l’enquête locale de 1737 trouva chez lui 4 presses 5, mais presque toute sa production doit être perdue, car il travaillait surtout pour les écoles, et la gent écolière n’a jamais été très respectueuse des livres qu’on lui met entre les mains, elle en retient le contenu dans sa mémoire... quelquefois, elle détruit le contenant toujours. Aussitôt qu’il eut pris connaissance des dispositions arrêtées par le règlement de 1704 pour l’exercice de l’imprimerie, Pierre Dumesnil voulut donner « l’exemple de son obéissance » aux ordres de Sa Majesté et être le premier confirmé dans sa place d’imprimeur à CaenG; on ne voit pas qu’il ait obtenu, malgré son zèle, entière satisfaction sur ce point ; toujours est-il qu’il fut maintenu par l’arrêt du 4 septembre 1717 7 et continua d’exercer jusqu’en 1739 au moins, puisqu’il figure dans l’enquête locale faite à cette date. Après cela on perd sa trace et il est probable, étant donné son âge, qu’il se retira des affaires à une époque contemporaine. Il n’avait que deux filles, et un fils qui embrassa l’état ecclésiastique 8.
Du Moulin (Denis), imprimeur à Ronfleur (1679).
Dans son Manuel du bibliographe normand 9, Frère cite un ouvrage sous ce titre : « L’Epitome de navigation pratique par G. de Glos, professeur d’histiodromie, à Honfleur. — Honfleur, D. Dumoulin. 1679. Pet. in-8. » Dans ses Notes 10, il indique comme
(1) B. N,, Ms. fr. n. a. 399, fc 181. — (2) B. N., Ms. fr. n. a. 399, f° 181. —
(3) Ibid. — (4) F., t. I, p. 14. — (5) A. D. G., C. 2886. — (6) Voy. Documenta.
n° 722. — (7) Cf. Documenta, n° 763. — (8) Enquête locale de 1737, A. D. G.,
G. 2886. — (9) T. 11, p. 29. — (10) Liasse 1 1 1 .
typographe ce même Du Moulin (sic), avec le prénom de Denis. Rien ne prouve que ce libraire éditeur ait imprimé ; il faudrait voir le livre qu’il a signé pour se faire une opinion, et je ne l’ai pas rencontré. Je fais donc des réserves sur la véritable profession de cet éditeur honfleurois.
Durandas (Jacques), prototypographe de Caen (1480).
L’ordre alphabétique m’oblige à séparer Jacques Durandas de son associé Gilles Quijoue, le bon ordre bibliographique veut que je les réunisse ici ; il y a d’ailleurs peu de chose à dire sur le compte de ces deux personnages, qui, les premiers, exercèrent l’art sublime à Caen ; on ne sait pas qui ils étaient, ni d’où ils venaient ; on ne connaît que le volume qu’ils ont imprimé, une édition des Épîtres d’Horace, la première qui ait paru en France. La souscription de ce livre est conçue en ces termes : « Impressum Cadomi, per magistros / Jacobum / Durandas et Egidium Quijoue, anno Domini/ millesimo quadringentesimo octogesimo, / mense, junio, die vero sexta ejusdem mensis. » C’est un in-40 de 40 feuillets non chiffrés, imprimé en caractères gothiques, dont les cahiers sont signés A-D L Une description détaillée en a été donnée par L. Delisle 1 2 , on en trouvera de plus des fac-similés partiels dans l’ouvrage de ce dernier, planches I et II, et dans les Premiers monuments de Y imprimerie, de Thierry-Poux, planche XXVIII, nos 3 et 4.
Duval (Jean-Augustin), dit le Grenadier, imprimeur à Rayeux
Voici l’un des imprimeurs les plus étranges et les moins connus dont j’aie à parler. Fils de Guillaume Duval, arquebusier à Paris, Jean-Augustin fut mis en apprentissage dans la même ville, chez André Cramoisy, pour un terme de 4 ans, suivant brevet notarié du 8 octobre 1697 3 ; il sortit de chez ce maître en 1701 et travailla ensuite comme compagnon, durant plusieurs années, chez divers imprimeurs de la capitale : Gilles Paulus-Dumesnil, Simon Langlois, Claude Prignard, Claude-Louis Thiboust, et enfin à l’Im-
(1) B. N., Rés., n° 3o3 des livres exposés. — (2) Catal . des livres imp.à Caen ,
1 t. I, pp. 1 Q4- 1 g5. —(3) B. N., iWs. fr. 2 1 838, f° 142 v°.
GAU. IA TYPOGRAPHICA
primerie royale du Louvre1. C'est sans doute pendant le temps de son compagnonnage qu’on lui donna le sobriquet de Le Grenadier , dont je n’ai pas pu pénétrer les raisons. Dans le commencement de l’année 1715, Duvai fit, je ne sais comment, la connaissance de l’évêque de Lisieux, Henry-Ignace de Brancas, et celui-ci, après lui avoir, paraît-il, confié quelques travaux, l’engagea vivement à venir s'installer dans sa ville épiscopale ; il lui délivra à cet effet, le 10 mai de la même année, des lettres de recommandation2. Une fois muni de ce viatique, Duvai entreprend des démarches auprès du Conseil d’État et présente requête afin d’être pourvu de la place d’imprimeur à Lisieux, en alléguant que Jacques Aunay du Ronceray ne peut suffire aux travaux de cette ville3. Par un arrêt du 15 octobre 1718, il est débouté « quant à présent » de sa demande 4 et jette bientôt son dévolu sur la place de Bayeux. Il allègue devant le Conseil5 que Gabriel Briard, l’imprimeur de cette localité, « s’ingère d'y exercer sans avoir fait aucun apprentissage et sans titre, ...qu’un arrêt du 4 septembre 1717 ad’ailleurs ordonné la fermeture de sa boutique » ; quant à lui, Duvai, au contraire, il a été reconnu avoir « toutes les qualités », sachant même lire le grec et interpréter le latin, et s’il n’a pas cru devoir insister pour s’installer à Lisieux, c’est qu’une place était vacante à Bayeux ! Renvoyé par arrêt du 2 mars 1720 6 devant le lieutenant général de police de cette ville, auquel mission était confiée de dresser un procès-verbal tant sur les capacités de Duvai, que sur la prétendue incapacité de Briard, l’ancien apprenti de Cramoisy fut assez adroit pour tirer du magistrat de police de Bayeux un avis favorable à sa réception, et, le 9 août 1720, il obtenait un nouvel arrêt du Conseil, qui lui permettait de remplir la place vacante (sic) de Bayeux et qui défendait à Gabriel Briard d’y continuer son état 7.
Le Grenadier triomphait donc sur toute la ligne, mais sa victoire fut sans lendemain : six mois plus tard, Briard était réintégré dans sa place et attirait à ses presses toute la clientèle locale, pendant que son rival en était bientôt réduit aux expédients, se jetait à corps perdu dans des impressions perverses, puis quittait subrepticement Bayeux et se réfugiait à Paris. Il avait accepté de diriger dans la capitale des imprimeries clandestines; il y fut découvert en 1734,
(1) A. N., V6 844, Arrêt du Conseil du 16 juillet 1718, requête préliminaire. —
(2) Ibid. — (3) Ibid. — (4) Voy. Documenta, n° 769. — (5) A. N , Ve 85 1 , Arrêt
du Conseil du 2 mars 1720, requête préliminaire.— (6) Voy. Documenta, n° 780.
— (7) Voy. Documenta, 11“ 781.
CALVADOS
alors qu’il venait de fabriquer pour le libraire René Josse une édition contrefaite des Lettres philosophiques de Voltaire, destitué par arrêt du 23 octobre de la même année'1 et interdit, sous peine de punition exemplaire, de toute fonction d’imprimeur et libraire. A la suite de cette condamnation, Duvai quitta Paris et mena désormais une déplorable existence, travaillant de ci de là, portant la guigne partout où il passait. En 1743, enfin, il échouait à Soissons, chez l’imprimeur Adrien Sellier, qu’il ne tardait pas à compromettre et à entraîner à la ruine, si bien, qu’en 1744, il s’entendait condamner à la peine du carcan et à cinq ans de bannissement2. Telle est l’apothéose finale de ce malheureux, dont on n’entendit plus jamais parler.
Fevre (Vincent et Jean de ou le), imprimeurs à Caen (1588).
En 1588 paraissait à Caen un ouvrage, — entre parenthèses très inexactement décrit par Frère, dans son Manuel 3, — fruit des labeurs de Charles de Bourgueville, sieur de Bras, lieutenant général en cette ville, et intitulé : « Les Recherches / et antiquitez de la / Prouince deNeustrie, à présent Duché deNor- /mandie, comme des villes remarqua-/'bles d’icelle : Mais plus specialle-/ment de la Ville & Université de / Caen. / Par Charles de Bourgueville, Sieur du lieu de Bras, / & de Brucourt, » Cet ouvrage, petit in-40, orné du portrait de l’auteur, est divisé en deux livres ayant une pagination particulière. Le premier, de 65 pages, présente sur le titre une marque, qu’on prendrait tout d’abord pour celle de Conrad Néobar4, savoir une croix en tau, autour de laquelle s’enroule un serpent et que tiennent deux mains entourées de nuages ; en y regardant de plus près on remarque que la branche verticale de cette croix se termine par les deux bras d’une ancre ; on lit au dessous cette souscription : « A Caen, / De l’Imprimerie de Vincent le Feure / & Jean de Feure. / 1588; / Auec priuilege. » Cette partie se termine par l’explicit suivant : « Fin du premier liure des Recherches et Antiquitez de la Duché de Normandie : Par Charles de Bourgueuiîle Sieur du lieu, de Bras & de Brucourt, acheué d’imprimer l’an mil cinq cens quatre vingts huit, à Caen de l’Imprimerie de Vincent le Feure, & Iean de Feure. » Le second livre
(1) Cf. Documenta, n° 848.— (2) Voy. Gallia Typographica, série départ., t. I,
p. 227. — (3) Tome I, p. 140. — (4) Voy. Siivestre, Marq. typogr., n° 99.
comprend 265 pages chiffrées et a un titre spécial avec cette souscription : « A Caen, / De l’Imprimerie de Iean de Feure. / 1588. / Auec priuilège » ; il est terminé par un explicit en ces termes : « Fin des Recherches & Antiquitez de la ville & Uniuersité de Caen. Par Charles de Bourgueuille Sieur du lieu de Bras & de Brucourt, à Caen de l’Imprimerie de Iean de Feure, acheué d’imprimer le premier iour de Septembre, l’an mil cinq cents quatre vingts huit. »
Il résulte de tout ceci que dans la première partie de l’année 1588, une imprimerie était exploitée à Caen, par deux quasi-homonymes : Vincent le Fevre et Jean de Fevre ; que dans la dernière partie de cette même année, Jean de Fevre imprimait seul. Je n’ai rencontré aucun renseignement sur Vincent ; quant à Jean, on le retrouve en 1601 à Pontorson, où il employa une marque bien différente de celle que j’ai décrite ci-dessus, puis, à la Rochelle, en 1603, et ensuite probablement, à Sedan, en 1598 et en 1 6 17 1 ; c’était donc un itinérant et il m’est impossible pour le moment de fournir de plus amples détails sur sa carrière.
J’ajouterai seulement qu’il existe plusieurs contrefaçons de l’ouvrage de Bourgueville, fabriquées à Caen; elles portent toutes la date de 1588 et la souscription de Jean de Fevre, mais elles ont été faites à une époque bien postérieure et sont loin de valoir l’édition originale sous le rapport de l’exécution typographique2.
Galles (Jean), imprimeur à Caen (1668-1670).
Je n’ai rencontré aucun livre daté de Caen, portant le nom de Jean Galles, qui fut imprimeur à Vannes, de 1670 à 1684, ma^s ^ résulte de divers documents, qu'avant de s’installer dans cette dernière ville, Galles aurait été établi à Caen, pendant deux ans au moins. Je l’inscris ici pour mémoire et je prie le lecteur de se reporter à la notice le concernant dans la province de Bretagne 3.
Godefroy (Les), imprimeurs à Lisieux (1642-1712).
Je suis très perplexe au sujet des membres de cette famille : ontils exercé leur art à Rouen ou à Lisieux ? D’une part je n’ai ren-
(1) Voy. Gallia Typographica, série départ., t. II, p. 25. — (2) Cons. à ce
sujet le Manuel du bibliogr, normand, t. I, p. 140. — (3) Voy. Gallia Typogra-
phica, série départ., t. IV.
CALVADOS
contré leurs noms sur aucune impression rouennaise ; d’autre part, l’enquête de 1701 enregistre la veuve de Rémy LeBoullenger comme seul imprimeur à Lisieux. Cependant un arrêt du Conseil du 31 décembre 1708 1 * constate l’existence, en qualité d’imprimeur dans cette même ville, d’un Jean Godefroy et le reçoit opposant à la réception de Jacques Aunay du Ronceray. On voit de plus, par les pièces produites dans l’instance que ce Jean Godefroy avait eu pour prédécesseurs : i° Charles Godefroy, apprenti du 10 octobre 1604, admis à la maîtrise et à la prestation de serment d’imprimeur, le 18 octobre 1642 ; 20 Jean Godefroy père, admis au même titre le 29 décembre 1667 ; et 30 Jean Godefroy fils, reçu imprimeur libraire à Rouen le 14 février 1 686 ; or, il était de principe que la réception dans la capitale de la Normandie entraînait la faculté d’exercer dans toute cette province. De fait on retrouve Jean Godefroy fils établi à Lisieux de 1704 à 1712 au moins, époque où il est constaté qu’il n’y avait plus, comme imprimeur dans cette ville que la veuve de Rémy Le Boullenger ~. En ce qui concerne Jean I, on trouvera peut-être l’explication de sa présence à Lisieux dans ce que je dis au sujet de Jean Leroy. (Voy. infrà, la notice de cet imprimeur.)
Godes (Jean-Jacques), dit aussi Godes-Rudeval, imprimeur à Caen
Né à Caen 3, vers 1660, et sans doute fils d’un libraire de cette ville, chez lequel il avait fait son apprentissage, Jean-Jacques Godes était ensuite allé passer deux ans à Bourges et à Orléans 4, pour se perfectionner dans son art ; en 1680, il était de retour dans sa ville natale et s’y établissait sans autre formalité 3. II sentit, vers la fin du siècle, tout ce qu’avait de précaire sa situation et il essaya de la consolider en se faisant délivrer, le 30 octobre 1699, une autorisation d’exercer, par le lieutenant général de police 6. Deux ans après, il comparaissait à l’enquête de 1701, et il y déclarait posséder deux presses, dont une seule en état de servir, et n’employer qu’un compagnon, Jean Le Moine 7 . De fait, J. -J. Godes a peu imprimé et les productions de son modeste atelier ne sont pas
(1) Cf. Documenta, n° 732. — (2) Voy. Documenta, n° 745. — (3) A. D. C., C.
2886, Enquête locale de 1730. — (4) B. N., Ms. fr. n. a. 3qg, f° 182. — (5) Ibid.
— (6) A. D. C., C. 2886, Enq. loc. de 1730. — (7) B. N., Ms. fr. n. a. 399, f° 182.
de nature à donner une idée favorable de son habileté ni de son goût L En 1732, il était mort2 et sa veuve, née Jeanne-Françoise Bayeux, continuait son entreprise 3 *. L’enquête locale de 1737 nous apprend qu’elle n’imprimait que des factums et autres petits usages et qu’elle avait marié sa fille à Jean-Claude Pyron. C’est à ce dernier qu’échut le matériel de cette pauvre imprimerie, lorsque la veuve Godes passa de vie à trépas en 1745 L
Gondouin (Pierre), imprimeur à Caen (1561).
Cet imprimeur ne figure pas dans les Notes de Frère et je le crois inédit ; son existence m’a été révélée lors de la vente de la bibliothèque de feu Ernest Stroehlin 5. Je n’ai trouvé aucun détail biographique sur son compte et je me borne à la description de l’unique produit de sa presse, connu jusqu’à présent, et aujourd’hui propriété d’un bibliophile caennais :
Orai/son de Monsieur / de Bres-Metot, delegve par tout le corps de la noblesse de / Normandie, prononcée en presen/ce de monsieur le Duc de / Bouillon, chevallier / de l’ordre du Roy/ gouuerneur d’icelle pro/uince, as/sisté/de Messieurs/l’Evesque d’Eureux & de / Saint Anthot, premier President. / Prononcée le quatorzième / iour de Novembre 1561. Les Estats tenans et seans / en la ville de Rouen.// A Caen,/ De l’Imprimerie de
(1) Voy. par exemple : — L’illustre Olympie, ou le S1 Alexis Tragédie par le Sieur Desfontaines. [Un saint couché et lisant.] A Caen, chez J. Jacques Godes, proche le College des RR. Peres Iesuites. M. DCC. XXL (In 1 6. 64 p. ch. B. N,, Yf. 66o5.) — (2) Arch. comm. de Caen, paroisse S*-Etienne le Vieux, reg. 14: « Le jeudy 3oe jour d’octobre 1732, Jean-Jacques Godes, sieur de Rudeval, aagé de 75 ans environ, décédé le jour précédent, sur les 1 1 heures du matin, a été inhumé par moy, curé de la paroisse de S6 Etienne, dans l’église de cette paroisse, après... en présence de Me Jean-Baptiste Eoubert des Pallières et de Me Jean-Claude Pyron... » — (3) Réponse Du P. Paullou, Jesuite, Recteur du College de Caën, à Mxxx sur un article des Nouvelles Ecclesiastiques, du 1 1 May
1737. [A la fin :] A Caen, chez la Veuve Godes Rudeval, Grande Ruë Saint Estienne, vis-à-vis la Ruë au Canu. (In 4. i5 p. ch. B. N., Ld'‘2i34.) — (4) A. N., V6 945, Arrêt du Conseil du 17 mai 1745. Voy. aussi, Arch. comm. de Caen, paroisse de S Etienne le Vieux, reg. i5 : « Le mercredy 21e jour d’avril 1745, le corps de Jeanne-Françoise Bayeux, veuve de Jean-Jacques Godes Rudeval, aagée
de soixante et unze ans, décédée d’hier, munie .. a esté inhumé dans l’église de cette paroisse, par nous soussigné, docteur, ancien professeur royal de théologie et curé de la paroisse de S1 Etienne de Caen, en présence de M. Philippe
Vicaire, docteur en théologie et curé de la paroisse S1 Pierre de la même ville
et de M. Jean-Claude Pyron, qui ont assisté à l’inhumation et signé avec nous. »
— ■ (5) 2/ Partie (Paris, 1912. In 8), p. i52, n° 874.
Pierre Gondouin, demeu-/rant déliant la Cornemuse./ 1 561. (In 8. 12 ff. n. ch.)
Granderie (Gabriel) | Lat. : Granderyus.], imprimeur à Caen
D’après les Notes de Frère 4, Gabriel Granderie aurait été établi à Caen, de 1636 à 1643, au carrefour de Froiderue, à Y Enseigne de Y Imprimerie. Je n’ai rencontré qu’une production de ce typographe: elle porte la date de 1641 2 et ne modifie par conséquent en rien les indications du célèbre bibliographe rouennais. Mais une autre impression de ce typographe, portant la date de 1653, est répertoriée dans le Catalogue de Méritte-Longchamp (p. 43) ; il a donc travaillé beaucoup plus longtemps que ne le supposait Frère. L’exercice de Gabriel Granderie a dû se prolonger en réalité jusqu’au jour de son décès, survenu le 27 ou 28 janvier 1667 3, car, en 1666, cet imprimeur était encore en activité, ainsi qu’en fait foi sa déclaration, lors du dénombrement de cette année, laquelle est ainsi conçue (Paroisse Notre-Dame, f° 172) : « Gabriel Grandrie, maistre imprimeur-libraire, a desciaré estre originaire de ladite ville et que feu son père avoit esté né en la paroisse de Saint-Pierre Tarentaine, viconté de Vire, estant venu en cette ville demeurer il y a 90 ans, faisant leur demeure actuelle en icelle. » Il résulte de ces sources d’information que Gabriel Granderie avait vu le jour à Caen en 1599 ou 1600.
Guesnon (Jean), imprimeur à Caen (1653-1677).
Cet imprimeur n’a signé qu’un seul ouvrage connu4, maison voit.
(1) Liasse 107. — (2) Ioannis Despavterii Ninivitae vniversa grammatica, in commodiorem docendi et discendi vsum redacta... Ad Patres Societatis Iesv. Per Ioannem Behovrt Rothomagæum. [Monogramme de la Compagnie de Jésus.] Cadomi, ex typographia Gabrielis Granderyi, iuxta Ecclesiam vici Frigidi, sub signo Typographiae, M.DG.XXXXI. (In 8. 224, 35o et 234 p. ch. B. N., X. 835o.) — (3) Arch. comm. de Caen, Paroisse Notre-Dame, reg. 4 : « Ledit jour et an (28 janvier 1667), a esté inhumé dans l’église le corps de Gabriel Granderie, âgé de 67 ans ou viron. » — (4) Physiologia Hvmana et Pathologia. Per tabvlas synopticas. Ex Hippocratis et Galeni genio. Accessit diæta sanorvm generalis, cvm svmma de sectis medicorvm. Authore Ioanne Barilio Cadomensi, & in eiusdem Vrbis Academiâ, Doctore & Professore Medico, svmptibvs avthoris. [Une sirène tenant une ancre.] Cadomi, Ex typographia Ioannis Gvesnon, In vico Frigido, sub signo Sancti Ioannis. M. DC. LUI. Cum Priuilegio Regis. (In f°. 1 f. n. ch. 1 35 p. ch. B. N., T3057. )
par la souscription de ce livre, que Jean Guesnon avait son établissement dans la rue Froide Rue, à l’enseigne de Saint-Jean. Il était originaire de Caen, et fils de Laurent Guesnon 1 * ; il semble avoir exercé son art dans cette ville jusqu’au moment de son décès, arrivé le Ier août 1677 ” > b était alors âgé de 54 ans environ, ce qui permet de reporter la date de sa naissance aux environs de l'année 1623.
Haran ( Lite) | Lat. : Harenæus|, imprimeur à Caen (1601-1607).
Tite Haran a passé la plus grande partie de sa carrière à Rennes, où il était allé se fixer, non pas en 1610, ainsi que l’avance Toussaint Gautier, dans son Histoire de F imprimerie en Bretagne , mais plusieurs années auparavant. Il avait débuté à Caen en 1601, dans une boutique sise devant le collège du Bois 3 ; il quitta cette ville en 1607, désespérant sans doute d’y mener à bien ses affaires, vu le grand nombre de concurrents qui s’y trouvaient. Les renseignements concernant ce typographe seront donnés dans le volume consacré à la province de Bretagne, où il a été imprimeur du roi et où sa descendance a continué sa profession 4.
Hazey (Jean), imprimeur à Caen (1616-1622).
Je n’ai pas trouvé de renseignements biographiques sur ce typographe, dont l’exercice paraît se circonscrire entre les années
(1) Dénombrement de 1666. Paroisse Notre-Dame, P 175 v° : « Jean Guesnon; imprimeur à Caen, a desclaré estre bourgeois, originaire de ladite ville, ainsy que LaurensGuesnon, son père, et qu’il a tousjours fait sa demeure et résidence en icelle.» — (2) Arch. comm. de Caen, Paroisse Notre-Dame, reg. 7 :« Le Dimanche ier jour d’aoust 1677 a esté enterré dans l’église le corps de Jean Gues-
non, âgé environ de 5q ans, lequel décéda le mesme jour environ sur les
six heures du matin, ainsy que nous l’ont attesté Jean Guesnon, son fils et Thomas de Querissant. » — (3) Entremangeries ministrales, c’est-à-dire, contradictions, inivres, condamnations, et exécrations mvtvelles des ministres et predicans de cet siecle. Responces modestes et crestiennes avx aphorismes de 1. Brovavt, dit S" Barbe : & prétendues Falsifications de Ministres anonymes.
Par F. François Fev-Ardent Docteur en S. Theol. en FVniuersité de Paris..... [Flevron] A Caen, par Tite Haran, deuant le College du Boys. Auec priuilege poursix ans. 1601. (In-12. 314 p. ch. sll. B, N.. D. 35040.) — (4) Voy. Gallia Typographica , sér. départ., t. IV.
CALVADOS 4b ()
1 6 1 6 1 * et 1622 A En 1617, il avait imprimé un opuscule dont le titre est orné d’un frontispice assez remarquable3.
Hostingue (Les), imprimeurs à Caen (1508-1537).
Léopold Delisle a fourni sur les typographes de ce nom quelques renseignements intéressants 4 5 * ; je n’ai rien à y ajouter et je me contente de résumer brièvement ce que l’on sait à leur sujet.
I. Laurent (1508-1526). Ce typographe n’a pas d’antécédents connus; on le rencontre soudain à Rouen, en 1499, imprimant en compagnie de Jean Mauditier et de Jarnet Loys*, puis, en 1503, 1504 et 1505, en la société de ce dernier seulement0, et enfin, sans aucun associé, à des dates indéterminées Avec Jamet Loys, il avait son officine auprès du Marché neuf (juxtà Novum Forum commorantes) ; seul, il demeura sur la paroisse Saint-Vivien, in parrochia Sancti Viviani coinmorans , sans autre précision. Vers la fin de l’année 1508, et, selon toutes les apparences, à la sollicitation du libraire Michel Angier, de Caen, Laurent Hostingue transféra son atelier dans cette ville 8 et l’installa dans les environs de l’église Saint-Pierre, à côté de la Tour aux Landais, juxtà turrim vulgariter dictant au Landoys. A partir de ce moment, sauf un second séjour à Rouen, qui peut être de trois ans, c’est-à-dire de 1513 à 1516, Hostingue a presque constamment imprimé dans sa nouvelle résidence pour le compte de Michel Angier; toutes ses impressions sont exécutées en caractères gothiques, dont L. Delisle a donné quelques
(1) Les Accords et promesses d’amitié traictées entre les Roys d’Espagne et
d’Angleterre, ensemble les articles faicts par leurs dictes Majestez sur ce suject. /Caen, De l’Imprimerie de Iean Hazey. 1616 (In 8. 8 p. N. F., liasse 1 1 8.) — (2)
Pratique spirituelle, par le P. Bonat. 1622. In 12. (N. F., ibid.) — (3) Oraison fvnebre prononcée a Messey, le iour dv trentain, dv deceds de Haute et puissâte
Dame Françoise de Bailleul, Baronnesse dudict Messey, Dame de Regnoüart, du Bu, & de Castillon, Espouse & compagne de haut & puissant Seigneur Messire Gilles de Souuré, Cheualier des deux ordres du Roy, Conseiller en ses Conseils d’Estat & priué, Capitaine de deux cents homes d’armes de ses Ordonnances, premier Gentilhomme de sa chambre, Gouuerneur de sa personne, & son Lieutenant general au pays & duché de Touraine, Mareschal de France, Marquis de Courtenuau, Seign. de Souuré, Bessey, Bonneuau, Vaussey, Bellay, la Roche Martel, &c. Laqvelle dame décéda a Paris en Fhostel dudit Seigneur le Samedy 3. jour de Iuin M.DC.XVII. //A Caen, Imprimé, Par Iean Hazey. (In 8. 39 p. ch. B. N., Ln‘J7 19123.) — (4) Livres impr. à Caen, t. II, pp. XLVII-LIX. —
(5) Ibid., t. I, n" 1 56. — (6) Ibid., n°* 53, 194 et 204. — (7) Ibid., n°* 1 19, 227, 2 3q,
3o3, 358. - (8) Ibid., t. 1, n° 56, t. II, p. XLVII.
fac-similés1. Après 1526, on ne rencontre plus aucune production de cet atelier, ce qui laisse supposer qu’il n'existait plus, son titulaire ayant probablement cessé de vivre à une époque contemporaine. (( Le nombre des ouvrages sur lesquels Laurent Hostingue a mis son nom, dit M. L. Delisle2, et de ceux qui, sans porter sa signature, doivent être reconnus comme produits de sa presse, sont assez nombreux et l'exécution en est assez satisfaisante pour que le nom du véritable fondateur de l’imprimerie caennaise mérite d’occuper une place très honorable sur la liste des imprimeurs français du commencement du xvie siècle. »
IL Bertrand (1527-1537). Il était probablement fils du précédent. Bien que son nom ne figure sur aucune impression, il est vraisemblable que Bertrand Hostingue a exécuté, de 1528 à 1531, pour le compte de Michel et Girard Angier et de Jacques Berthelot, six volumes qui portent au bas de leur titre cette mention énigmatique : Ex caracteribus Parrhisiis 3. Il n'est pas douteux, dans tous les cas, qu'il ait exercé à Caen la profession d’imprimeur, attendu que, le 27 novembre 1537, « l’Université décida que le montant d’une amende infligée à l'un de ses enlumineurs, Pierre Lecointe, serait versé entre les mains de Bertrand Hostingue pour l'impression des pièces palinodiques 4 ». Peut-être bien que cette amende ne fut jamais recouvrée, car les pièces palinodiques en question ne semblent pas avoir été mises sous la presse et il n’est plus jamais parlé, après ce moment, de leur imprimeur éventuel.
Houel (Jacques), imprimeur à Caen (1702-1712).
Les documents qui concernent ce personnage et que j’ai reproduits in extenso5, sont trop instructifs pour qu’il soit nécessaire que j’entre dans de longs détails à son sujet. Jacques Houel était d’ailleurs mercier de son état, et s’il a imprimé, ce qui n’est pas douteux, bien que ses productions soient probablement perdues, il a dû se borner à des plaquettes de minime importance. Après avoir fait un apprentissage d’imprimeur, de 1673 à 1677, chez Antoine Jouanne, et s’être fait recevoir maître la même année, Houel avait
(1) Ibid., t. II, planches X, XI, XIII, XV, XXIII, XXIV. — (2) Ibid., t. II,
p. LVII. — (3) Voy. L. Delisle, op. cit., t. I, nos 1 25, 126, 201, 243, 288 et 33o. —
(4) Ibid., t. II, p. L1V. La délibération visée est reproduite intégralement à la
p. 99 du même volume. — (3) Cf. Documenta, nos 739, 743 et 744.
CALVADOS
abandonné cet état et embrassé celui de mercier, dont la maîtrise lui avait été conférée en 1694. ^ avait alors boutique dans la rue Notre-Dame : il s’y munit bientôt d’une presse et de plusieurs casses de vieux caractères, puis se mit à imprimer d’une façon plus ou moins clandestine. Une attestation des officiers municipaux de Caen1 * certifie, en 1707, que Houel exerçait depuis 15 ans la profession d’imprimeur; la chose n’est guère possible, puisqu’il figure à l’enquête de 1701, non comme maître, mais en qualité de compagnon chez Guillaume-Richard Poisson; mettons qu’il commença à faire rouler sa presse en 1702, c’est déjà beaucoup. 11 aurait dû l’arrêter en 1 7 1 1 , en vertu d’un arrêt du Conseil d’Etat du 26 octobre, qui ne lui permettait plus que d’être libraire; il n’en avait pas tenu compte et il fallut qu’un nouvel arrêt du 7 mars 1712 ordonnât la vente de tout son matériel typographique, pour mettre fin à ses entreprises. Houel resta libraire, et sans doute aussi mercier, mais il ne semble pas qu’il ait fait de brillantes affaires dans le commerce des livres : je ne connais qu’un opuscule qui porte son adresse-.
Jouanne (Antoine), imprimeur à Caen (1645-1690).
Fils d’un Jean Jouanne, libraire à Rouen 3, qui, d’après Frère 4, aurait exercé dans cette ville de 1569 à 1613, un Jacques Jouanne avait vu le jour à Caen en 1610 5; son père avait donc quitté la capitale de la Normandie bien plus tôt que ne dit l’auteur du Manuel du bibliographe normand. Fe 5 octobre 1622, un. autre Jacques avait épousé une demoiselle Soret, de Caen 6, et, peu de temps après sans doute, il s’était établi libraire. De ce mariage, Jacques Jouanne eut plusieurs enfants, notamment un fils, prénommé Antoine, qui seul doit m’occuper.
(1) Voy. Documenta, n° 743, pièces produites, lettre E. — (2) Méthode nou-
velle et tres-facile pour apprendre l’histoire de France par le Sieur Decoursons.
[Panier de fleurs et de fruits.] A Caen, Chez Jacques Houel, Marchand Libraire,
Rue Nostre Dame. M.DCC.XX. [A la fin:] De l’Imprimerie de la Veuve Antoine
Iouânne. (In 8, 25 p. ch. B. N., L40 6a.) — (3) Dénombrement de 1666, Paroisse S. Sauveur, R 212. — (4) Notes, liasse 119. — (5) Arch. comm. de Caen, Par. S. Sauveur du Marché, reg. 3 : « Du 29 may 1610. Jacques, fils de Jean Joanne, et de Jeanne, sa mère, a esté baptisé, et nommé par Mc Jacques Rocques, bourgeois de Vaucelles, et Adam Cavelier, et Mmc Thomasse Flambard, parrins et marrine. » — (6) Ibid. : « Du 5° jour d’octobre 1622, le mariage d’entre Jacques Jouenne (sic), d’une part, et Gabrielle Soret, d’autre part, a été célébré... en
présence de Nicolas Symon et sa femme, de Nicolas Le Chartier, la veuve de Jean Jouanne, Marie, fille d’Adam Cavelier, Jean fils de Jean Jouanne, et plusieurs autres... »
GA [.LIA TYPOGRAPHICA
Suivant les Notes de Frère1, Antoine Jouanne aurait exercé l’imprimerie à Caen de 1645 à 1686 : la première de ces dates est peut-être exacte et je Fai adoptée, quant à la seconde, elle est inadmissible, attendu que, en 1687, notre imprimeur vivait encore et devenait père2; en 1690 seulement il était décédé et sa veuve, née Marie Le Courtois, lui succédait et continuait son établissement dans la rue Saint-Sauveur, à l’enseigne de Y Ange Gardien , jusqu’en 1720 au moins3. Antoine Jouanne a peu imprimé, — il n’avait d’ailleurs qu’une presse 4 — et les productions de son officine qui nous sont parvenues ne donnent pas une haute idée de son sens artistique; la fortune, semble-t-il, ne l’avait guère favorisé de ses dons, et il en était réduit parfois à imprimer sans privilège5 * ; enfin, il fut le maître de Jacques Houel et de ce fait non plus il ne saurait tirer beaucoup d’honneur. Son fils, Antoine aussi, essaya, en 1710, d’obtenir une place d’imprimeur à Caen, mais il eut beau faire valoir auprès du Conseil G, que depuis longtemps il travaillait dans l’atelier de sa mère, qu’il avait fait toutes ses humanités au collège de sa ville natale, s’était attaché en particulier à l’étude du grec et avait soutenu publiquement des thèses de philosophie en 1705, il n’aboutit qu’au rejet de sa demande 7. Treize ans plus tard il décédait, à l’âge de 37 ans 8 et avec lui s’éteignait à Caen la famille des libraires de son nom.
La Marinière (Georges de), imprimeur à Caen (1615).
Ce prétendu maître aurait exercé simultanément en plusieurs lieux : Rome, Agen et Caen, mais comme il est impossible de lui supposer le don d’ubiquité, il faut bien admettre que sa personna-
(1) Liasse 1 19. — (2) Arch. Comm. de Caen, Par. S. Sauveur du Marché, reg. 9 : « Le Dimanche 26e octobre 1 687, Antoine, fils deM. Antoine Jouanne et de Marie
Le Courtois, sa femme, né de légitime mariage, de mardy dernier, 21 du présent mois, a esté baptisé en cette église... le nom luy ayant esté donné par Me Antoine Cavelier, assisté de dlle Anne Le Courtois, en la présence de M. Pierre
Haveron, prestre, et de Antoine Jouanne, père dudit enfant. » — (3) Voy. suprà.
p. 461, note. 2 — (4) B. N., Ms.fr. n. a 399, f° 1 8 3 . — (5) Cf. Documenta, n° 678.
— (6) Documenta, n» 738. Requête de l’arrêt analysé. — (7) Voy. Documenta, n° 73g. — (8) Arch. Comm. de Caen, Par. S. Sauveur du Marché, reg. i3. « Le 29
may 1723, a esté, par nous Nicolas-François Fauvel, prestre, curé de S1 Sau-
veur, docteur en théologie, inhumé dans cette église le corps de Anthoine Jouanne, aagé de 37 ans ou environ, muny du T. S. Sacrement d’extrême-
onction, présence des témoins soussignés. »
CALVADOS
lité est imaginaire1 *. La supercherie est d’ailleurs cousue de fil blanc, puisqu'un seul et même livre, d’une seule et même impression, quoique datée de deux villes différentes, porte la souscription de Georges de La Marinière. Voici la description de cet ouvrage :
A. /Advis et notes données svr qvelqves plaidoyez, de Maistre Louys Seruin Aduocat du Roy, cy-deuat publiez en France, au preiudice de la Religion Catholique, de l’honneur du Roy, Très Chrestien, & de la paix de son Royaume. A nos tres-honorez seigneurs les Gens tenans la Cour de Parlement de Paris. Par Lovys Richeome Provençal Religieux de la Compagnie de Iesvs. [Vign. typogr.] A Caen, Chez Georges de la Marinière, Imprimeur & Libraire. M.DC.XV. Auec Priuilege & Approbation. (In 12. 343 p. ch. sll. B. N., LJ4 n 3.)
B. /Advis et notes. .. [Même vign. ! A Agen, Chez Georges de la Marinière, Imprimeur & Libraire. M.DC.XV. Auec Priuilege & Approbation. (In 12.343 p. ch. sll. Sommervogel, Bibl. de la C. de Jésus , t. VI, col. 1828. — Andrieu, op . etloc. cité)
Malgré le caractère agressif de son œuvre et la vivacité de sa polémique, l’auteur avait obtenu du roi un privilège, donné à Paris le 19 septembre 1598; suivant acte passé à Rome le 20 juin 1614, il en rétrocéda le bénéfice à « Georges de la Marinière imprimeur », sans indication de résidence, ce qui devait laisser supposer que ce dernier était dans la Ville Eternelle, auprès de lui. L’ouvrage a pourtant été imprimé en France, et à Caen même ; je crois qu’il sort des presses d’Adam Cavelier. Les exemplaires, ayant la souscription de cette ville, sont beaucoup plus rares que ceux datés d’Agen, et cependant, ceux-ci seuls avaient été supprimés, comme « pernicieux et pleins d’impostures et calumnies », par une sentence du Prévôt de Paris, du 27 janvier 1616- qui a été imprimée3.
(1) C’est également l’avis de J. Andrieu, dans son Histoire de l’impr. en Amenais (Paris-Agen, 1886. In 8), p. 55. — (2) Et non du 27 juin, ainsi que ledit par erreur J. Andrieu, en citant une mention, d’ailleurs exacte, tirée d’un ma-
nuscrit (B. N., Ms. fr. 22087, f° 54). — (3) Sentence de Monsievr le Prévost de
Paris, ov son Lievtenant Civil, portant suppression d’un libelle diffamatoire intitulé, A dais & notes donnés sur quelques plaidoyer de M* Lovis Servin Aduocat du Roy, publiés en France au preiudice de la Religion Catholique, de l’hon-
neur du Roy Tres-Chreslien, & de la paix de son Royaume , par Lovis Richeome
Langlois (Germain), imprimeur à Caen (1677-1702).
Cet imprimeur n’a jamais été signalé. Né à Lasson (Calvados) vers 1635 4, Germain Langlois vint faire 5 ans d’apprentissage à Caen, chez Claude Le Blanc ; il entreprit ensuite son tour de France et, après avoir travaillé pendant 2 ans, à Paris, chez Jean Henault et chez « Le Passier2 », puis pendant 7 mois à Blois, il revint à Caen, servit encore durant quelques années chez Claude Le Blanc et chez Joachim Massienne 3 et enfin s’établit à son propre compte dans la rue « Caillybourg », sous l’enseigne du Nom de Jésus 4. Méritte- Longchamp ne cite aucun livre sorti des presses de ce typographe, qui s’est sans doute contenté la plupart du temps de vaquer à des besognes de ville. L’enquête de 1701 révèle au surplus que Germain Langlois n’avait qu’une presse et qu’il travaillait en la seule compagnie de son fils.
Le Baron (François), imprimeur à Caen (1671-1705).
Voici encore un imprimeur peu connu : non cité par Méritte- Longchamp, il n’aurait exercé, d’après Frère 5, qu’en 1680, tandis que sa carrière englobe un laps de temps de 35 à 36 ans au moins. Né à Caen vers 1632 6, il fit son apprentissage chez un nommé Louis Lebahy 7, dont je n’ai trouvé le nom mentionné dans aucun document, ni sur le titre d’une impression quelconque, ni par les bibliographes locaux. François Le Baron servit ensuite comme compagnon dans divers ateliers de sa ville natale, puis s’établit à
Prouençeal Religieus de la Compagnie de Iesvs, imprimé à Agen die 7 Georges de la Marine {sic) Imprimeur & Libraire, en Van mil six cents quinze, comme estant ledict libelle de Richeome pernitieus et plein d’impostures et calumnies. Du 27 Ianuier 1616. [Arm. de France et de Navarre.] A Paris, Chez Pierre Mettayer, Imprimeur & Libraire ordinaire du Roy. M.DC.XVI. (In 4. 4 p. ch. B. N., F. 237 14, pièce 35.)
(1) D’après la supputation de l’âge (66 ans) déclaré par lui à l’enquête de 1701 (B. N., Ms. fr. n. a. 399, f° 184) — (2) Il n’y a jamais eu d’imprimeur de ce nom à Paris; il faut sans doute lire: Pierre Lemercier. — (3) Enquête de 1701. — (4) Discours prononcé à Rouen, les Ghambres {sic) assemblées, le 29e de juin 1678. Par Monsieur Pelot, alors Avocat, & présentement Conseiller au Parlement de Normandie. [A la fin :] A Caen, Chez Germain Langlois, Imprimeur et Libraire, ruë Caillybourg, au nom de Jésus M.DC.LXXVIII. (In 4. i5 p. ch. B. N., Lf25 128.) — (5) Notes, liasse 121. — (6) D'après la supputation de l’âge (69 ans) déclaré par lui à l’enquête de 1701. — (7) B. N., Ms. fr. n. a. 399, f° 1 85 (Enquête de 1701).
CALVADOS
son compte, en 1671 j, dans la rue Notre-Dame, proche la Cour au Sens -, avec une seule presse 3. Son exercice a dû se terminer vers 1705. De son mariage avec Anne Du Pré, François avait eu plusieurs enfants, notamment une fille et deux fils; ceux-ci travaillaient avec lui en 1701 4, mais je connais seulement Fun d’entre eux, prénommé Jacques, qui s’en alla fonder à Saint-Lô un nouvel établissement, après avoir hérité du matériel typographique de son père 5; quant à la fille, Renée Le Baron, elle épousa, en 1703, Joachim Clamorgan, fils d’un imprimeur de Valognes 6.
Le Bas (Les), [Lat. : Bassus.] imprimeurs à Caen (1581-1631).
Les Le Bas père et fils comptent parmi les meilleurs imprimeurs caennais ; leur nom, par suite, est familier à tous les bibliographes; cependant, les quelques lignes qui vont suivre feront connaître des détails de leur existence assez ignorés.
I. Jacques I (1581-1593), le père, ne fit pas à Caen, ville dont il était peut-être originaire, ses débuts comme imprimeur ; il avait tout d’abord exercé son art à Saint-Lô, de 1565 à 1 5 69 7, et, en cette dernière année, selon M. Emile Travers 's, il serait venu s’installer à Caen, où il aurait donné « une troisième édition du Psautier huguenot pour le libraire Estienne Desloges ». Malheureusement, si tant est que cette troisième édition existe, on ne rencontre aucun autre ouvrage imprimé par Le Bas avant 1581. Qu’est donc devenu ce typographe pendant un laps de temps de plus de dix ans ? Je ne le sais pas positivement, mais il est bien probable qu’il se contenta de travailler dans l’atelier que dirigeait Etienne
( 1 ) B. N., Ms. fr. n. a. Bgg, f° 1 85. — (2) Voy. notamment : Oraison funebre de Monsieur de la Croisette, Gouverneur et Bail 1 i f de Caen. Prononcée dans l’Église de saint Pierre, presence de tous les Corps de la Ville. Par Monsieur de Launay Hue, Prêtre, Docteur de Sorbonne, & Chanoine de l’Eglise Cathédrale de Bayeux, le vingt septième de janvier 1680. [Fleuron.] A Caen, Chez François Le Baron, ruë nôtre Dame, proche la Courau Sens. M.DC.LXXX. Auec Approbation & Permission. (ln-4. 54 p. ch. B. N., Ln27io86i). — (3) Enquête de 1701. — (4) Ibid. — (5) Voy. dans la Quatrième partie. — (6) Arch.Comm. de Caen, Par. Notre Dame, reg. i5 : « Ce 7e février 1703, a été fait et célébré le mariage d’entre Joachim Clamergan (sic), fils de Jacques et de Jacqueline Giffard, de la paroisse de S1 Malo de Valognes, d’une part, et Renée Le Baron, fille de François, et d’Anne du Pray, de cette paroisse, présence de François Le Baron, père de ladite épouse, Jacques Philippard, Louis Philippard et autres, et de Joachim Clamorgant. » — (7) Voy. dans la Quatrième partie. — (8) Les premiers imprimeurs de Saint- Lô, p. 41.
G. Lepreux. Cal 1 i a Typographica. D. 111.
Thomas; celui-ci lui donna sa fille Françoise en mariage et cessa d’imprimer précisément au moment même où l’on voit apparaître le nom de Le Bas sur des impressions caennaises. Jacques I fut donc, suivant toutes probabilités, le successeur de son beau-père; il donna rapidement à ses ateliers un essor considérable, se montra plus tard un adversaire ardent de la Ligue, contre laquelle il imprima sans hésiter tous les pamphlets qui lui tombèrent entre les mains 1 et ne tarda pas à attirer, par ses diverses publications 2, les regards du roi Fîenri IV, qui lui conféra, en 1590, le titre de son imprimeur à Caen. Jacques Le Bas ne jouit pas longtemps de cette prérogative: en 1593, il décédait et sa veuve, Françoise Thomas, lui succédait, en attendant que leur fils fût en âge de reprendre la suite de l’établissement. La date du décès de cet imprimeur ne résulte pas seulement de ce que sa dernière impression, curieuse à bien des titres 3, porte le millésime que je viens d’indiquer, elle s’appuie encore sur une requête que Françoise Thomas présenta, en avril 1594, aux magistrats de la cité, dans le but d’obtenir, et elle
(1) Ct. V. J. Lair, Hist. du Parlement à Caen (Caen, 1860. In-8), p. 174. — (2) Voy. par exemple: A. / Remonstran/ces svr l’arrest / de Paris dv premier / iour de Mars, 1589. par lesquelles se ve-/rifie, tant par les Escritures sainctes, les/saincts Docteurs anciens & modernes, / que par les exemples & autorités prises /des Historiens & Jurisconsultes, Qu'il / n’est licite au subiect de s’armer contre/son Roy, pour quelque cause ou prétex-/te que ce soit. /I. Pier. 2./ Craigne 4 Dieu, honore y le Roy. [Vign. typogr.] A Caen, / De l’Imprimerie de laques le Bas. / M.D LXXXIX. (Pet. in-8. 47 p. ch. B. N., Lb3*682.)- B. /Déclarations / dv Roy, et des prin-/ces de son sang, & autres Ducs, Pairs, Sei-/gneurs & Gentilshommes de son Royau-/me, pour l’obseruation & manutention /de la Religion Catholique, Apostolique, / & Romaine, & des personnes & biens/ Ecclesiastiques. / Avec i’Arrest de la / Court de Parlement de Normendie / séant a Caen. [Arm. de France soutenues par deux femmes portant des palmes.] A Caen. / De l'Imprimerie de laques le Bas. / M.D. LXXXIX. Auec Priuilege. (Pet. in-4. 1 2 p. ch. B. N., Lb35 87.) — C. / De / l’obeissan/ce deve av / prince. / Pour faire cesser les armes, & restablir / la Paix en ce Royaume. / Av Roy. [Vign. tvpogr.J A Caen, / Chez laques le Bas, Imprimeur / du Roy. / M.D. LXXXX. (Pet. in-8.39 p. ch. B. N., Lb35322.) — (3) Morologie des Iesvites. / Morologie des favx prophètes / manticores iesvites, sov di-/sans faussement de la compagnie de Iesus, ou / Description de plusieurs & diuerses heresies, er-/reurs. faussetez, folles et sottes paroles remplies / de calumnies & faux blasmes, pour faire paroi-/stre nôbre de faussetez, sur lesquelles leur mau /dite religion & superstition est fondée, Qui est / aussi vue Antilipsie & deffence pour respondre / aux calumnies & menteries impudentes mises / n'agueres en auant contre M. Estienne de Ma-/lescot, amateur & seruiteur de la parole de Dieu / par des li belles diffamatoires par eux semés / sous main, & sans estre imprimez: faite & com-/posée par Iessen Conte de Malte, Seigneur des /Touches, Paradis, & la Leuf. [Vign. typogr.] A Caen, /Par laques le Bas./ 1593. (In-12. 173 p. ch. et 1 n. ch. B. N., Ld39 r i .)
y réussit, une indemmité au sujet de la non-jouissance d’un pré au faubourg Saint-Etienne 1 * * 4, qui avait été affermé par son père suivant contrat du 31 juillet 1576 2.
Il faudrait une large place, dont je ne dispose pas, rien que pour énumérer les nombreuses publications sorties des presses de Jacques I Le Bas, je me borne à rappeler qu’il a orné le titre de la plupart d’entre elles de l’une des deux marques que je vais décrire, non pas qu’elles soient inédites, mais parce que plusieurs erreurs sont répandues à leur sujet . La première, et la plus souvent employée de ces marques, est en deux formats de grandeur différente 3, elle représente, a-t-on-dit, un aigle 5, un épervier ou un faucon 4, aux ailes déployées, tenant dans ses serres ou empiétant un dauphin, alors qu’on ne peut voir qu’un faisan dans l’oiseau ravisseur. Cette marque n’appartenait pas en propre à Le Bas et je me demande à la suite de quelles circonstances elle étaitvenue échouer dans l’atelier d’un imprimeur caennais : le modèle en petit format (Marq. IA) est signé de la croix de Lorraine 6, il avait donc été dessiné et gravé par Geofroy Tory et il l’avait été pour Michel Lezendat, — ce qui explique le faisan, — imprimeur à Paris, qui l’avait utilisé durant tout le cours de sa carrière; le modèle en grand format (Marq. IB) 11e porte pas la croix de Lorraine 7, il est d’ailleurs d’un dessin un peu différent, — - le dauphin a la tête tournée vers la droite, au lieu de la gauche, — et d’une gravure plus récente ; dans l’un comme dans l’autre cas il n’y a pas de devise. La seconde marque de Le Bas est beaucoup plus compliquée ; M. Travers 8 * * la décrit ainsi : « Un
(1) Ct. G. Dupont, Délibérations de l’Hôtel de ville, t. II, pp. 356, 366, 368 et
372. — (2) Arch. Comm. de Caen, DD. 5. — (3) Les marques de J. Le Bas n’ont
pas été reproduites dans le recueil de Silvestre, tout au moins sous le nom de cet imprimeur; on v trouvera, sous le n° i5q, la marque de Fezendatdont il va être question, et sous le n° 1228, celle de la vigne palissadée, qui avait été
inaugurée par Thomas Bouchard. — Ces deux marques ont été également
reproduites par A. Claudia, dans les Origines de i imprimerie à Saint-Lu , et dans le Caen illustré (1896, in f°) si luxueusement édité par Leblanc-Hardel. — (4) E. Travers, op. cit pp. 42-43. — (5) Frère, Notes, liasse 12 t ; Caen illustré, p. qo5. — (6) On en trouvera plus particulièrement un bel exemplaire original sur le titre de cet ouvrage : — lac. Cahagnesii / Cadomensis, régi i / Medicinæ professoris, de Acade-/miarum Institutione, & libera-/lium artium vtilitate Oratio,/ habita Cadomi, initio suæ / professionis, die / 18. Octobr./ 1 583 . [Marq.
DJ Cadomi, / Apud Iacobum le Bas. / 1 583 . (Pet. in-4. 3t p. ch. B. N., T1673i.)—
(7) Elle figure notamment sur cet ouvrage: — lac. Cahagnesii,/ Cadomensis,
Medi-/cinae professoris Regij, de morte/Ioannis Ruxelij Oratio fu-/nebris, habita
Cadomi, /die 7. Octobr. / 1 5 85. [Marq. I B] Cadomi, /Apud Iacobum le Bas./i586.
(Pet. in 4. 1 1 2 p. ch. B, N., X. 18317.) — (8) Op. cit., p. 33.
GA U.IA TYPOGRAPHICA
encadrement d’une élégance remarquable présentant, à la partie supérieure, deux génies féminins ailés à mi-corps, et, à la partie inférieure, deux licornes couchées tenant de la patte gauche une branche de laurier, renferme un écusson ovale. Celui-ci représente une vigne palissadée avec un vendangeur à droite. Au centre de la vigne, un donjon carré dont chaque face est ajourée de deux fenêtres étroites et surmontées d’une arcature en plein cintre ; ledit donjon couronné d’un chemin de ronde crénelé, supporté par des mâchicoulis, et sommé d'un toit en dôme surbaissé. Le haut de l’écusson est occupé par des nuages sur lesquels on voit des caractères hébraïques. » Cet élégant dessin est tantôt sans devise 1 (Marq. IIA), tantôt accompagné de ce texte du prophète Isaïe (Marq. IL): « Quelle chose ay-ie deu faire à ma vigne (à gauche) que ie ne luy aye faicte ? Bsa. V (à droite) ». Cette marque avait appartenu primitivement à Thomas Bouchard, le prototypographe de Saint- Lô, avec lequel Le Bas fut associé pendant quelque temps. On trouvera dans la notice de celui-ci quelques explications relatives à cette marque.
Jacques Le Bas avait été l’éditeur de presque toutes les œuvres de Jacques Cahaigne, célèbre professeur de médecine en l’Université de Caen ; cet auteur se montra reconnaissant envers son imprimeur, en insérant, dans l’un de ses ouvrages2, le panégyrique, un peu exagéré peut-être, du typographe caennais3, dont les livres, dit-il,
(1) On peut la voir sur le titre de cet ouvrage : — Caroli Paschalii / Regii in
Norinaniae senatv / consiliarii /Christiana-/rvm precvm/libri duo. ("Marq. II A] Cadomi./Ex typographia lacobi le Bas /Typographi Regij. /i 5g2./Cvm Privilégie. (Pet. in 8. 208 p. ch. si I . B. N.. B 53oo). La marque II B figure en particulier sur : — Le Diadesme /francois / Au Roy de France et de Navarre. /Par Y. D.L. V. Gentilhomme François. [Marq.] A Caen, /De l'Imprimerie de laques le Bas./ M.D.LXXXIX. (Pet. in 8. 27 p. ch. Travers, op. cit p. 4 3.) — (2) Elogiorvm / civivm cadomensivm/centvria prima. /Authore Jacobo Cahagnesio /Cadomensi, Medicinae Professore Regio. [Marq. IA] Cadomi,/Ex Typographiâ lacobi Bassi, /Typographi Regij. / 1609. (Pet. in 4. 144 p. s 1 1 . B. N , Ln 25 17.), pp. 93-94. —
(3) « lacobus Bassus Typographus Regius non est mihi ob duas causas silentio prœtereundus ; una est, quod artis Iibrorum Chalcographicae ad disciplinarum omnium propagationem necessariae fuerit peritissimus : Qui nanque ab eo prohibant libri, erant tam nitidè exarati,tam accuratè castigati, ut nulla menda, nullus naevus in toto illorum corpore deprehenderetur ; Altéra, quod pusilli quidam fœtus ingenij mei eius industria in manushominum venerint. Potuisset illeegregius artifex ingentium voluminum excussione rem literariam amplificare, si facultates adfuissent ; scilicet paupertas excellentes artifices premit et opprimit; quod Alciatus Emblemate quodam significavit, cujus imagimen et sententiam hoc Epigrammate complexus est.
CALVADOS
sont si soigneusement imprimés et si parfaitement corrigés qu'on n’y peut rien trouver à reprendre; il déplore ensuite que les moyens pécuniaires de Le Bas ne lui ayent pas permis d’entreprendre de plus vastes publications et lui fait l’application d’un emblème et d’une devise que nous connaissons déjà, pour les avoir vus employés par des éditeurs de Rouen J.
II. Jacques II (1609-163 1). Fils du précédent, mais beaucoup moins fécond comme typographe, il avait été pourvu, en survivance de son père, de la charge d’imprimeur du roi à Caen, par des lettres de privilège du 13 juillet 1598, enregistrées au Parlement de Rouen le 22 décembre suivant, et au sujet desquelles Charles Macé souleva maintes difficultés L Jacques II succéda, en 1609, à Françoise Thomas, sa mère, et n’aurait imprimé, suivant Frère 3, que jusqu’en 1617. On ne trouve pas, il est vrai, d’impressions de ce typographe, postérieures à 1617, dans le catalogue des livres imprimés à Caen de Méritte-Longchamp, mais on voit, par les lettres de provision d’imprimeur du roi octroyées à Adam Cavelier, que Jacques II Le Bas ne résigna la même charge que le 14 août 1631 4 ; il faudrait donc conclure de ce fait que sa carrière typographique ne s’est achevée qu’à la même époque.
Le Blanc (Claude), imprimeur à Caen (1654-1673).
Originaire de Caen 5, Claude Le Blanc y exerça pendant près de 20 ans, la profession d’imprimeur, sur la paroisse Saint-Sauveur du Marché, d’abord dans la rue des Croisiers6, puis dans celle des Cordeliers7. Il mourut, vers 1673, aPrbs avoir formé quantité
Dextra tenet lapidem, manus altéra sustinet alam,
Ut me pluma levât, sic grave mergit onus.
Ingenio poteram superas volitare per auras,
Me ni s i paupertas invida deprimeret. »
(1) Voy. suprà, pp. 49 et 370. — (2) Cf. Documenta, n° 568. — (3) Notes, liasse 12 1. — (4) Voy. Documenta, n° 63g. — (5) Dénombrement, paroisse S. Sauveur, f° 2 io. Voici textuellement sa déclaration: « Claude Leblanc, libraire, a desclaré estre bourgeois originaire de lad. ville, ainsy que son père, et qu’il a tousjours demeuré en lad. ville. » — (6) Le bon et liberal officier en la Vie et en la Mort de Monsievr Dv Boys, Conseiller & Procureur du Roy en Bailliage, en Viconté, & à la Monnoye à S. Lo.//A Caen, chez Clavde Le Blanc, Rué des PP.' Croisiers. M.DC.LV. (In 12. 88 p. ch. si 1 . et i f. n. ch. pour la Permission d’imprimer. B. N., Ln 27 6374.) — (7) Connoissance plvs particvliere dv novveav thresor apporté de Rome en cette ville de Caen, ov Discovrs svr ce qvi se trovve chez les anciens avthevrs de la Bien-Hevrevse Sainte Théodore Vierge et martyre
d’apprentis, et laissa pour lui succéder Marie Beaurast, sa veuve (1674-1676). qui transféra l'officine dans la Froide rue1 et y décéda le 11 décembre 1676 2, après avoir marié sa fille à l’imprimeur Jean Briard, lequel hérita sans doute de tout le matériel. Deux fils au moins étaient nés du mariage des époux Le Blanc-Beaurast 3, ni l’un ni l’autre ne semblent avoir embrassé la carrière paternelle.
Le Boullenger (Julien), imprimeur à Caen (1634-1635).
Frère indique, dans ses Notes \ trois volumes imprimés à Caen, par un Julien Le Boullenger, datés de 1634 et 1635, volumes dont je n’ai pas trouvé mention dans le Catalogue de Méritte-Longchamp. l’enregistre ce nom sans aucune conviction, car bien des sources auxquelles a puisé le bibliographe rouennais sont fort sujettes à caution ; je suis persuadé qu’il s’agit d’impressions faites à Rouen par le typographe du même nom, sur lequel j’ai fourni précédemment quelques notes 5.
Le Boullenger (Rémy), imprimeur à Lisieux (1660-1707).
J’ai dit plus haut 6 dans quelles circonstances l’imprimeur de Rouen, Rémy Le Boullenger, était venu s’installer à Lisieux, dont il
romaine. Dont les Reliques transférées de Rome, sont honorées dans la Chappelle du Monastère de Sainte Vrsule. Dédié aux Dames de ce Monastère. Par M. G. Marcel Prestre, & Curé de Basly .// A Caen, Chez Clavde Le Blanc. i658. Avec Approbation. (Pet. in 8. 4 ff. n. ch., 45 p. ch. B. N. Lk7 i5oo.)
(1) La Gloire du S. Sepulchre, Panégyrique. Prononcé en l’Eglise des RR. PP. Cordeliers de Caen, pour la Ceremonie de la Bénédiction de leur Chapelle du S. Sepulchre. Par M. G. Marcel, Prêtre, Bachelier en Théologie & Curé de Basly. Vteri tiova forma, mortuum concipit parit vivum. Chrysol. [Corbeille de lleurs et de fruits, au-dessus de laquelle vole un papillon.] A Caen, chez la Vefve Claude Le Blanc, à Froideruë. M.DC.LXXIIII. Avec Approbation. (In 8. 1 f. n. ch., 38 p. ch. et 1 n. ch. B.N., L k 7 1504.) — (2) Arch. Comm. de Caen, Par. Notre Dame, reg. 7: « Le Samedy 12e décembre 1676, a esté enterré dans l’église le corps de Marie Beaurast, veuve de Claude Le Blanc, âgée environ de 43 ans, laquelle décéda le jour précédent, environ une heure après midy, ainsy que nous l'ont attesté Claude Le Blanc, son fils, et Jean Briad (sic), son gendre. — (3) Arch. Comm. de Caen, Par. S. Sauveur du Marché, reg. 6. « Du 21e janvier 1 663, Claude, fils de Claude Le Blanc, libraire, et de Marie de Beaurad (sic), sa femme, a esté baptisé, le nom luy ayant esté donné par M° Jean Poisson libraire, assisté de Elisabeth Justin, parin et marrine. » — « Du mardy 16e juin- 1 665, Jean Le Blanc, fils de Claude Le Blanc et de Marie Bouvar (sic), sa femme, a esté baptisé dans lad. église et nommé par Jean Dumesnil, assisté de Charlotte de la Blau... » — (q) Liasse 122. — (5) Voy. suprà, p. 23q. — (6) Voy. suprà, p. 236.
CALVADOS
fut certainement le prototypographe : son établissement dans cette ville avait été demandé, et autorisé par une ordonnance de l’évêque, Léonor I de Matignon, du 14 décembre 1660; ce prélat lui confia, paraît-il, en premier lieu, l’impression d’un Manuel ou Rituel à l’usage de son diocèse. Malheureusement, le Chapitre cathédral n’était pas toujours en parfait accord avec le chef du diocèse, et, le 26 mars 1662, le promoteur faisait assigner Le Boullenger, devant l’Officialité sans doute, pour entendre ordonner qu’il serait sursis à l'impression de ce Manuel, qui se faisait sans le consentement des chanoines1. Le 14 avril suivant, il fut décidé que les poursuites seraient suspendues jusqu’à consultation de l’évêque2. Le silence se fit ensuite sur ces luttes intestines, mais un silence momentané, puisque, dix ans plus tard, les hostilités reprenaient et que, par une ordonnance du 9 juin 1673, Chapitre autorisait un nouvel imprimeur, Jean Le Roy (?), à s’installer à Lisieux, à y tenir boutique et vente de toutes choses de son état et de prendre la qualité d’imprimeur du Chapitre 3. Rien de tout cela n’effraya Rémy Le Boullenger, qui continua comme devant d’exercer sa profession et qui, même, non content de se dire l’imprimeur de l’Evêché, arbora fièrement les qualités d’imprimeur du Roi et du Collège4. L’enquête de 1701 trouva notre typographe en pleine activité ; elle nous fait connaître qu’il possédait une presse, avec 7 fontes de caractères, et employait, comme compagnon, un Du Souillet, appartenant à une famille de libraires rouennais 5. Rémy Le Boullenger mourut à Lisieux vers 1 707 ; sa veuve, née Marie Pierre (1707-1712), continua son entreprise, avec le concours de son fils, Jacques-Rémy, qui tenta vainement, en 1712, d’obtenir l’autorisation de la remplacer6.
(1) Cf. H. de Formeville, Histoire de l'ancien évêché-comté de Lisieux (Lisieux,
1873. gr. in 8), p. dxciiij. — (2) Ibid. — (3) Ibid. — (4) Voy. notamment : —
Traitté de la morsvre dv chien enragé. Qvi enseigne les cavses, Signes, & Pro-
nostics du mal de la Rage. Auec la manière de s’en présenter. Vtile et neces-
saire a vn chacvn. Œvvre d’avtant plvs cvrievx & nouueau que cette matière
n’a point encor esté veuë en François. Augmenté d’vne Obseruation fort Curieuse sur ce sujet. Par Marin Hamel, Chirurgien luré, exerçant & résident à Lisieux. //A Lisievx, chez Remy Le Boullenger, Imprimeur du Roy, de LEvesché, & du College. Et se distribué chez ledit Hamel, auec les Remedes. (S. d. (1700, d’après le Dictionnaire encyclop. des sciences médicales) 8 ff. n. ch., 96 p. ch. et 4 ff. n. ch. B. N., Td 85 34.) — (5) Voy. supra, p. 1 65. — (6) Voy. Documenta, n" 745.
Le Bourgeois (Les), imprimeurs à Caen (1666-1730).
I. Jacques (1666-1686). Ce personnage n’est guère connu que par les longs démêlés qu’il eut avec les gardes de la Communauté de Rouen, au sujet de sa réception comme imprimeur, soit dans cette ville, soit dans celle de Caen L En fin de compte, il fut autorisé à continuer sa profession à Caen, mais je ne suis pas certain du tout qu’il en ait exercé une autre que celle de libraire : un seul ouvrage portant sa souscription est signalé dans le Catalogue de Méritte-Longchamp, au folio 59, et il n’en résulte pas qu’il l’ait imprimé. Quoi qu’il en soit, Jacques était le fils d’un Michel Le Bourgeois, appartenant à la religion réformée ; il avait vu le jour à Caen, et, après avoir terminé ses études à l’Université de cette ville2, il était entré en apprentissage, en 1659, chez GuillaumeDesbuissons 3, qu’il avait dû quitter pour un autre maître, nommé Thomas Cordier ou Le Cordier 4, chez lequel il ne semble pas avoir séjourné bien longtemps, car il se rendait bientôt à Rouen et y recommençait un apprentissage plus sérieux dans l’atelier de Jean Berthelin0. Je laisse au lecteur le plaisir de savourer en détail, sur les documents eux-mêmes, les incidents judiciaires qui se produisirent quelques années plus tard, lorsque Jacques le Bourgeois voulut être admis à la maîtrise, et je termine cette courte notice par un point d’interrogation, attendu que j’ignore le moment précis où cet imprimeur-libraire acheva sa carrière. Frère indique la date dei6866, je ne sais pas exactement ce qu’elle vaut, je l’ai cependant inscrite ici faute de mieux.
II. Jérémie (1702- 1730). Je ne suis guère mieux renseigné sur ce typographe que sur le précédent, dont il était le fils, mais auquel il ne semble pas avoir succédé. Je lis seulement dans l’arrêtdu Conseil d’Etat du 4 septembre 1717 \ qu’il est permis à Jérémie Le Bourgeois de continuer l’exercice de sa profession d’imprimeur-libraire à Caen; il avait dû s’établir postérieurement à l’année 1701, puisqu’il n’est pas mentionné dans l’enquête générale qui fut faite à cette époque ; il avait cessé d’imprimer avant 1730, car l’enquête
(i)Voy. Documenta, nos 657, 658, 660, 661, 665, 671. — (2) Cf. Documenta, nu 671. —(3) Cf. Documenta, nos 65i et 671.— (4) Ibid. — (5) Voy. Documenta, n° 657. — (6) Notes, liasse 122. — (7) Cf. Documenta, n° 763.
CALVADOS
locale de 1730 constate qu’il n’était plus que libraire 1 et s’était converti à la religion catholique.
Le Chandelier (Pierre) [Lat. : Candelarius], imprimeur à Caen (1562-1591).
Cet imprimeur appartenait, comme les précédents, à la religion protestante, mais il est plus célèbre et surtout mieux connu, car il a apposé son nom et sa marque sur un nombre considérable de pièces et de volumes sortis de son atelier. Il faut malheureusement se contenter de le connaître bibliographiquement, aucun document le concernant ne m’étant tombé sous la main. Il y a bien dans la France Protestante , des frères Haag(tome VI), un article à son nom, mais il ne fait que reproduire une proposition quelque peu risquée Je La Croix du Maine2 *, qui a cru lire le nom de ce typographe dans l’anagramme incohérente : Le péché y rendra l’ire , figurant à la première page des Mémoires de V histoire de nostre temps , imprimés en 1573, à la Rochelle ! En réalité, Pierre Le Chandelier, dont le nom était assez répandu à Caen, a travaillé dans cette ville de 1562 3 à 1591 4 et presque tous les livres qu’il a produits sont ornés de sa marque 5, représentant un chandelier à sept branches, accompagné ou non de cette devise: Lvcernis accensis fideliter ministro. Ses impressions sont correctes et dignes, sous le rapport typographique, du siècle au cours duquel il a travaillé; il possédait un matériel assez riche de fleurons et de bandeaux; parmi ces derniers, j’en signale un au centre duquel on remarque un écusson tenu par deux centauresses et renfermant un chandelier allumé 6.
(1) A. D. G., C, 2880 : « Libraires au nombre de quatre : Jérémie Le Bour-
geois, fils de Jacques nouveau converty... » — (2) Bibliothèque françoise, Edi-
tion Rigoley de Juvigny, t. II, p. 262. — (3) Voy. Cat. Méritte-Longchamp, p. i3.
(4) Voy. notamment : A./ Stanses d’adver-/tissement avx fran-/çois du danger
où ils sont de perdre leur 1 i ber- / té, & dè tomber en domination estrangere, /
s’ils ne se revnissent ensemble par vne bonne / paix. ("Marq. indiquée.] A Caen, / Chez Pierre le Chandelier. / 1 5g i . (In-4. 12 p. ch 19 à 3o, et 1 f. n. ch. B. N. Res. Ye 1001). — B. / Stanses d’adver /tissement avx prélats, / & Pasteurs, Ecclesiastiques du vray & vnique / moyen de mettre la Qhrestienté en paix, pour / le fait de la Religion./ Par Loys Ernavt seignevr / de Chantores & de Thieuille, Gentil-/ homme Auranchois, [Marq. décrite.] A Caen, / Chez Pierre le Chandelier. / 1 591. (In -4. 1 5 p. ch. B. N., Rés., Ye 1001 .) — (5) Elle est reproduite dans le Recueil de Sylvestre, sous le numéro 467. — (6) 11 figure entre autres au commencement du texte de l’ouvrage suivant: — Le monstre / de l’Apparence. / Vaincv et dompte/ au Val de Sere, par Monseigneur / le Conte
G ALLIA TYPOGRAPHICA
Le Cordier ou Cordier (Les), imprimeurs à Caen (1563-1690).
L’industrie du livre a compté à Caen un assez grand nombre d’artisans de ce nom, qu’on trouve indifféremment écrit Cordier et Le Çordier ; j’ai indiqué plus haut qu’un Louis Le Cordier avait imprimé, en 1563, en société avec Henry Auber 1 ; un Jean Cordier aurait exercé la typographie dans la même ville de 1697 à 1701 “2, je n’ai que peu de mots à dire de deux autres Le Cordier, sans doute descendants de Louis, qui ne figurent ni dans les Notes de Frère, ni dans le Catalogne de Méritte-Longchamp et sur lesquels je n’ai pu réunir que de médiocres informations.
I. Thomas (1640-1669). Il exerça l’imprimerie à Caen entre les deux dates que j’indique et qui, j’en préviens le lecteur, sont un peu fantaisistes, faute de documents indiscutables. La première est celle où j’ai rencontré la naissance de son fils Marin, j’aisupposé qu’étant marié, il devait être établi déjà; la seconde est encore plus précaire, j’imagine qu’à cette époque son fils a dû lui succéder. Thomas Le Cordier fut le second maître de Jacques Le Bourgeois, dont il a été parlé plus haut, c’est tout ce que je sais de son existence professionnelle, attendu que je n’ai rencontré aucune production de son officine; on va voir qu’il était allié par sa femme à la famille des Yvon, qui tient une grande place dans la typographie caennaise aux xvne et xvme siècles.
IL Marin (1670-1690). Né à Caen le 2 juillet 1640 3, il était fils du précédent et de Pérette Yvon, sans doute soeur de l’imprimeur Marin Yvon, qui fut le parrain du nouveau-né, et il devint lui-même imprimeuret libraire, d’après la déclaration faite par sa veuve à l’enquête de 1701 4. Je n’ai pas pu trouver d’impression portant le nom de Marin Le Cordier; de même que son père peut-être, il se sera borné aux besognes de ville, peut-être aussi il aura travaillé anonymement pour ses confrères ou pour des libraires; sa situation réelle d’imprimeur est dans tous les cas fortifiée de ce fait que sa veuve déclara, auxenquêteursde 1701, qu’elle ne continuait
de Torigni. [Marq. décrite.] A Caen, / Chez Pierre le Chandelier. / 1591. (In-4. 40 p ch. (incomplet.) B. N., Ln27 13770).
(1) Voy. suprà, p. 428. — (2) Voy. suprà, p. 448. — (3) Arch. comm. de Caen, Paroisse Notre Dame, reg. 5: « Du 7e jour de juillet audit an (1640), a esté baptisé un fils issu du mariage de Thomas le Cordier et Pérette Yvon, aagé de cinq jours, lequel a esté nomé Marin par Marin Yvon de ceste paroisse et par Anne Brenouzet P. » — (4) B. N., Ms. fr. n. a. 3qq, f° 188.
CALVADOS
plus personnellement que la librairie et la reliure. Marin Le Cordier dut exercer son art pendant unevingtaine d’années: ses débuts dans la carrière typographique peuvent être fixés approximativement à l’année 1670, époque où il venait de dépasser l’âge de 30 ans ; la terminaison de son exercice est plus nettement marquée par son décès, arrivé en 16901. Il avait épousé une Françoise de Roches, dont il eut au moins un fils2, auquel le prénom paternel fut encore imposé par Marin II Yvon, qualifié à tort imprimeur du roi. Ce second Marin Le Cordier embrassa vraisemblablement l’état ecclésiastique, car c’est lui sans aucun doute qui figure en qualité de témoin dans l’acte d’inhumation de ce même Marin Yvon, dont il s’honorait d’être le filleul. Je pense que Jean Cordier ou Le Cordier, le prétendu imprimeur que j’ai répertorié plus haut 3, était également fils de Marin, et de Françoise de Roches; ceci n’est qu’une simple présomption, mais si le fait était réel et si vraiment Jean Cordier a été typographe, ce qui n’est pas démontré, on pourrait admettre l’hypothèse qu’il avait repris dès 1690 l’imprimerie paternelle et l’on comprendrait alors que sa mère supposée n’ait conservé que la librairie et la reliure.
Lejeune (Jean), imprimeur à Caen (1676-1720).
Je 11’ai pu mettre la main sur aucune impression de ce typographe, auquel Frère donne par erreur, je crois, le prénom de Guillaume4; Méritte-Longchamp n’en mentionne pas non plus. Jean Lejeune, né à Caen vers 1654°, a pourtant exercé pendant une quarantaine d’années. Il avait fait son apprentissage dans la même ville, sous son père ; il avait ensuite travaillé pendant plusieurs années, en qualité de compagnon, tant à Rouen qu’à Paris, et enfin, il s’était établi au lieu de sa naissance, en 1676, avec une presse et
(1) Arch. coram. de Caen, Par. Notre-Dame, reg.12: « Le Mardy 16e May
1690 a été inhumé dans l'église le corps de Marin Le Cordier, âgé de 5o ans, décédé du jour précédent... » — (2) Arch. comm. de Caen, Par. Notre Dame, reg. 7 : « Le Dimanche 8e d’octobre audit an (1673) a été baptisé un fils du mariage de Marin Le Cordier et de Françoise de Roches, né du samedy 3oe de septembre, environ les 11 heures du soir, lequel a été nommé Marin, par hon-
neste homme Marin Yvon, imprimeur du Roy, de cette paroisse, assisté d’honneste femme Anne Yvon, de la paroisse de S. Estienne. » — (3) Voy. supra,
p. 448. — (4) Notes, liasse 124. — (5) D’après la supputation de son âge (47 ans) déclaré à l’enquête de 1701 (B. N., Ms. fr. n. a. 399, f° 189).
une boutique de librairie L L’arrêt du Conseil du 4 septembre 1717 1 2 lui accorda la permission, « de grâce et sans tirera conséquence », de continuer à tenir imprimerie à Caen, mais je le perds de vue après cette date et je ne pense pas que son exercice se soit prolongé au delà des environs de l’année 1720.
L’Ermite (Nicolas), pseudo-imprimeur de Bayeux (1622).
Cet imprimeur, qui autrement serait le prototypographe de Bayeux, n’est qu’un personnage imaginaire, dont le nom figure pour la seule et unique fois sur l’ouvrage suivant :
L’Anti-Rovssel av nom dv pevple de Brethevil. Par T. D. C. S. D. P. Ayqoixov fxi] xatoupQoç qt)toq. ld est. Rusticanum ne contempseris Rhetorem. Erasm. in ad. ch. 2. Cent. 6. [Vignette typographique.] A Bayevx, Par Nicolas L’Ermite. M.DC.XXII. (Pet. in 8. 20 p. ch. B. N., Lk7 1399.)
Le Roux (Pierre), imprimeur à Bayeux (1631-1 660).
Voici le véritable introducteur de la typographie à Bayeux, mais il n’y a guère lieu d’en être fier, et, pour être indulgent, je me contenterai de dire que ses impressions 3 sont des plus médiocres. On n’a fourni jusqu’à présent aucun renseignement biographique sur Pierre Le Roux, et de fait, je n’ai rien trouvé de bien concluant en ce qui le concerne; toutefois, je ne crois pas me tromper en l’identifiant avec un Pierre Le Roux, établi libraire-imprimeur à Rouen, dès 1609, et dont les affaires étaient si peu brillantes, qu’il ne trouva rien de mieux que de se mettre à vendre des objets de bureau, au grand émoi des merciers-grossiers de la même ville4 * *. Après avoir végété durant plusieurs années encore, il aura eu l’habileté de se faire appeler à Bayeux par l’évêque et il s’y sera trans-
(1) Enquête de 1701. — '2) Cf. Documenta, n° 763. — (3) Voy. F. Pluquet,
Essai hist. sut' Bayeux , pp. 241-242. — (4) A. D.S., E. 485, p. 20: « 8 janvier 1609. Sentence du bailliage de Rouen sur l’aprochement faict par les gardes de mercier grossier en ceste dite ville allencontre de Pierre Le Roux, Me libraire-im-
primeur audit Rouen, prétendans lesdits merciers l’empescher de vendre des cscriptoires avec des lachetzde soye, layne et fil garnies de canivetz, plumes et autres enrichissemens, comme prétendans cela dépendre dudict mestier de
mercier-grossier, par laquel le sentence justice ayant oy les parties avec les gardes
dudict estât de libraire qui avoient donné adjonction aud. Le Roux et soustenu
avec luv à tort led. aprochement,avoict envoié lesd. parties hors de court et de
procez et deschargé led. Le Roux dud. aprochement et sans despens. »
CALVADOS
porté avec son matériel dans l’espoir d une meilleure fortune. Il est probable que les espérances de Pierre Le Roux ne furent point déçues, puisqu’il resta dans cette ville durant de nombreuses années et sans doute jusqu’à son décès. Est-ce à dire qu’il y exerçait encore en 1660? Le fait n’est pas démontré, attendu qu’après 1638, époque où Le Roux imprima un petit livret que Léopold Delisle a décrit dans les Mémoires de la Société Académique de Cherbourg 1 , je n’ai vu citer aucune production de son modeste atelier.
Le Roy (Gilles), imprimeur à Caen (1765-1815).
Né et baptisé à Mouen (Calvados) le 9 février 1730 2, Gilles Le Roy vint achever ses études à l’Université de Caen et il y fit évidemment, chez l’un des maîtres de cette ville, son apprentissage d’imprimerie. Le 23 mars 1756, il était à Paris et y passait, dans la Chambre syndicale des libraires et imprimeurs de la capitale, devant Bellanger et Nau, notaires au Châtelet, un brevet d’apprentissage pour une durée de quatre années entières et consécutives , avec le libraire Michel-Antoine David3. Or, le 26 mai suivant, il obtenait de son maître un certificat constatant sa capacité4 et l’exonérant du reste de son temps, et, le 31 du même mois, il était habilité, par un arrêt du Conseil d’Etat, à exercer à Caen la profession de libraire et relieur5. Il est donc certain que Gilles Le Roy avait précédemment appris les trois états si intimement liés l’un à l’autre. Vendre des livres et en relier, cela ne pouvait suffire à satisfaire les ambitions du jeune mouennais, il voulait être imprimeur et n’eut plus de cesse de le devenir. Dès 1757, il postulait la place de Pierre-François Doublet6, mais sans succès, puisqu’elle était destinée d’avance à Pierre Chalopin ; il lui fallut se résigner à attendre huit ans encore, et enfin, s’étant fait remettre, en 1765, la démission en sa faveur de la veuve de Pierre-Jacques Yvon, un arrêt du 16 septembre le pourvut de cette place7. Heureux, mais non satisfait encore, le
(1) Année 1 86 1 , p. 1 8 r . Ce livret est ainsi décrit : « Récit de la vie et des mi-
racles du B. Thomas Hélye de Biville. prestre, curé de l’église de Saint-Maurice, dans le diocèse de Coutances; par François Le Myere, mineur observantin du couvent de Bayeux. / Bayeux, Pierre Le Roux, 1 63 8. In 18 de 108 p. au moins. » — (2) Etat civil de Mouen : « Aujourd’huv 9 jour de février 1730, un fils né de
mardi dernier du légitime mariage de François Le Roy et de Marie Le Cour-
cier, a été baptisé par moy soussigné prêtre curé de cette paroisse et nommé
Gille par Gille Tharin, assisté d’Anne Noël, parrain et marraine... » — (3) B. N.,
Ms. fr. 2 1 838, f° 223 v(\ — (4) A. N., V6 987, Arrêtdu Conseil du 3i mai 1756. —
'5) Ibid. — (6) Cf. Documenta, n° gob. — (7) Voy. Documenta, nos g 18 et 919.
nouveau typographe intrigua alors pour se faire attribuer la charge d’imprimeur du roi que remplissait son collègue Pyron ; il réussit à mettre dans son jeu l’intendant de la Généralité. Dès le 3 novembre 1766, celui-ci entamait la campagne auprès du Contrôleur Général; il lui écrivait ceci: « Il y a longtemps que j’ay à me plaindre de l’inexactitude et du peu d’activité de l’imprimeur que j’ay trouvé chargé à Caen des expéditions pour le compte du Roy. Le sieur Pyron est un homme qui, pour passer tout son tems à la campagne, abandonne son imprimerie à des ouvriers, qui paroissent n’y pas prendre grand intérêt et il arrive de là que le Roy et le public sont très mal servis1... » Il terminait sa lettre sans proposer aucun nouveau titulaire, mais en demandant avec une candeur affectée, s'il pouvait choisir un autre imprimeur, « en raison du titre d’imprimeur du Roy que possède ledit Pyron ». Le 30 janvier suivant, nouvelle lettre de M. de Fontette, l’intendant. Cette fois il présentait ouvertement son candidat et demandait des provisions d’imprimeur du roi pour « Gilles Le Roy, jeune homme plein d’activité et d’ardeur; il a, ajoutait-il, remonté le commerce de la librairie qui était entièrement tombé à Caen, et est devenu un des plus forts libraires du royaume 2 ». Le conseiller d’État Bertin lui répondit bientôt que sa proposition d’accorder à Le Roy -des lettres de provision d’imprimeur de Sa Majesté, sans ôter cette charge à Pyron, n’allait pas sans difficulté et que probablement il serait fait opposition à leur enregistrement ; si donc Pyron donnait de justes sujets de plainte, il fallait le destituer, et donner sa place à l’autre3. De Fontette n’osa pas user de ce procédé aussi brutal qu’injustifié, mais il prit une voie détournée en chargeant Le Roy d’imprimer un édit du roi, de juillet 1766, concernant l’administration municipale dans les villes et bourgs de Normandie, ce qui devait nécessairement mettre le feu aux poudres. En effet, Pyron ne tardait pas à avoir connaissance de ce document, et, bien qu’aucun nom de typographe n’y figurât, il ne se trompa pas d’adresse et assigna son concurrent devant le lieutenant général de police de Caen ; le 19 janvier 1767, il obtenait de ce magistrat une sentence ordonnant avant faire droit la preuve que le défendeur avait réellement imprime dans son imprimerie l’édit en question. Dûment stylé par l’intendant,
(O A. D. C., C. 2887. - (2) Ibid. - (3) Ibid.
CAl.VADOS
Le Roy lit appel de cette décision et présenta requête au Conseil d’État, qui, par arrêt du 9 mars, évoqua l’affaire L Entre temps, des lettres patentes du 6 mars 1767 avaient octroyé la charge d’imprimeur de Sa Majesté à l’adversaire de Pyron et ainsi renaissait un état de choses, aboli quelques années plus tôt comme étant la source de chicanes incessantes. Le sort final du procès ne pouvait plus dès lors rester douteux, en dépit des efforts de Pyron pour lui donner une tournure favorable à ses intérêts 1 2 : le 28 mars 1768, tout eu condamnant Le Roy à une amende de 10 livres pour avoir fait fonctions d’imprimeur de Sa Majesté, avant d’avoir reçu ses provisions, et pour avoir imprimé l’édit de 1766 sans y mettre son nom, le Conseil d’État ordonnait que chacun des deux adversaires pourrait à l’avenir « imprimer, vendre et débiter concurremment en ladite ville de Caen, les édits, arrêts des Conseils et Cours supérieures, ordonnances sentences et jugemens, mandemens des tailles et autres choses généralement quelconques concernant le service de Sa Majesté 3 ».
Gilles Le Roy était parvenu au faîte de ses ambitions : à son commerce de livres déjà considérable, il avait ajouté une imprimerie, dont les ateliers installés primitivement dans la Froide rue4 5, s’étaient bientôt trouvé si à l’étroit, qu’il avait dû les transférer dans l’ancien hôtel de la Monnaie, curieux édifice encore existant, dont il avait fait l'acquisition 3 ; il possédait de plus d’importantes papeteries au dehors de la ville, si bien que, d’après une lettre de l’intendant Esmangard, du 23 juillet 1780 6, il n’occupait pas moins de 300 personnes tant à Caen que dans les environs. Mais tout Capitole a sa Roche Tarpéienne, Le Roy l’apprit bientôt à ses dépens.
(1) Voy. Documenta, n° 924. — (2) Voy. la notice de cet imprimeur.— (3) Voy.
Documenta, n° 926. — (4) Voy. notamment : — Chronologie historique des baillis et des gouverneurs de Caen, Avec un Discours Préliminaire sur l’Institution des
Baillis en Normandie. Rei bonœ vel vestigia delectant. Phaed. Lib. III. Fab. I.
[Fleuron.] A Caen, chez G. Le Roy, Imprimeur du Roi, Rue Froide-rue. M.D CC.LXIX. Avec Approbation & Permission. (In 12. 166 p. ch. B. N., Lf35 i5.) —
(5) Voy. : Recherches sur la petite vérole, Sa marche, ses nuances, et les
meilleurs moyens de la traiter. Avec des observations sur l’Epidemie qui a régné dans Anfréville et les environs:... sur la nature des Gas inflammables & détonnans, & les meilleurs moyens de prévenir leurs pernicieux effets, ou d’y remédier :... & sur la Dyssenterie Epidémique quia régné l’année 1779, dans la ville de Caen & ses environs. Par H. F. A. de Roussel, Docteur & Professeur en Médecine en l’Université de Caen, de l’Académie des Belles-Lettres de la même ville, Associé au Collège des Médecins de Lyon. [Fleuron.] A Caen, Chez G. Le Roy, Imprimeur du Roi, à l’ancien Hôtel de la Monnoie. M.DCC.LXXXI. Avec approbation et permission. (Pet. in-80200 p. ch. et 1 f. n. ch. pour le privilège B. N., Td6i 19a.) - (6) A. D. C., C. 2887.
G allia typographica
Le 2 juillet 1780, sous prétexte que dans un catalogue de son fonds de librairie, qu'il distribuait à ce moment, se trouvaient plusieurs livres prohibés, un arrêt du Conseil d’Etat prononçait contre lui la peine de l’interdiction, tant comme imprimeur que comme adjoint au syndic de la Communauté et ordonnait la saisie de ses presses1. Fort heureusement pour lui ce repos forcé ne fut pas de longue durée ; dès le 23 du même mois, l’intendant de la Généralité de Caen intervenait en sa faveur, en faisant valoir que non seulement un nombre considérable d’ouvriers attendaient de lui leur gagne-pain, mais encore que toutes les impressions du gouvernement lui étant confiées, il était urgent de le rétablir dans ses fonctions2. Un arrêt du Conseil d’Etat le réhabilita, paraît-il, peu de temps après, mais je n’ai pas pu mettre la main sur ce document, qui est seulement visé dans la liasse des archives départementales du Calvados, contenant la lettre de l'intendant, dont il vient d’être question. Six ans s'étaient à peine écoulés depuis ses premiers malheurs, que Le Roy tombait dans une nouvelle contravention, aggravée cette fois d’un acte d’indiscipline, d’autant plus fâcheux, qu’en sa qualité d’imprimeur du roi, il aurait dû donner à ses confrères l’exemple de la soumission aux règlements ; frappé derechef d’interdiction, par arrêt du Conseil du 24 novembre 1785 3, et, en plus, de quatre mille livres d’amende, l’imprimeur de Sa Majesté trouva encore des protections, qui l’aidèrent à sortir de ce mauvais pas, car, le 17 janvier 1786, le Garde des sceaux Miromesnil écrivait en ces termes à l’intendant de Caen : « La manière dont le sieur le Roi, imprimeur de Caen, s’est soumis à l’arrêt du Conseil qui l’interdit de ses fonctions, les démarches que l’inspecteur de la librairie et les officiers de la Chambre sindicale ont faittes auprès de moi pour obtenir sa grâce, la confiance où je suis que cet imprimeur se conduira mieux à l’avenir, m’ont déterminés à lui permettre de rentrer dans l’exercice de son état. En conséquence vous voudrés bien instruire votre subdélégué des ordres que j'ai fait donner à l’inspecteur et aux officiers de la Chambre sindicale de faire délivrer au sieur le Roi les vis et écrous de ses presses, après avoir néantmoins préalablement payé entre les mains du sindic de la librairie la somme de 1200 livres à laquelle j’ai bien voulu modérer les amandes prononcées contre lui. Je vous ferai passer incessamment l’arrêt
(1) Voy. Documenta, n° g35 bis, aux Additions. — (2) A. D. C., C. 2887. —
(3) Voy. Documenta, n° 939.
CALVADOS
qui relèvera le sieur le Roi de son interdiction R » Le 21 du même mois, Le Roy versait effectivement les 1200 livres de son amende, les vis de ses presses lui étaient aussitôt remises et, cinq jours après, le sarde des sceaux annonçait en ces termes à l’intendant de Caen
la clôture de cette affaire : « Je viens de signer l’arrêt qui relève le sieur Le Roy de son interdiction ; et comme il me paroît important pour lui de rentrer promptement dans toutes ses fonctions, même comme imprimeur du Roi, je ne vois plus aucun inconvénient à ce que vous vous déterminiez à l’employer comme ci-devant, si vous le jugez à propos, et en attendant l’expédition de l’arrêt qui peut encore éprouver plusieurs jours de délai 1 2. »
Il est probable que M. de Brou, l’intendant de Caen, s’empressa de profiter de la permission : Pyron, l’autre imprimeur du roi, se rendait peut- être un peu moins souvent qu’autrefois à la campagne, mais il était devenu aveugle et cette pénible infirmité n’était pas faite pour le porter à s’occuper plus assidûment de ses ateliers ; le pauvre homme était d’ailleurs tout disposé à présent à rendre les armes à son vieil adversaire ; il bataillait encore avec lui au sujet d’une impression, dont un auteur, sans doute peu délicat, les avait chargés tous deux 3, mais, en 1789, il était tout à fait au bout de son rouleau. Alors, sinon spontanément, tout au moins contre promesse de quelque juste indemnité, il s’était joint à Le Roy pour demander que les deux places d’imprimeur de Sa Majesté fussent réunies entre les mains de ce dernier, ce qui leur fut accordé par un arrêt du Conseil du 14 janvier 1789 4.
Les événements politiques se chargèrent bientôt de briser le titre si péniblement acquis par Gilles Le Roy, mais ils lui apportèrent en compensation celui d’imprimeur du Conseil général de la commune, qu’il ne conserva pas d’ailleurs bien longtemps, car, le 16 décembre 1791, le Conseil délibérait de le remplacer par Chalopin, parce que ses impressions étaient faites sur du papier de mauvaise qualité 5. J’abandonne à présent l’ancien imprimeur du roi à ses destinées, car le nouveau régime ne m’appartient pas ; j’indique seulement qu’il continua d’exercer jusqu’en 1815. Je ne dis rien non plus de ses productions, elles sont trop nombreuses et trop connues pour qu’il soit utile d’insister sur ce point.
(1) A. D. C., C. 2887. — (2) Ibid. — (3) Voy. Documenta, n° 941. — (4) Voy. Docu-
menta, n° 944. — (5) Inventaire Dupont, t. VI. p. 432.
G. Lepreux. Gallia Typographica, D. III, 3i
GAI. LIA TYPOGRAPHICA
Leroy (Jean), imprimeur à Lisieux (1673).
Dans son bel ouvrage sur l’évêché de Lisieux1, M. deFormeville nous apprend que « le 9 juin 1673, une ordonnance du Chapitre permettait à Jean Leroy, imprimeur, d’exercer son état à Lisieux, d’y tenir boutique et vente de toutes choses de son état, et de prendre la qualité d’ imprimeur du Chapitre . De son côté l’évêque lui avait accordé cette faculté. La requête au Chapitre le constatait et mentionnait qu’il avait appris son art chez Rémy Le Boullenger, imprimeur ». Jamais, que je sache, il n’y a eu à Lisieux d’imprimeur du nom de Leroy, mais tout ce que je viens de transcrire s’applique si bien à Jean Godefroy, dont j’ai parlé plus haut, que je ne doute pas qu’il s’agisse ici de lui et que le nom de Leroy, s’il n’a été mal lu, a été mal écrit par le copiste du Chapitre; je crois donc que c’est Godefroy qu’il aurait fallu mettre ou lire.
Macè (Les), imprimeurs à Caen (1556-1616).
Beaucoup mieux que ne l’avait fait Frère 2, le savant Léopold Delisle a fait connaître plusieurs libraires de ce nom 3, qui ont tenu boutique à Caen dans la première moitié du xvie siècle, savoir : Robert ou Robinet Macé, de 1498 à 1506; Richard Macé, premier fils de Robert, de 1507 à 1520; Robert II Macé, frère du précédent, de 1520 à 1563. Suivant l’ancien et illustre administrateur de la Bibliothèque Nationale, ce dernier aurait exercé dans la seconde partie de son existence, c’est à dire à partir de l’année 1556, la profession de typographe ; il en trouve la preuve : i° dans le titre de Typographus regius , donné à ce libraire dans une épitaphe que le poète Jean Rouxel composa en son honneur 4 ; 2° dans les mentions que portent trois livres : Excudehat Rohertus Macæus Cadomi (1556 et 1558), Ex typographiâ Roberti Macæi (1558). Je 11e crois pas pouvoir souscrire à la même conclusion, parce que, en premier lieu, s’il est exact que Robert II Macé a été pourvu d’une charge d’imprimeur royal à Caen, cela n’implique pas nécessairement qu’il ait été typographe, car les exemples abondent de simples libraires nantis d’un pareil titre ; ensecond lieu, parce que l’époque
(1) Hist. de l'ancien évêclié-comté de Lisieux, p. dclxiij. — (2) Manuel, t. II,
p. 264. — (3) Cat. des livres imp. à Caen, pp. xxv-xxx, lx-lxxi. — (4) Poemata
Joannis Ruxellii (Voy. Suprà; p. 1 6 1 , note I), p. 12.
CALVADOS
où il a employé les formules Excudebat ou Ex typographiâ coïncide justement avec celle où son fils a commencé à imprimer ; or, il est difficile de concevoir que le père ait acquis des presses et les ait mises en activité au moment précis où son fils débutait dans la profession d’imprimeur. Une semblable concurrence est inadmissible.
Je pense donc que c’est ce fils qui a imprimé sous le nom de son père et c’est à lui que je consacre la première de mes notices.
I. Benedic (1556-1599). Pourvu dès le 10 novembre 1554 d’un privilège d’imprimeur du roi à Caen, qu’il fit enregistrer au Parlement de Rouen le 18 décembre suivant 1 et en vertu duquel il lui était permis d’imprimer et d’exposer en vente les édits et ordonnances publiés au bailliage de Caen, Bénédic obtint, le 13 décembre 1577, la confirmation de ce privilège 2, dont il jouit ainsi jusqu’à la fin de sa carrière. Celle-ci, d’après l’abbé De La Rue, se serait terminée en 1585 ; ce renseignement est inexact, attendu que Bénédic Macé obtint encore, le 3 1 juillet 1594, des lettres qui, tout en le confirmant dans sa charge d’imprimeur du roi, en partageaient le privilège avec son fils Charles, sous bénéfice de survivance3, et que Méritte-Longchamp cite des ouvrages imprimés par lui en 1597 et 1599 4 * *. Cette dernière année seulement doit être celle de sa mort. Benedic Macé fut non seulement un habile imprimeur, mais encore un savant et un poète; Frère dit même 3 que son savoir <( était si remarquable qu’il devint proverbial à Caen ». Quant à son talent poétique, on en peut juger par la traduction en vers français d’une élégie latine et par une petite pièce intitulée : Les ailes d’un oiseau, dont la disposition typographique affecte la figure de ces organes du vol G. La plupart des productions de cet imprimeur sont ornées d’une marque qui représente une sirène au-dessus des flots delà mer, tenant un peigne de la main droite, et une ancre de la gauche; une couronne de laurier entoure ce sujet, et on lit de chaque côté les mots Expes spero, formant sa devise7. On voit, dit L. Delisle, « que Bénédic tenait à honneur de se recommander du
(1) A. N., V° i5. Voy. Documenta, n° 568. — (2) Ibid. — (3) Ibid. — (4) Cata-
logue, p. 26. — (5) Manuel, t. II, p. 255. — (6) Discovrs / de la no-/blesse, et des / iustes moyens / d’y paruenir. / Par Loys Ernavd / Seigneur de Chantores,
[Marq. décrite.] A Caen, / Par Benedic Macé, Imprimeur du Roy, / 158g. / Suy-
uant la permission dudit Seigneur. (In 16. i3 ff. n. ch., 5q ff. ch. et 47 n. ch. B.
N., Ll2 83. A la lin des i3 premiers feuillets n. ch., la traduction en vers faite
par B. Macé, et à la fin du volume, Les Ailes d'un oiseau.) — (7) Elle est repro-
duite par Silvestre, sous le n» 888.
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souvenir de son aïeul (Robinet) et de son oncle (Richard) ».
IL Charles (1599-1616). Fils du précédent, pourvu en sa survivance de la charge d’imprimeur du roi à Caen, par des lettres patentes du 31 juillet 1594, dont j’ai parlé plus haut, Charles, dont les privilèges expiraient en 1598, obtint au mois de septembre de cette année, des lettres de renouvellement, qui furent entérinées, le 12 janvier 1599, parle bailliage de Caen1. En 1609, il entama une instance contre son collègue Jacques II Le Bas, avec lequel il n’entendait point partager le privilège d’imprimeur du roi; malheureusement les parties furent renvoyées devant le Parlement de Rouen, par arrêt du Conseil d’Etat du 26 octobre 16092, de telle sorte que je ne connais pas l’issue du procès. Charles Macé a exercé sa profession jusqu’en 1616 et imprimé un assez grand nombre d’ouvrages, sur le titre desquels figure la sirène paternelle et la devise, Expes spero 3.
Mangeant (Les), imprimeurs à Caen (1556-1678).
Bien que la famille de ce nom ait donné successivement trois imprimeurs à Caen, elle est fort peu connue et je n ai pas réussi à découvrir le moindre document biographique la concernant.
I. Simon (1556-1583) paraît avoir exercé de 1556 à 1583, ce sont du moins les dates extrêmes où l’on rencontre des livres portant sa souscription4 *; quelques-uns sont ornés d’une marque représentant Absalon, accompagné de cette devise : « Celvi que Dieu arreste n’a garde de covrir L » J’ai de plus remarqué à la vente Stroehlin un ouvrage imprimé pour le libraire Etienne Martin6, de Caen, qui ne peut être attribué, à mon avis, qu’aux presses de Simon Mangeant, car il contient d’une part de la musique notée et Mangeant était le seul dans cette ville, à cette époque, qui fût en état d’exécuter ce genre d’impressions, et, d’autre part, on voit sur le titre une marque qui devait lui ap-
(1) A. N , V6 16. Voy. Documenta, n° 568. — (2) Ibid. — (3) Reproduite dans
le recueil de Silvestre, sous le n° 914. — (4) A. / Le Nouveau testament. / Caen.
Simon Mangeant. 1 556. (Pet. in 4. Cat. Méritte-Lonhamp, p. 12) — B. / M. T.
Ciceronis Epistolæ ad familiares. / Caen. Simon Mangeant. i582. (In 12, Ibid.,,
p. 19.) — (5) N. F., liasse i3i. — (6) Cantiqves / spiritvels tradvits / en rime françoise : et mis en / bonne musique, auec la prose corres- / pondante verset pour verset. / Pseaume, 97. / Tous ceux qui seruent aux images soyent confus.
& / qui se glorifient es idoles. [Marq. décrite] A Caen, / Pour Estienne Martin. / M.D.LXV. (Pet. in 8, 24 ff. n. ch. Musiq. notée. — Cat. Stroehlin, ii* partie,, n* 855. Facsim. du titre.)
CALVADOS
partenir : elle représente le cadavre d’un lion étendu devant un cep de vigne chargé de fruits, le ventre du noble animal est entr’ouven et il s’en échappe un essaim de mouches; on lit à l’entour cette devise, dont le second mot se présente d’une manière significative : « Du Mangeant est sortie la viande, & du fier la douceur . luges , 14. 14. » Simon Mangeant a dû mourir entre 1583 et
1593; h était, dans tous les cas, à cette dernière date, remplacé par le suivant.
II. Jacques (1593-1633). Probablement fils de Simon, il lui succéda vers 1593 et hérita entre autres choses du matériel d’impression musicale, que celui-ci était sans doute le seul à posséder dans toute la Normandie. Jacques Mangeant put ainsi éditer les chansons et airs de musique composés en assez grande quantité par un maître caennais, Guillaume de Chastillon, sieur de La Tour, qui, dès le n juillet 1590, avait obtenu du Parlement séant à Caen, la permission de faire imprimer ses diverses œuvres. De 1593 à 1626, Jacques Mangeant a édité jusqu’à cinq recueils connus de chansons et airs notés, dont quatre sont anonymes, mais ont été vraisemblablement écrits par le même artiste1. Ces divers recueils peuvent être rangés parmi les impressions caennaises les plus rares ■et en même temps les plus curieuses. Le surplus de la production
(1) A. /Airs de l'invention de G.D.C. Sr de la Tour de Caen, sur plusieurs poëmes saints et chrétiens, recueillis de divers auteurs et divisés en trois livres : !" De la grandeur de Dieu et de se réjouir en lui. IIe De l’Amour divin et du Mariage. IIIe Du mépris du monde et de l’Espérance en Dieu. /Caen, Jacques Mangeant. 1 5g 3. (In 8 obi., en 4 parties de 56 ff. chacune pour tail, bassecontre, haute-contre et dessus. — Brunet, t. III, col. 60. F., II, p. 67.) — B./ Airs nouveaux accompagnés des plus belles chansons à dancer qui ayent esté par ci devant mises en lumière, mesurées sur toutes sortes de cadences, de branles, voltes, courantes, ballets et autres dances, et qui n’ont encor esté imprimées. Ausquelles chansons l’on a mis la musique de leur chant, afin que chacun les puisse chanter et dancer de mesure en compagnie. / Caen. Jacques Mangeant. 1608. (Pet. in 12, en 3 parties de 52 ff. chacune. F., I, p. 10.) — C./ Recueil / des plus beaux/ airs accompagnés / de chansons à dancer, Bal-/lets, Chansons folastres, et Ba-/chanales, autrement dites/Vaudeuire, non encores imprimes./T. C. / /Ausquelles Chansons l’on a mis la Musique de leur/chant, afin que chacun les puisse chanter/& dancer le tout à une seule voix. //A Caen. /Chez laques Mangeant./ MDCXV. (In 12. 47 ff'. et 2 ff'. de ta. n. ch. Bibl. Mancel, à Caen.) — D. /Recueil / des plus belles / chansons des/ Comédiens François. /En ce comprins les Airs de plusieurs Ballet / qui ont esté faits de nouueau / à la Cour./ Reueu & augmenté plusieurs / chansons non encor / veuës. // A Caen. Chez Iaqves Mangeant. (In 12. 94 p. et 3 ff. de ta. Bibl. Mancel, à Caen.) — Cf. aussi Ch. Nodier, Nouv. Mél., n° 53y).— E./ Le Recveil/ des plus bel- / les chansons/de dances de ce/ temps. /t. c.// A Caen, Chez Iacques Mangent (sic) /i6i5. n-12. 59 p. ch. slata. — Bibl. Mancel, à Caen.)
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de ce typographe est beaucoup moins recommandable et ne sort guère de la vulgarité1.
III. Éléazar (1649-1678). Fils de Jacques, à ce qu’il semble, et son successeur, cet imprimeur n’est également connu que par sa production, peu remarquable d’ailleurs tant au point de vue de Fart qu’au point de vue littéraire2. Eléazar paraît avoir complètement abandonné les impressions de musique, par lesquelles s’était distingué son prédécesseur, mais, après avoir édité un livre qui fit la joie des amateurs de fleurs3, il se spécialisa dans la littérature théâtrale et s’y montra contrefacteur émérite : tous les noms de libraires parisiens, qui s’adonnaient à ce genre de publications, figurent au titre des pièces qu’il a imprimées, se bornant aies faire précéder d’un microscopique : Sur l’imprimé , à peu près noyé dans le fleuron caractéristique dont il les a toutes ornées; quant à son propre nom, on ne l’y rencontre qu’exceptionnellement4. Sa dernière production connue de moi est de l’année 16625, cependant la Bibliothèque de Caen possède une de ses impressions datée de 1 67 86.
(1) Yoy. entre autres : — La Navarre en dveil. Par le sieur de l'Ostal, Vice-Chancelier de Nauarre. [Arm. de France et de Navarre.] A Caen. Chez Iacqves Mangeant. Iouxte la coppie imprimée à Orthes, par Abraham Royer, Imprimeur du Roy en Bearn. M.DC.XI. Auec priuilege de sa Majesté. (In 8. i52 p. ch. Après le titre, grav. représ. Henri IV sur son lit de mort, veillé par une femme en larmes symbolisant la Navarre. B. N., Lb35g40 C.) — (2) Voy. notamment : — Paraphrases svr les IX leçons des lamentations dv prophète Ieremie. [Corbeille de fleurs et de fruits, surmontée d’un papillon, qu’on retrouve plus tard chez la veuve Claude Le Blanc.] A Caen. Chez Eleazar Mangeant sur le Pont S. Pierre M.DC.LIV. Auec approbation. (In 12. 94 p. ch. si 1. B. N., A. 6999.) — (3) Le Floriste françois traittant de l’origine des Tulipes. De l’ordre qu’on doit obseruer pour les cultiuer & planter. Comme la Nature leur donne la diuersité de leurs couleurs. Du moyen de les faire embellir. Et de leurs maladies & remedes. Avec un Catalogue des noms des Tulipes, et distinctions de leurs couleurs. Parle Sr de La Chesnée Monsterevl.//A Caen, Chez Eleazar Mangeant, sur le Pont S. Pierre. Avec Privilège du Roy, & Approbation. MDLIIII. (In 8. 42 p. n. ch., 25o ch. et 4 n. ch. de ta. Bibl. de Caen. Cf. aussi : F., II, p. 319. — Cat. Lormier, n° 1 58 1 .) — (4) Voy. notamment: A./ Le Martyre Ste de Catherine. Tragédie. [Fleuron.] A Caen, Chez Eleazar Mangeant, rué Saint-Iean, au Parc ]e Roy, proche le Pont S. Pierre. M.DC.XL.IX. (In 12, 92 p. B. N., Yf. 4836, 4.) — B./ Le Champ, ov le progrez de martel. Tragédie. Dediée à Monseigneur de Chamboy. Par le Sr Cardin. [Fleuron.] A Caen. Chez Eleazar Mangeant sur le PontS. Pierre M.DC.LVII. Auec permission de mondit 8 eigneur. (In 16. 90 p. B. N., Y f. 6547.) — (5) Ode povr mcnse'gnevr l’illvstrissime et reverendissime François de Nesmond Evesqve de Bayevx. [Panier de fruits.] A Caen, Chez Eleazard (sic) Mengeant (sic), sur le Pont Saint Pierre. M.DC.LXII. (In 4. 6 p. ch. B. N. Ye 1970.). — (6) Cf. G. Lavalley, Cat. des ouvr. normands de la bibl. de Caen, t. 111, p. 34.
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Massienne (Joachim), imprimeur à Caen (1644-1675).
Cet imprimeur n’est guère connu, lui aussi, que bibliographiquement ; pourtant j’ai rencontré l’acte #de baptême de l’un de ses fils dans un registre de la paroisse Notre-Dame de Caen, sur laquelle il résidait 1 ; j’ai été moins heureux en ce qui le touche, personnellement, puisque je n’ai pas pu mettre la main sur l’acte de son inhumation. Bref, Joachim Massienne semble n’avoir imprimé que de 1644 à 1675, — ce sont les dates également données par Frère2, qui ne l’indique que comme libraire; — on trouve cependant dans le Manuel du bibliographe normand , du même auteur 3, la mention d’un livre que Massienne aurait édité vers 1640 : c’est l’une des œuvres de Mathieu de La Dangie de Renchy, célérier de l’abbaye de Saint-Étienne, de Caen, dont notre imprimeur a publié beaucoup d’autres travaux 4, mais toujours sans les dater. Ses impressions sont en général assez soignées, et peut-être n’a-t-il pas exécuté lui-même toutes celles qui portent son nom, car j’en ai remarqué une 5 dont le titre est orné d’une tête d’ange ailée appartenant au matériel d’Adam Cavelier.
Mistral (François-Bonaventure), imprimeur à Lisieux (1768-
Baptisé à Marseille le 13 juillet 173 16, Mistral fit ses études dans cette ville et y entra en apprentissage, en 1748, chez Dominique Sibié, qu’il quitta, dès que son temps fut accompli, pour entreprendre son tour de France. 11 travaillait à Lisieux chez Aunay du Ronceray, lorsque celui-ci vint à mourir, resta dans cette imprimerie
(1) Arch. comm. de Caen, Par. Notre Dame, reg. 5 : « Le 23e jour dudit mois et an (mars i65o), a esté baptizé un fils issu du mariage de Joachim Massienne et de Catherine Paulmier, aagé de 11 jours, lequel a esté nommé Pierre... » —
(2) Notes, liasse i3 1 . — (3) T. I, p. 3i 2. — (4) Voy. notamment celui-ci que Frère n’a pas cité : Observationes et homiliæ in canonicas religiosi ordinis constitvtiones. Très in partes distribvtæ... Opéra et stvdio Math, de la Dangie
de Renchy Doctoris Theologi, necnon Regiae Cadomensis Abbatiæ Cellari j . / / Cadomi, Apud Ioachimvm Massienne, Typographum. (Pet. in 8 carré, io et i io p. ch. B. N., E. 1 8 1 5.) — (5) Le tableau des eminentes vertvs de Madame de
Sacy religievse de lordre de S. Benoist, dans l’abbaye de Vignals en Norman-
die exposé au iovr par M. Thomas Lamy prestre. Millier timens Dominion ipsa
laudabitur. Prov. 25. [Tête d’ange ailée.] A Caen, Chez Ioachim Massienne, rue Froide-ruë. Auec Approbation & Permission. M.DC.LIX. (Pet. in 8. 522 p. ch. sll Portr. de Mme de Sacy, gr. et signé: « R. Lochon faciebat, 1 65g. » B. N., Ln27 18180.) — (6) Cf. Documenta, n° 925.
en qualité de prote, contracta bientôt mariage avec une demoiselle Pain, nièce de sa patronne, et cette union décida la veuve Aunay du Ronceray à démissionner en faveur de son beau-neveu. Après avoir justifié de ses titres et capacités, pour satisfaire aux prescriptions d’un arrêt du Conseil d’État, du 12 octobre 1767, qu’il avait sollicité1 *, Mistral fut habilité à exercer à Lisieux par un autre arrêt du 28 mars 1 768 Imprimeur de l’Évêque, puis de la Commission provinciale intermédiaire3, il était encore en activité au moment où la Révolution ayant éclaté, me force à l’abandonner.
J’ai commis une grave bévue dans la notice de Jacques Aunay du Ronceray, en indiquant que Mistral avait épousé la veuve de ce dernier et je prie le lecteur de se reporter à ce sujet au chapitre des corrections.
Nicolle (Antoine-Jean), imprimeur à Bayeux (1775-1784).
Né et baptisé à Lisieux (Saint-Jacques) le 6 novembre 1743 4, Nicolle avait fait 5 ans d’apprentissage à Rouen, chez Abraham- François Viret, c’est-à-dire de 1769 à 1773 3 ; ^ avait ensuite travaillé en qualité de compagnon à Paris et à Brest6; en 1775 enfin, il était revenu dans sa ville natale et y avait acheté le fonds de la veuve Gabriel Briard, qui, à la suite de cette cession, démissionna à son profit le 13 octobre delà même année7. Nicolle se pourvut aussitôt auprès de la Chancellerie, et, le 18 décembre suivant, un arrêt du Conseil d’Etat ordonnait sa réception comme imprimeur à Lisieux8. Rempli de zèle et d’activité, à ce que dit Frédéric Pluquet9 * * * * *, Nicolle « promettait d’honorer son art, lorsque
(1) Cf. Documenta, n° 925.— (2) Voy. Documenta, 0*927. — (3) Voy. notammen t :
A. / Procès-verbal des séances de l’Assemblée provinciale de Normandie, pour la Généralité d’Alençon, Tenue à Alençon dans le mois d’août 1787 [Ecu de France.]
A Lisieux, De l’Imprimerie de Mistral, Imprimeur de M. l’Evêque, & de la Com-
mission Provinciale Intermediaire, M.DCCLXXXVII. (In 4. 52 et lxxiv p. ch.
B. N., Lk 15 39). — B. / Procès-verbal... Normandie et du Perche, Généralité
d’Alençon; Tenue à Lisieux dans l’Hôtel de Ville, aux mois de Novembre &
Décembre 1787. [Une renommée tenant un écusson renfermant le porrr. de
Louis XVI. ] A Lisieux, De l’Imprimerie de F. B. Mistral, Imprimeur de Mon-
seigneur l’Evêque, & de l’Administration Provinciale. Et se trouve à Paris,
Chez Barbou, Imprimeur-Libraire, rue des Mathurins. (In 4. 33 1 p. ch. Plu-
sieurs grands tableaux. B. N., Lk'54o.) — (4) Voy. Documenta, n° 933, pièces
produites, lettre A. — (5) A. N., V6 1069, Arrêt du Conseil du 18 décembre 1775,
requête prélim. — (6) Ibid. — (7) Documenta, n° 933, pièces produites, lettre B.
— (8) Documenta, n° 933. — (9) Essai historique sur Bayeux , p. 243. Voy. dans
le même ouvr. les principales productions de cet imprimeur.
la mort l’enleva à la fleur de l’âge, en 1784. Sa veuve resta à la tête de l’imprimerie et la dirigea avec beaucoup d’intelligence. Pendant la Révolution, trois presses furent constamment en activité dans cette maison, pour imprimer les actes de l’autorité et les écrits du temps. Après la mort de la veuve Nicolle, l’imprimerie a passé entre les mains de son fils aîné, qui soutient honorablement la réputation de sa maison. »
Petit (Jean), imprimeur à Honfleur (1606-1607).
Nous avons déjà rencontré Jean Petit, exerçant à Rouen, de 1618 environ à 1650, et à Pont-Audemer, en 1617 ; avant de s’installer dans ces deux villes, il avait résidé pendant deux ans au moins à Honfleur, ainsi que cela se justifie par la bibliographie1; malheureusement, on n’a aucune preuve documentaire de son séjour ■effectif dans cette dernière localité et le champ de la discussion reste tout grand ouvert à la critique. En ce qui me concerne, j’admets pour trois raisons que Jean Petit a pu travailler à Honfleur : i° parce que, en s’établissant à Rouen à cette époque, il devait nécessairement concurrencer un autre Jean Petit, qui semble avoir été son père ; 2° parce que la nature des ouvrages qu’il a imprimés sous cette rubrique n’impliquait pas la moindre nécessité de se cacher ; 30 parce que la prospérité renaissante de cette ville, après les guerres de religion, laisse parfaitement concevoir qu’un imprimeur ait eu la tentation d’y former un établissement.
Philippe (Martin et Pierre), imprimeurs à Caen (1553-1569).
Descendants probables du libraire Jean Philippe, sur lequel M. Delisle a fourni quelques renseignements dans son Catalogue des livres imprimés ou publiés à Caen , Martin et Pierre Philippe, deux frères évidemment, exercèrent l’imprimerie à Caen, de 1553 au moins h. 1569, tantôt en association, tantôt séparément. Ensemble, ils imprimèrent jusqu’en 1557 et l’on voit sur quelques-
(1) Voy. : A. / Traicte dv mariage de Henri 1 1 II . Roy de France et de Navarre, avec la Serenissime Princesse de Florence. Des ambassadeurs de part & d’autre, de son heureuse arriuee en France, à Marseille, & ses entrées en Auignon, & Lyon. // A Honneflevr, De l’Imprimerie de lean Petit. M.D.V1 (sic). 94 p. ch. B. N., Lb33 766). — B. / La Conspiration, prison, ivgement, et mort dv dvc de Biron. [Arm. de France et de Navarre.] Iouxte la copie imprimée à Honneflevr, par lean Petit. M.DC.VII. (Pet. in-8. 64 p. ch. B. N., Lb33 779.)
unes de leurs productions, déjà décrites 4, une marque représentant un chêne dont la cime est frappée par la foudre, accompagnée de cette devise : Concutiunt summas torrentiel fulgura quercus 1 2. Après cette date, Martin imprima seul pendant deux ans peut-être; quant à Pierre, son exercice se prolongea jusqu’en 1569 3. Il professait, semble-t-il, la religion réformée, car il est sorti de ses presses plusieurs ouvrages que n’aurait pas imprimés un catholique4.
Poisson (Les), imprimeurs à Caen (1612-1790).
Voici la plus considérable famille d’imprimeurs que la ville de Caen ait vu se succéder; je n’en ai pas rencontré moins de huit sous l’ancien régime et la douzaine serait à peu près atteinte, si j’avais encore à les suivre après la révolution, mais là s’arrêtent mes recherches et je dois me borner aux huit premiers typographes de cette dynastie.
I. Charles (1612) ouvre la série familiale, mais je n’ai trouvé aucun renseignement le concernant ; il faut donc que je me résigne à transcrire tout simplement la note fournie sur lui par Edouard Frère3: « Charles Poisson, imprimeur et cartier, en 1612, rue Froide-rue. » Je n’ai jamais vu citer ni pu mettre la main sur aucune de ses impressions.
II. Pierre (1612-1658) n’est pas mythologique comme le précédent, car il a transmis à la postérité un nombre respectable de productions, que je n’ai pas la prétention, bien entendu, d’enregistrer ici. Il était, de même que Charles, installé dans la Froide-rue et il
(1) Cf. L. Delisle, op. cit ., t. II, pp. lxxiii-lxxiv ; Méritte-Longchamp, pp. 11 et 12 ; F., t. I, p. 49 — (2) Cette marque est reproduite dans le recueil de Silvestre, n°63i. — (3) Traicte / de la natvre / et curation des / playes de pistolle, harqvebov-/se, et autres bastons, a feu: /ensemble, / ^ Les remedes des combustions & bruslures externes /& superficielles : par I. Le Pavlmier / Docteur en Medecine a Paris. / A monsieur de Matignon. [Marq. représentant un général
romain à cheval ; au bas, cette devise : Le cheval favt à savver, Psal. 33.] A Caen. / Chez Pierre Philippe. / 1569. / Auec priuilege. (In-8. 1 ff. prél. n. ch., 79 p. ch. B. N., Te 56 4 ) — (4) Ainsi : A / Institution de la religion chrestienne, nouvellement mise en quatre livres... par Jean Calvin. — i5Ô2. (Pet. in-f°. Mérite-Longchamp.) — B./ Le Nouveau Testament, c’est à dire la Nouvelle Alliance de nostre Seigneur Jésus-Christ. Reveu de nouveau et corrigé sur le grec par l’advis des ministres de Geneve, avec annotations reveues et de nou-
veau augmentées par M. Augustin Marlorat. — 1 563. (Pet. in-8. Cat. Lormier, n° 3836.) — C./ Cent cinquante Pseaumes de David, mis en rime françoise par Clement Marot et Théodore de Besse, avec un kalendrier historial. — 1 563. (Pet. in-8, Ibid). — (5) Notes , liasse 140.
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orna le titre de ses impressions d’une jolie marque, qui se rencontre assez grossièrement gravée d’abord1, puis en superbe taille-douce elle représente Jésus et Pierre dans une barque, sur le lac de Génésareth, se préparant à la pêche miraculeuse ; on lit autour cette devise : « Dvc in altvm in verbo tvo laxabo rete. Lvc. I. » Pierre employa parfois aussi une autre marque (Marq. n° 2) représentant un dauphin héraldique, sans devise3. De son mariage avec Marie Dumesnil, appartenant à la famille d’imprimeurs rouennais du même nom, il eut plusieurs enfants, notamment Jean qui suit, et Nicolas qui figure un peu plus bas; il mourut à Caen au mois de mars 1658 4, dans sa 60e année, il avait donc vu le jour vers la fin du xvie siècle.
III. Jean I (1659-1690). Fils et successeur du précédent dans l’établissement de la Froiderue3, il est également connu par un grand nombre d’ouvrages, mais il abandonna la marque de la pêche miraculeuse, pour en adopter une autre moins parlante, sur laquelle on voit un soleil resplendissant, dont les rayons aveuglent et étourdissent les oiseaux qui volent à l’entour et tombent dans la mer et sur la terre; cette image est entourée d’un listel contenant cette devise : « Vidimvs gloriam eivs. Ioan . 14. » et l’on remarque aux quatre coins des dauphins, qui doivent avoir été placés là pour rappeler le nom de la famille, car les naturalistes, à cette époque, n’avaient pas encore créé, je crois, l’ordre des cétacés et tout ce qui avait na-
(ii Elle figure entre autres sur l’ouvrage suivant : — Brevis facilisqve methodvs evrandorvm capitis aff’ectvvm Authore Iacobo Cahagnesio Cadomensi, Medicinæ Regio Professore. [Marq. n° 1.] Cadomi, Apud Petrvm Poisson in Frigido vico. M.DC.XVII1. (Pet. in 8. 338 p. ch. si 1 . et i f. d’errata. B. N., Te63 2.) — (2) Voy. par exemple: — Historia Gallorvm vetervm Avctore Antonio Gosselino in Academiâ Cadomensi Historiæ & Eloquentiæ Professore Regio. [Marque n° 2.] Cadomi, Apud Petrum Poisson. M.DC. XXXVI. (Pet. in 8. 490 p. ch. sll. et l’index. B. N., La2 35.) — (3) Voy. notamment: — Déclaration de M° Iaqves Beniamin, Sieur du Clos, cy-deuant Ministre en la ville de Falaise, & Chez Madame la Comtesse de Montgommery, contenant les principales raisons qui Font porté à se ranger au giron de l’Eglise Catholique, Apostolique & Romaine... [Marq. du Dauphin.] A Caen, Chez Pierre Poisson, M.DC.XLII. Auec Permission & Approbation. (In 12. 1 5 1 p. ch. B. N.. D. 22147.) — (4, Arch. comm. de Caen, Paroisse Notre-Dame, reg 6 : « Le 20e jour dudit mois et an (mars 1 658) a esté inhumé le corps de Pierre Poisson, aagé de 60 ans ou viron, dans l’église de céans. » — (5) Oraison Fvnebre d’illvstrissime et reverendissisme Pere en Diev Messire Fr. Servien Evesque de Bayevx. Prononcée par M. G. Bvhot Prestre, Docteur en Théologie en la Faculté de Paris, Chanoine en l’Eglise Cathédrale de Bayeux en la Prebende de Cartigny. // A Caen, Chez Iean Poisson, 1659. Auec Permission & Approbation. (In 12.89 P- ch. sll. B. N., En 27 18884.)
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geoire était poisson. Cette dernière marque se rencontre (N° i) en grand1 et(N° 2) en petit format 2. Vers 1675, Jean 1 quitta laFroiderue pour la rue Notre-Dame, où il conserva ses ateliers jusqu’à l’époque de son décès, survenu en 1685, d’après Frère, mais que je crois postérieur à cette date de plusieurs années, puisque des livres portent encore la souscription de cet imprimeur en 1686 3 et qu’on le trouve, en 1689, témoin au mariage de l’un de ses neveux4. Il n’a donc pas dû mourir avant 1690. A partir de ce moment, l’établissement fut dirigé par la veuve de Jean Poisson, née Françoise Le Conte, avec l’aide de leur fils Guillaume-Richard, auquel il fut attribué le 25 juin 1694, en vertu d’un acte de partage entre cette veuve et ses entants5.
IV. Nicolas (1671-1672). Né à Caen en 1640 et fils de Pierre Poisson 6, il est indiqué par Frère 7, comme ayant exercé l’impri-
(1) Voy, par exemple : — L’Encyclopedie sainte de la foy dans l’explication du symbole des apostres, de l’oraison dominicale et de la salutation angelique, Avec plusieurs Veritez morales, & Points de Théologie qui la concernent,... Par Maître Jean Le Mariant Prêtre, Bachelier en Droit Canon, Chanoine de la Cathédrale de Lisieux, & Curé en portion de S. Germain de la Champagne. [Marq. n° i.] A Caen, Chez Jean Poisson, dans la ruë de Notre-Dame. M.DC.LXXIX. Avec privilège du roy et approbation des doctevrs. (Gr. in-q. 494 et 167 p. ch. B. N., D. 4936.) — (2) Voy. notamment : - Corpus philosophiae intres brèves tomos distributum. Cujus Logica, Philosophiae Tyronibus ; Ethica, sacri Verbi Concionatoribus, Physica, curiosis Ingeniis ; Metaphysica, Theologiae Candidatis cumulatè satisfacit. Authore Ægidio Buhotio, in sacra Eacultate Theologiae Parisiensi Doctore. [Marq. n° 2.] Cadomi, Ex Typographia Joannis Poisson, in Vico Frigido. M.DC.LXXIII. Cvm Permissv. (In-12. 3 vol. B. N.,
R. ioo35- 10037.) — (3) Voy. : De l’obéissance et soumission qui est due a notre
S. Pere le Pape En ce qui regarde les choses de la Fov. Par Mtre Loüis Abelly, Evêque de Rhodes. Vir obediens loquetur victoriam. Prov. 21. Seconde Edition. [Marq. n° 2] A Caen, Chez Jean Poisson, Ruë notre-Dame. M.DC.LXXXVI. Avec Approbation. (In-12. 342 p. ch. slata. B. N., D. 21796.) — (4) Arch. Comm. de Caen, Par. S Sauveur du Marché, Reg. q : « Cejourd’huy 12e jour de septembre 1689, ayant après fiançailles faittes, publications des bans par trois fois aux messes paroissiales, moy soubsigné curé prestre licencié de Sorbonne, ay dans cette église interrogé Pierre Poisson, âgéde 28 ans, et Marie Des Buissons, aagée de 3i (ou 37) ans, tous deux de cette paroisse, après avoir reçu leur mutuel consentement et ne s’étant trouvé aucun empêchement, les ay solennellement conjoints en mariage par paroles de présent, en présence de Michel Buquet, Jean Poisson, et ensuitte ay célébré la sainte messe... » — (5) A. N., V6 848, Arrêt du Conseil du 17 juin 1719, requête prélim. — (6) Arch. comm. de Caen, Par S. Sauveur du Marché, reg. 4 : « Du 19' décembre 1640, Nicollas, fils de honneste homme Pierre Poisson et de Marie Du Mesnil, son espouse, a esté baptisé ; son nom luy ayant esté donné par vénérable et scientifique personne Me Nicollas Du Chemin prebtre, docteur en théologie et professeur royal de l’Université de cette ville de Caen... » — (7) Notes, liasse 140.
CALVADOS 4Ç)3
merie dans sa ville natale, au cours des deux années inscrites cidessus ; le même bibliographe cite plusieurs ouvrages souscrits à ce nom. Je n’ai vu moi-même aucun de ces livres, et il m’est impossible de certifier quelle était la véritable profession, imprimeur ou libraire, de ce membre de la famille Poisson ; je ne le répertorie donc ici que pour mémoire.
V. Guillaume-Richard (1694-1719). Fils de Jean I Poisson, il naquit à Caen le 21 février 1668 1 * * 4, fit ses humanités et sa philosophie à l’Université de la même ville, apprit l’art du typographe dans les ateliers paternels, aida plus tard sa mère, devenue veuve, dans la direction de son établissement, et en devint lui-même le chef, en 1694, à la suite d’un partage fait dans le courant de Ja même année entre lui et ses cohéritiers. L’enquête de 1701 le trouva à la tête de l’imprimerie, qui ne comprenait que deux presses, desservies par deux compagnons : Jacques Houel, dont nous avons déjà fait la connaissance 2 et Gilles Lévesque 3. Guillaume-Richard avait conservé son atelier dans la rue Notre-Dame 4, il continuait paisiblement l’exercice de sa profession, se croyant à l’abri de tout danger, en dépit des nouveaux règlements, car, en 1703, il avait fait les démarches utiles pour être gardé dans sa place 5, lorsque l’arrêt du Conseil d’État du 4 septembre 1717, portant réorganisation de l’imprimerie en Normandie 6, lui fit « très expresses inhibitions et défenses » de continuer à imprimer et lui enjoignit de fermer sa boutique dans les vingt-quatre heures qui suivraient la signification de cet arrêt. La foudre tombant à ses pieds ne l’eut pas surpris davantage ! Quand il fut un peu remis de sa stupeur, Guillaume-Richard présenta requête au Conseil en vue de faire réparer l’erreur dont il croyait avoir été victime, mais hélas ! pendant que son sort se réglait à Paris, la Parque cruelle venait sournoisement
(1) Arch. Comm. de Caen, Par. Notre-Dame, reg. 7: « Le samedy 25e de feb-
vrier (1668) a esté baptisé un fils issu du mariage de Jean Poisson et de Fran-
çoise Le Conte, né du mardy, viron les 6 heures du matin, lequel a esté
nommé Guillaume-Richard, par honneste homme Guillaume Dot, Docteur en Médecine de la paroisse de S* Sauveur, assisté d’honneste femme Marguerite Le Masquerier, de cette paroisse... » — (2) Voy. supra, p. 460. — (3) B. N., Ms. fr. n. a. 3gg, f° igi. — (4) Voy. par exemple: — Petit recueil de la vie et
pratiques de Monsieur Dauge prestre, ancien chapelain de l’église de S. Jean de Caen. [Corbeille de fleurs et de fruits.] A Caen, Chez Guillaume-Richard Poisson, rué Notre Dame. M.DCCXV. Avec Approbation & Permission. (In 12.
107 p. ch. B. N., LN 27 5404.) — (5) Voy. Documenta, n® 717. — (6) Cf. Documenta, n° 763.
trancher le fil de ses jours, le 19 mai 1719 1 : le 17 du mois suivant un arrêt du Conseil d’Etat décidait2 qu’il y aurait désormais à Caen 5 imprimeurs au dieu de 4 et ordonnait que le défunt serait pourvu de cette nouvelle place.
VI. Jean 11(1719-1755). Aussitôt après avoir rendu les derniers devoirs à son père, Jean, son fils aîné, né à Caen vers 1696 3, s’était empressé d’adresser au Conseil d’État une requête dans laquelle il exposait la situation où le mettait ce pénible événement et revendiquait la place si malheureusement devenue libre, avant d’avoir été occupée. Il indiquait en même temps au Conseil, qu’après avoir entièrement terminé ses études, il s’était fait recevoir maître ès arts en l’Université de Caen, le 22 juillet 1713; qu’il avait ensuite appris son art dans l’imprimerie paternelle, puis qu’il était allé se perfectionner à Paris chez Pierre-François Emery, etqu’enfin, par acte notarié du 11 juin 1719, sa mère s’était démise en sa faveur du droit qu’elle avait de remplir la place du défunt4. Renvoyé devant le lieutenant général de police de Caen, pour l’examen de ses titres et capacités, par arrêt du 17 juin 1719 5, Jean II Poisson revint bientôt devant le Conseil, avec un avis favorable de ce magistrat, et, le 30 décembre de la même année, il était habilité par un nouvel arrêt à remplacer son père6. Bien qu’elle ait été relativement longue, — près de 36 années consécutives, — la carrière de cet imprimeur ne présente aucun fait saillant et quand j’aurai dit qu’il conserva l’installation de son père dans la rue Notre-Dame7; que, d’après l’enquête de 1730, il possédait 3 presses8, et qu’il fut l’imprimeur du collège des Jésuites, je pourrai clore sa notice. Il est à noter toutefois que Jean II essaya, en 1751, de faire autoriser son fils à exercer conjointement avec lui9, il ne réussit pas, par cette manière de procéder, à éviter à ce
(1) Arch. comm. de Caen, Par. Notre-Dame, Reg. 18 : « Le samèdy 20e may
1719... avons inhumé dans l’église le corps de Guillaume-Richard Poisson, con-
frère de Sainte Cécile, décédé d’hier, muni des sacrements et âgé d’environ 5x
ans, ladite inhumation faitte présence de Mre Michel Hubert, prêtre, chanoine du sépulchre et de Pierre Poisson, frère du défunt. » — (2) Voy. Documenta,
n° 772. — (3) D’après la supputation de son âçe (68 ans) déclaré à l’enquête
de 1 764 (B.N., Ms. fr. 22184, f° 89). — (4) A.N., V 6 848, 2e arrêt du 17 juin 1719, requête prélim. —(5) Voy. Documenta, n° 773. — (6) Voy. Documenta, ne 778. —
(7) Voy. entre autres : Lettre sur la mort du reverend père Pierre-François
d’Arerez, de la Tour, supérieur general de la Congrégation de l’Oratoire. Arrivée
à Paris le treizième jour de Février mil sept cens trente trois, [A la fin :] À Caen, Chez Jean Poisson, Imprimeur-Libraire, Rué Notre-Dame. (In-4. 11 p. ch. B. N., Ln27 u6q5.) — (8) A. D. C., C. 2886. — (9) Voy. Documenta, n° 882.
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dernier les ennuis d'un concours, où les candidats ne manquaient jamais de se présenter plus ou moins nombreux; il se résigna, quatre ans plus tard, 3 mars 1755, a démissionner tout simplement en faveur de son fils. Sa dernière impression est un diplôme pour les confrères de Sainte-Cécile, dont il était lui-même, qu’il a signé en ces termes : t< Typis Cadomensibus, excudebat Joannes Poisson san Cæcilianæ Confraternitatis socius. »
VII. Pierre-Jean (1755-1784). Fils du précédent, né à Caen le 22 novembre 1721 4, il fut autorisé, par arrêt du 10 mars 175 5 1 2, à se présenter devant le magistrat de police de sa ville natale, pour être examiné sur sa capacité, en vue de remplacer son père ; après avoir rempli cette formalité, il fut nommé imprimeur à Caen par un autre arrêt du 9 septembre suivant 3. Pierre-Jean était déj à âgé de 34 ans à cette époque et il imprima jusqu’à celui de 63, c’est-àdire pendant 29 années, sans nous avoir transmis aucune production vraiment digne d’être signalée, à part peut-être le Traité- des abeilles, de Godefroy de Boisjugan ( 1 77 1 , in- 1 2) et le Cérémonial monastique à l’usage de l’abbaye royale de la Sainte Trinité de Caen (1777, in-8). Il laissa à sa mort, en 1784, une veuve, Jeanne Guesruel, qui conserva pendant un an la direction de l’entreprise, et la remit ensuite, le 10 mai 1785, à son fils aîné qui suit.
VIII. Jean-Louis (1785-1795). Fils du précédent et pourvu du diplôme de licencié en droit, il fut agréé par le Conseil, en remplacement de samère, par arrêt du 19 septembre 1785 4. La Révolution le trouva en pleine activité, et, loin de le troubler dans ses travaux, elle lui permit de leur donner une plus grande extension et de laisser à ses descendants un établissement en pleine prospérité.
Pyron (Jean -Claude), imprimeur à Caen (1745-1790).
Successeur des Cavelier, Jean-Claude Pyron était en même temps le petit-neveu d’Antoine, le dernier des imprimeurs de ce nom ; il était en effet fils d’André Pyron, professeur royal de droit
(1) Arch. comm. de Caen, Par Notre-Dame, reg. 18 : « Ce dimanche 23' novembre 1721... avons baptisé un fils né d’hier, du mariage de Jean Poisson et Marguerite Godédes Vallenberts, lequel aéte nommé Pierre-Jean par M. Pierre- Julien de Goupilliers, Conseiller du Roy, directeur de la Monnoye de cette
ville, seigneur et patron de Goupilliers, de cette paroisse, assisté de dame
Guillemette Poret, aussi de cette paroisse. ». — (2) Voy. Documenta. n° 902. — I (3) Documenta, n° go3. — (4) Voy. Documenta, no q38.
en l’Université de Caen, et petit-fils de Guillaume Pyron, professeur d’éloquence au collège du Bois, professeur royal de langue grecque et docteur agrégé de la faculté de droit en la même Université, lequel avait épousé Anne Cavelier, fille de Jean 4. Né à Caen vers 1707 2, il avait, après avoirterminé ses humanités, fait en l’Université de sa ville natale des études de droit couronnées par le diplôme de licencié, il s’était mis ensuite au fait de la typographie dans l’atelier d’Antoine Cavelier, et, à partir de 1728, il avait aidé celui-ci dans son entreprise et avait même obtenu, en vertu de lettres de provision du 2 septembre de cette année 3, la survivance de sa charge d’imprimeur du roi à Caen. De plus, par suite de son mariage avec la fille de Godes-Rudeval 4, il était devenu, après la mort de son beau-père (1733), le véritable directeur de l’imprimerie, dont la veuve Godes n’avait conservé la gestion que pour la forme. Jean-Claude était donc tout désigné pour remplacer son grand-oncle, quand la mort vint arracher ce dernier à ses presses en 1744 5 aussi
(1) Arch. comm. de Caen, Par. de S. Sauveur du Marché, reg. 8 : « Ce 18* d’aoust 1674, ont esté épousez par ordre de présent, après publication d’un ban et dispense des deux autres, les personnes de M* Guillaume Pyron, docteur et professeur royal en l’Université de Caen, fils de Guy Pyron et de Marguerite Le Bouseux, d’une part, et demoiselle Anne Le Cavelier, fille d’honneste homme Me Jean Le Cavelier, imprimeur du Roy et de l’Université et thrésorier de cette paroisse, et de feue Catherine Thiment, ses père et mère, tous de cette dite paroisse, par mov soussigné curé de Saint-Sauveur. Présentz M. le Cavelier, père de ladite fille, Monsieur Cally, docteur et professeur en philosophie et recteur de ladite Université, M. André Saillenfaist, advocat au siège présidial de Caen, d€lle Catherine Cavelier, femme dudit sieur de Saillenfaist, d*11» Jeanne Halley. » — (2) D’après la supputation de son âge (57 ans) déclaré à l’enquête de 1764 (B. N., Ms. fr. 22184, f° 89). Son acte de baptême est introuvable dans les registres paroissiaux de Caen; il est probable qu’il naquit dans cette maison de campagne des environs de Caen, où il aima tant plus tard à se retrouver. — (3) Voy. Documenta, n° 827. — (4) Arch. comm. de Caen, Par. S‘ Etienne, reg.i3: « Le samedy 26e jour d’Aoust 1730, après les fiançailles du jour d’hier et la publication d’un ban... Moy soussigné frère Antoisne Pyron, Religieux Dardenne, Prestre Prieur de Coulon, du consentement de Monsieur le Curé, ay en lad. église interrogé Me Jean-Claude Pyron, fils de feu Mr André Pyron et de do11' Marie Magdeleine Poignavant, aagé de 24 ans environ, de la paroisse de Nostre-Dame, d’une part, et Demoiselle Marie Magdeleine Godes, fille de M9 Jean-Jacques et de D11' Jeanne-Françoise de Bayeux, de cette paroisse, aagé de 18 ans environ, d’autre part, et après avoir reçu leur mutuel consentement, ne s’estant trouvé aucun empeschement, les ay solennellement conjoints en mariage par parole de présent, en présence de M° Jean-Jacques Godes, de Jeanne- Françoise de Bayeux, de M. Pierre Vicaire, prestre curé de cette paroisse. Docteur, Professeur Royal en la Faculté de Théologie en l’Université de Caen, de M* Pierre Pyron, de Magdeleine Pyron et autres, et leur ay donné la bénédiction nuptiale, et ensuyte ay célébré la S" Messe... »
CALVADOS
obtint-il facilement du Conseil d’État un arrêt du n janvier 1745, qui le renvoyait devant le lieutenant général de police de Caen, pour les formalités d’usage1 et enfin l’arrêt du 7 avril suivant qui l’habilitait à remplir les fonctions d’imprimeur2. Incontinent après la mort d’Antoine Cavelier, J.-C. Pyron avait hérité de la clientèle de l’Université, que les Cavelier possédaient depuis de longues années et, avant même sa réception comme imprimeur, il avait publié, sous son propre nom, les titres en vertu desquels il détenait cette charge et celle d’imprimeur de Sa Majesté3. Il était également l’imprimeur de la Ville et put signer en ces trois qualités un nombre assez considérable de productions. L’enquête de 1764 (Rapport Sartine) nous le montre à la tête de 3 presses, il avait donc réduit son outillage, car l’enquête locale de 1758 accusait 4 presses dans ses ateliers, desservies par 4 compagnons4; son chiffre d’affaires était peut-être en baisse aussi dès ce moment et cela trouverait son explication dans les négligences et les trop fréquents séjours à la campagne, dont l’accusait, on s’en souvient, l’intendant de la Généralité, en demandant que Gilles Le Roy lui fut substitué pour l’impression des actes administratifs. Le lecteur se rappelle également que des procédures furent engagées à ce sujet entre les deux typographes, mais je n’y reviendrai pas ici, voulant me borner à compléter ce que j’ai dit plus haut, en indiquant que pour toute réponse aux griefs articulés contre lui, Pyron se contenta d’imprimer et de mettre sous les yeux de ses juges un recueil de tous ses titres, provisions et brevets5. Combien il eut mieux fait d’avouer sa négligence passée et de prendre de sérieux engagements pour l’avenir ! peut-être eut-il gagné son procès et évité le partage qui lui fut imposé. Quoi qu’il en soit, il semble qu’à partir de ce moment ses affaires, comme sa santé, n’aient fait que péricliter, si bien qu’à la veille de la Révolution, étant devenu complètement aveugle, il avait de fait à peu près
(1) Voy. Documenta, n° 874. — (2) Documenta, n° 875. — (3) Provisions des deux charges de seul imprimeur du Roy, & de l’Université en la Ville & Généralité de Caen : Arrest, Enregistrement, & Ordonnances rendus en conséquence.
[A la fin :] A Caen, de l’Imprimerie de Jean-Claude Pyron, seul Imprimeur du
Roy, de l’Université, & de la Ville. 1 744 . (In 4. 8 p. ch., A.D.C., D. 1 23.) —
(4) A.D.Ç., ç. 2886. — (5) Ce recueil a paru sous ce titre : — Pièces de J. C. Pyron, Seul Imprimeur du Roi, pour la ville et Généralité de Çaen, A l’appui des Soutiens dudit Sieur, Contre Gilles Le Roy, Libraire-Imprimeur à Caen. A Monsieur, Le Lieutenant Général de Police de cette Ville. [A la lin :] A Caen, de l’Imprimerie de J. C. Pyron, seul Imprimeur du Roi & de ses Fermes Générales, seul Imprimeur de l’Université, de la Ville, & de S. A. S. Mer l’Amiral. (In-4. i5 p. ch., A.D.C., C. 2887.)
G. Leprsux. Gallia Typographica. D. III. 32
abandonné sa profession ; il alla même jusqu’à solliciter le roi de réunir en une seule charge, entre les mains de son ancien adversaire, les deux titres d’imprimeur de Sa Majesté à Caen. Mais j’ai déjà dit tout cela, et je n’ai plus, avant de mettre le point final à cette notice, qu’à rappeler que ce typographe a souvent fait usage, en guise de marque, genre passé de mode à cette époque, de fort jolies initiales, style Pompadour avant la lettre, entrelacées et formées d’un semis de fleurettes surmontées d’une couronne de même et soutenues par deux petits amours L
Quijoue (Gilles), imprimeur à Caen (1480).
Voy. Durandas (Jacques).
Régnault (Pierre), imprimeur (?) à Caen (1492-15 19).
Célèbre libraire de l'Université de Caen, établi dans cette ville à V Image de Saint-Pierre, dans la Froide rue, ayant succursale à Rouen, dans la rue Ganterie, à l’enseigne des Trois fers à cheval, et dépôt à Paris, dans la rue Saint-Jacques, à limage Saint-Claude , Pierre Régnault est généralement présenté par les spécialistes et les bibliographes, comme ayant été imprimeur, en même temps que libraire1 2 * * * * *. Or, les soixante-dix et quelques volumes qu’il a édités, durant le cours de sa carrière, sont tous signés du nom d’un typographe de Rouen ou de Paris, à l’exception de trois, qui sont expressément annoncés comme ayant été imprimés par lui, savoir :
A. / Le Chapelet de vertus, avec les dictz / des saiges, très mille et profitable, nou / vellement imprimé à Caen. (In-8. 64 f. n. ch., sign. A-G et A. Gros car. goth. B. A., Sc. et A., n° 2006. On rencontre au bas duf. H. 8 cet explicit : ) 9 Cy finist le romant de Prudence, impri / mé à Caen par Pierre Regnauld.
( 1 ) Voy. entre autres : A. / Lettres sur la sépulture dans les églises. A, Mon-
sieur de G... [Initiales décrites] A Caen, Chez Jean-Claude Pyron, seul Impri-
meur Libraire du Roy, & de l’Université. M.DCC.XLV. (In-12, 48 p. ch. B. N.,
Tc5S 1.) — B. / Publica suppiicatio, Gratiæque Solemnes Deo Optimo Maximo
A celeberrima Cadomensi academia actæ, ob augustissimas Serenissimi Del-
phini & Mariæ-Josephæ Saxonicæ Frederici III. Polonorum Regis filiæ Nuptias.
[Initial.] Cadomi, Apud Joannem-Claudium Pyron, solum Regis & Universitatis
Typographum. M.DCC.XLVII. (I11-4. 3o p. ch. B. N., Lb8 563.) — (2) Voy. en
particulier : N. F., liasse 141 ; Ph. Renouard, Imprimeurs Parisiens, p. 314.
CALVADOS
B, / Les Croniques de France abrégés, / avec Ja génération de Adam et / de Eve et de Noë et de leurs générations, / et les villes et cités que fondèrent ceulx / qui yssirent d’eulx, novellement impri / mées à Caen, en Froyde rue, par Pierre Re / gnault, imprimeur et libraire de FUni / versité, demeurant audit lieu. (In-8. 58 ff. Car. goth. B. N., Rés. L35 5 a. On lit à la fin ce colophon : ) ® Cy finissent les Croniques de France abrégées, im / primées nouvellement a Caen, le XIX iour de iuillet mil / V cens et X, pour Pierre Régnault, libraire de l’Université.
C. / Virgilii opéra. (In-8. 232 f. n. ch. Sign. a-z et A-F. Car. romains. B. N., Rés. p. Yc. 414. Dont voici le colophon : ) P. Vergilii Maronis Mantuani solertissima / poesis, improbissimis laboribus emendata, atque / argumentis et marginariis annotamentis illustrata, / im pressa Cadomi, cura & vigiliis Pétri Régnault, / universitatis ejusdem loci bibliopole, in Frigido vi / co moram agentis, Anno Domini millesimo
Il n’y a pas d’autre explication de ces anomalies que celle qu’en a donnée L. Delisle 1 ; je reproduis donc textuellement ses conclusions, parce qu’elles sont l’expression très exacte de mon propre sentiment. « Je ne crois pas, dit l’illustre savant, qu’il faille prendre à la lettre les mots : imprimé par Pierre Régnault , dans les deux premiers des titres qu’on vient de lire, ni même la qualification d’ imprimeur attribuée dans le deuxième à Pierre Régnault. Il a été constaté plus d’une fois qu’au xve et au commencement du xvie siècle, on traitait & imprimeurs les libraires qui faisaient imprimer, surtout quand ils possédaient un matériel d’imprimerie. Ici le doute est d’autant plus légitime que, dans le même livre, nous trouvons au commencement la formule : imprimé par Pierre Régnault, et à la fin : imprimé pour Pierre Régnault. Quant aux mots : cura et vigiliis, du troisième titre, ils peuvent s’entendre de la direction et de la surveillance aussi bien que de l’exécution même du travail. Ce qui me confirme dans mes doutes, c’est la souscription de l’édition du livre de Marsile Ficin, De Triplici vit a , que publia Pierre Régnault : « Impressum Rothomagi per Petrum Régnault, magistrum Petrum Violete et Natalem de Harsy2. » On a évidemment
(1) Cat. des liv. imp. ou publiés à Caen, t. II, p. xix. — (2) Ibid., t. I, n° 180.
5qo gallia typographica
confondu dans un seul et même groupe les imprimeurs et les libraires qui avaient concouru, soit par leur travail, soit par une mise de fonds, à l’exécution du volume. Pour tous ces motifs je ne crois pas qu’à proprement parler Pierre Régnault puisse être considéré comme un imprimeur. »
Thomas (Étienne) imprimeur à Caen (1563-1578).
Bien qu’il ait joui de son temps d’une assez grande notoriété pour que le roi lui ait octroyé la charge de son imprimeur à Caen, par des lettres patentes du 26 août 1563, enregistrées au bailliage de cette ville le 31 du même mois F Etienne Thomas n’est guère connu des bibliographes, parce que les livres sortis de son officine ne sont qu’en petit nombre et d'une excessive rareté. Le catalogue de Méritte-Longchamp n’en a relevé que 5 1 2, auxquels il convient d’ajouter une plaquette que Thomas imprima en qualité de typographe de Sa Majesté 3. On sait qu’il maria sa fille Françoise à Jacques Le Bas, qui succéda à son beau-père et donna à son établissement une vive impulsion.
Tuveel (Guillaume), imprimeur à Caen (1521).
J’ai indiqué plus haut, en quelques lignes, que cet imprimeur avait exercé son art à Rouen, à une époque que seuls les documents permettent de fixer à l’année 1517 4 * ; en 1521, Tuveel se trouvait à Caen et y imprimait une édition du Fiord commenté*, dont le colophon est conçu en ces termes : « Floreti glosa féliciter finit. / Complétant est presens opusculum ac recen / tissime impressum Cadomi, opéra Guillermi / Tuveel, sumptibus et expensis Raulini Gaul / tier, librarii, in vico nuncupato de Potart, anno salutis vigesimo I, die
(1) A. N. V6 16, arrêt du Conseil d’État du 26 octobre 1609. Cf. Documenta,
n° 568. — (2) Pp. i3, 14, i5, 16 et 17. — (3) Edit et or / donnance dv / Roy, donne
a Movlins / au moysde Féurier mil cinq cens / soixante six. Contenant plusieurs
/ articles, sur le fait & administra- / tion de la iustice, / Auec barre st de / la
Court de Parlement de Rouen : / Donné, les chambres assemblées, sur / la
publication dudit édit. Le tout / publié en ladite court le trentième / iour d’Aoust ensuyuant. // A Caen. / Imprimé par Estienne Thomas, Im- / primeur du Roy. / 1567. / Auec priuilege dudict Seigneur. (Pet. in 8, 46 f. n. ch. (?) Ce livret a été si outrageusement rogné qu’il est impossible de savoir s’il était paginé ou non.) Sign. A-M par deux. H. N., F. 4682g, pièce 16.)— (4) Voy. supra, p. 38o. — (5) Floretus cum commento. (In 4.44 ff. n. ch. Sign. A-I. Car. Goth. Bibl. de Caen.) Cf. aussi, L. Delisle, op . cit., t. I, n6 188.
CALVADOS
5oi
vero mensis / xxvi septembris. » Cet explicit ne paraît pas laisser de doute sur un séjour à Caen plus ou moins prolongé de Guillaume Tuveel, mais il est impossible de savoir quant à présent si ce typographe se fixa définitivement dans cette ville, bien que la chose semble probable. Il n’y a qu’à attendre, pour être édifié sur ce point, la révélation de quelque impression de Tuveel, de date postérieure, qui se retrouverait dans un coin inexploré d’une bibliothèque publique ou privée.
Vauvrecy (François), imprimeur à Caen (1676-1711).
Né à Caen vers 1652 1 * * 4 5, François Vauvrecy y avait fait 5 ans d’apprentissage chez Marin I Yvon 2 ; il avait ensuite travaillé comme compagnon dans divers ateliers de la même ville, il s’était fait admettre à la maîtrise en 1676 3, puis avait ouvert incontinent une officine dans la Froide rue 4, dont, en 1696, il donne plus exactement l’adresse : au carrefour Notre-Dame, à l’enseigne de F Imprimerie 3 . L’enquête de 1701 nous le montre à la tête de trois presses, desservies par 3 compagnons, savoir : Tessé de Monstreuil, Raymond Guéroult et Étienne Fremont 6, et les registres de l’Etat civil nous apprennent qu'il avait épousé, en premières noces, Jeanne Godes, probablement sœur de l’imprimeur de ce nom, qu’il perdit le 15 août 1686, alors qu’elle venait de lui donner une fille7. François Vauvrecy convola peu de temps après avec Jacqueline Le Cordier8, sœur d’un autre imprimeur, Marin Le Cordier, qu’il laissa veuve en 1711, étant décédé lui-même le 20 avril de cette
(1) D'après la supputation de l’âge (52 ans) déclaré par lui à l’enquête de 1701.
(B. N., Ms. fr. n. a. 3gg, f° 193.) — (2) Enquête de 1701. — (3) Ibid. — (4) Oraison
fvnebre de messire Charles du Four, Abbé d’Aulney. [A la fin :J A Caen, Chez
François Vauvrecy Ruë Froide-ruë. 1680. (In-4. 67 p. ch. B, N., Ln27 653 1.) —
(5) La Vie de Fr. Elzear de Vire clerc capucin, Fondateur du Convent des Capu-
cins de la ville de Vire. Et de la mere Elisabeth de Ste Anne son épousé, et depuis
religieuse de l’Ordre de Citeaux au Monastère de Vi 11ers Canivet lez Falaise...//
A Caen, Chez François Vauvrecy, Imprimeur au Carfour Notre-Dame à l'Imprimerie. M.DC.XCVI. Avec Permission & Privilège (In-8. 421 p. ch. sll. et la ta. B. N., Ln27 10642.) — (6) Enquête de 1701. — (7) Arch. comm. de Caen, Paroisse Notre-Dame, reg.i2:«Du 28e juillet 1686 a esté baptisé Madeleine-Françoise, fille de François Vauvrecy et de Jeanne Gode. Parrain, Marin Le Cordier. » — (8) Ibid: « Du 120 août 1687, mariage de François de (sic) Vauvrecy, avec Jacqueline Le Cordier. Témoins : Marin Le Cordier, frere de ladite épouse... »
année L Ce typographe a principalement fait travailler ses presses à des impressions d’utilité publique 1 2 et à des besognes de ville.
Yvon (Les), imprimeurs à Caen (1609-1765).
Brillante à son aurore, bien terne à son déclin, telle est, ainsi qu’on va le voir, la caractéristique de cette famille d’imprimeurs caennais, qui a compté cinq maîtres successifs.
I. Michel (1609-1649). Cet imprimeur, le premier du nom, n’aurait débuté, d’après Frère 3, qu’en 1609 ; j’ai conservé cette date et pourtant elle ne doit pas être exacte, attendu que dans le courant de cette même année, Michel Yvon était poursuivi et condamné, à la requête de Jacques II Le Bas, pour avoir imprimé plusieurs édits et ordonnances, au mépris des privilèges de ce dernier 4 *. Or cette condamnation était prononcée sur appel et la sentence entreprise remontait au mois de mars précédent, de telle sorte que, dès 1608 pour le moins, Yvon exerçait déjà son état. Le même bibliographe donne la date de 1648, comme étant le terme de la carrière de notre typographe ; celle-ci n’est qu’à peu près exacte aussi, puisque Michel Yvon décéda le 20 ou 21 janvier 1649 y; il était alors âgé de 70 ans environ, de telle sorte qu’on peut déduire de cette indication qu’il avait vu le jour vers 1580,... non pas à Caen, ainsi qu’on serait tenté de le croire, mais sur la paroisse Saint-Sauveur de Bayeux 6. Si l’on tient compte de tout ce qu’on connaît de la production de Michel Yvon, on peut dire qu’il fut l’un des impri-
(1) Arch. Com. de Caen, Par. Notre Dame, reg. 1 7 : « Ce Mardi 21 avril 171 1 ... a été inhumé dans l’église le corps de François Vauvrecy, aagé d’environ 58 ans et décédé d’hyer... » — (2) Voy. notamment : A. / Extrait des registres du Conseil d’Etat. Tarif des droits que le Roy en son Conseil veut et ordonne être payez auxGreffiers des Insinuations créez par Edit du mois de Décembre 1703 pour l’Insinuation & Enregistrement des Titres mentionnez audit Edit. [A la fin :]A Caen, De l’Imprimerie de François Vauvrecy, à Froideruë 1704. (In-4. 4 p. ch. B. N., F, 23617, pièce 479). — B. / Edit du Roy Portant création en titre d’Offices héréditaires, de lamoitié des Places d’Echevins, Consuls, Capitouls ou Jurats, dans toutes les villes & Communautez du Royaume. Et des Concierges et Gardes meubles des Hostels desdites Villes & Maisons communes: Donné à Versailles au mois de Ianvier 1704. Registré en Parlement [Ecu de France]. Sur
l’Imprimé à Paris. A Caen, Chez François Vauvrecy, Imprimeur, à Froideruë.
MDCCIV. (In-4. 8 p. ch , B. N ., F. 286 1 7, pièce 53g.) — (3) Notes, liasse 146. —
(4) Cf. Documenta, n°57i. — (5) Arch. comm. de Caen. Par. Notre-Dame, reg.
5 : « Le 21e jour dudit mois et an (janvier 1649) a esté inhumé dans l’église le
corps de Michel Yvon, aagé de 70 ans ou viron. » — (6) Dénombrement, Paroisse Notre-Dame, f° 167.
CALVADOS
meurs les plus actifs et les plus féconds de son époque. Je ne sais pas positivement dans quel local il avait débuté, mais, comme on voit par l’une de ses souscriptions, datée de 1631 l, qu’il demeurait dans la Froide rue, il est bien probable que c’est dans ce même domicile qu’il a toujours travaillé. Les ouvrages qu’il a publiés sont de genres très divers et je me borne à en citer deux 2, dont l’examen pourra permettre au lecteur de se rendre compte de l’habileté du typographe et des soins apportés par lui à l’exécution des travaux qui lui étaient confiés.
Michel Yvon avait épousé une Laurence Le Bon, dont il eut au moins deux fils, Claude et Marin, qui, successivement, le remplacèrent à la tête de son établissement.
IL Claude (1649-1650). Je ne suis guère renseigné sur le compte de ce fils de Michel Yvon, que tous les bibliographes ont passé sous silence et dont le Catalogue de Méritte-Longchamp n’a enregistré aucune impression. Je sais seulement qu'il succéda à son père et mourut prématurément, ce qui permit à son frère de le remplacer en 1651 3.
III. Marin I (165 1 - r 676). Frère du précédent, né à Caen le 2 mars 16224 *, il reprit la maison paternelle en 1651, Claude ayant
(1) Response entière Au livre intitulé, Actes de la Conférence tenue à Caen,
par Samuel Bochart Ministre lez cette ville, imprime y à Saumur ;... Par François Veron Prédicateur du Roy pour les controuerses... / A Caen, chez Michel Yvon, à Froide ruë. M.DC.XXXI. Auec Priuilege du Roy. (I n - 1 2. 64 p. ch. B. N., Rés. D. 54358.) — (2) A. / Dessein des tableavx elevez svr les portes, à Fhevrevse entree de Madame la Dvchesse de Longveville en la ville de Caen le vingtsixième May 1648. Présenté à son Altesse. [Arm. de l’Univ. de Caen.] A Caen, Chez Michel Yvon Imprimeur. (In-4. 11 p. ch. B. N., Lk7 1498.) — B.
/ Le Flambeav des sacrez levites. Diuisé en deux parties, dont la première faict voir combien saincte et inuiolable est cette Loy, qui les oblige de veiller auec toute fidélité dans leurs Eglises, pour la defense de la cause de Dieu, & des droicts de son diuin Sanctuaire. La seconde contient un iuste examen des raisons qui donnent à entendre quel est le droict des Prestres & Religieux sur le sacré patrimoine de leurs Abbayes, & quel celuy des Abbez Commendataires, ou
il est aussi traicté du temps, auquel les commendes perpétuelles y ont commencé, et des subiects par le moyen desquels elles y ont esté introduites. Dédié au tres-Auguste Parlement de Normandie. Par Dont Math, de la Dangie de Renchy, Docteur en Théologie, & Cellerier en la grande Abbaye de Caen. //A Caen,
De l’Imprimerie de Michel Yvon. M.DC.XLIX. (ln-8. 83 p. ch. s 1 1 . B. N., E. 2082.) — (3) A. N., V6 889, Arrêt du Conseil du i3 mars 1730, Req. prélim. — (4) Arch. comm. de Caen, Par. Notre Dame, reg. 2 : « Le traiziéme jour dudit mois et an (mars 1622) a esté baptizé un fils issu du mariage de Michel Yvon et de Lau-
rence Le Bon, né le 2° jour de ce présent mois et an, lequel a esté nomé Marin
par vénérable et discrepte personne Mr0 Marin Yvon, prebtre, demeurant en la
G AL LJ A T Y POGRAPHICA
assumé la direction de l’imprimerie pendant le laps de temps qui s’est écoulé entre cette date et celle du décès de Michel. Aussi actif que son père, à en juger par le nombre des volumes sortis de ses presses, et aussi habile que lui, Marin fut plus heureux en ce sens qu’il obtint l’une de ces charges si convoitées d’imprimeur du roi et qu’il la conserva jusqu’au moment de son décès, arrivé en 1676 h Comme il ne laissait pas d’enfant, son imprimerie passa aux mains de l’un de ses neveux, prénommé Marin comme lui. Je ne veux pas terminer les quelques notes fournies sur ce typographe, sans faire mention ici de l’un des ouvrages les plus curieux qu'il ait imprimés :
— Relation de l’establissement d’vne colonie francoise dans la Gardelovpe isle de l’Ameriqve, et des mœvrs des Savvages Dediee A tres-Illustre & tres-vertueuse Princesse Marie- Leonor de Rohan tres-digne Abbesse de l’Abbaye Royale de Caen. Composée par le F. Mathias du Puis Religieux de l’Ordre des FF. Prescheurs.//A Caen, Chez Marin Yvon demeurant à Froide rue. M.DC.LII. (In 12. 248 p. ch. sll. B. N., Rés. Lk12 53.)
IV. Marin II (1676-1720). Filsde Claude Yvon, il avait vu le jour à Caen vers 16492 et fait son apprentissage chez Claude Le Blanc. Reçu maître en 16733, Centra sans doute dès ce moment dans l'atelier de son oncle, et, 3 ans plus tard, à la suite du décès de celui-ci, il hérita de son imprimerie et de tout son matériel4. Il conserva telle quelle l’adresse de son oncle3. Il semble que l’établissement des Yvon n’ait plus connu, sous sa direction, la prospérité dont il avait
paroisse de S. Saulveur, assisté de honneste femme Guillemette Fleury, veuve de Marin Viel, de la paroisse de S. Pierre. »
(1) Arch. comm. de Caen, Par. Notre-Dame, reg. 7« Le Mardy 14e dudit mois et an (janvier 1676) a esté inhumé dans l’église le corps de Marin Yvon, âgé environ de 5o ans, décédé d’hier, environ les 3 heures après midy, ainsi qu’il nous a esté attesté par Pierre Horasse Messeray et Pierre Fierville. » — (2) D’après la supputation de l’âge (52 ans) déclaré par lui à l’enquête de 1701. (B. N., Ms. fr. n. a. 399, f° 194.) — (3) Enquête de 1701. — (4) Etat de l'imprimerie à Caen en 1739 (A.D.C., C. 2887.) — (5) Voy. entre autres : — Moiens faciles et éprovvés, dont Monsieur de l’Orme premier médecin & ordinaire de trois de nos Rois, & Ambassadeur à Cleves pour le Duc de Nevers, s’est servi pour vivre près de cent ans. Par Michel de Saint-Martin, Escuyer, seigneur de la Mare du Desert, Pretre, Docteur de Théologie en l'Universite de Rome, & Protonotaire du Saint Siégé. /A Caen, Chez Marin Yvon, Imprimeur, à Froide Ruë. MDC.LXXXII Avec Privilège du Roi. (In 12.435 p. ch. sll. B.N.,Tet8 120.)
CALVADOS
longtemps joui. Marin II Yvon possédait bien encore deux presses en 1701, mais il n'occupait plus qu'un compagnon1; il en arriva bientôt au point de ne plus compter du tout dans l’imprimerie, si bien que l’arrêt du 4 septembre 1717 négligea même de le conserver au nombre des imprimeurs caennais autorisés à continuer l’exercice de leur art2. Notre typographe ne paraît pas s’en être ému, puisqu’il resta dans cette situation équivoque jusqu’au moment de son décès, survenu le 12 septembre [7203, laissant à d’autres le soin de parer aux difficultés qui en pouvaient découler. Catherine Vatier, sa veuve, en éprouva les effets et 11e put se maintenir en place jusqu’en 1738, que grâce à la tolérance de l’intendant et de la Chancellerie. Deux de ses fils travaillaient avec elle, sans avoir été reçus maîtres ; l’un d’eux seulement parvint à obtenir une place d’imprimeur, plusieurs années après la mort de sa mère.
V. Pierre-Jacques (1745-1764). Fils du précédent et de Catherine Vatier, né à Caen le 26 mars 1703 4, il avait fait toutes ses études et, aussitôt celles-ci terminées, il s’était mis au travail de l’impression, aidant son père, puis sa mère dans leurs modestes labeurs. A partir de 1730, il se mit sur les rangs pour obtenir une place d’imprimeur à Caen : il sollicita tout d’abord, sans succès, celle qu’avait laissé vacante le décès de Gabriel Briard5 ; il demanda quelques années plus tard (1744), sans un meilleur résultat, celle d’Antoine Cavelier 6 ; enfin l’année suivante, s’étant présenté pour remplacer la veuve Godes-Rudeval 7, il fut préféré à deux autres candidats, Robert Letellier et Pierre Chalopin, et eut le bonheur d’être pourvu de cette place, par arrêt du 13 septembre 1745 8. Pierre- Jacques s’installa dans la Froide rue 9, comme ses aïeux, dont peutêtre il avait pu conserver l’atelier et le matériel; toujours est-il
(1) B. N., Ms. fr. n. a. 399, f° 194 — (2) Cf. Documenta, ne 763. — (3) Arch.
comm. de Caen, Par. Notre-Dame, reg. 18: « Ce vendredi t3e septembre 1720,... avons inhumé le corps de Marin Yvon, aagé de 75 ans, décédé d’hier après-
midy... présence de MM. Marin Le Cordier et Denis Pinçon, prestres. » —
14) Arch. comm. de Caen, Par. Notre-Dame, Reg. i5 : « Ce dimanche 1" jour d’avril 1703, a été baptisé un fils issu du mariage de Marin Yvon, et de Cathe-
rine Vatier, né de lundy dernier, lequel a été nommé Pierre-Jacques, par Pierre
l’ieury, assisté de Jacqueline Des Hayes, tous deux de cette paroisse. » — (5) Cf. Documenta, n(> 835. — (6) Voy. Documenta, n" 873. — (7) Voy. Documenta
n’ 875 bis, aux Additions. — (8) Voy. Documenta, n° 877. — (9) Voy. notam-
ment : — Lettres et autres écrits concernant l’incendie arrivée (sic) à l’Académie royale de Caen, Le 16 d’Août 1763// A Caen, de l’Imprimerie de P. J. Yvon, à
Froide-rue(. In 4 32 p. ch. B. N., Lk7 i5o8.)
GALLÏA TYPOGK A PH1CA
qu’à leur exemple il n’avait que deux presses l, mais il ne les utilisa guère qu’à des travaux courants, et l’enquête de 1764 (Rapport Sartine) mentionne qu’il n’imprimait que des mémoires d’avocat, des affiches etdes thèses 2. Il n’yadonc pas lieu de s’appesantir plus longuement sur la carrière, d’ailleurs assez brève de ce typographe ; il mourut en 1764, laissant une veuve, Catherine Moussard, qui, contre une juste indemnité sans doute, démissionna l’année suivante en faveur de Gilles Le Roy.
(1) Enquête locale de 1738 (A. D. C., C. 2886.)— (2) B. N., M. fr. 22184, f° 89.